Cordes-sur-Ciel - ©Pierre Bastien via Communes.com

Cordes-sur-Ciel, la Cité aux Cent Ogives

voyageur qui, de la terrasse de Cordes, regarde la nuit d’été sait ainsi qu’il n’a pas besoin d’aller plus loin et que, s’il veut, la beauté ici, jour après jour, l’enlèvera à toute solitude.

(Albert Camus)

Si vous aussi vous traversez le Tarn, n’hésitez pas à faire halte à Cordes-sur-Ciel et à découvrir le charme et l’histoire de la première bastide.

Un peu d’histoire

Nous sommes en 1222, en plein « Croisade des Albigeois » lancée par le pape afin d’exterminer le catharisme qui s’est fermement implanté dans le Midi de la France.
D’abord tolérée, le mouvement des « bons hommes » prônant un monothéisme dualiste prend trop d’ampleur aux yeux de l’Église catholique. De plus en plus de paysans mais également de chevaliers et de seigneurs adoptent cette doctrine qui menace l’église traditionnelle.
Le pape Innocent III accuse les cathares d’être des hérétiques et ordonne de les anéantir. En 1209, de nombreux croisés se lancent dans une véritable chasse d’abord pour servir l’Église mais très vite dans le but de s’approprier les terres des « hérétiques ». C’est ainsi que Simon de Montfort, l’un des principaux chefs de la croisade s’octroie les titres de vicomte de Béziers, d’Albi et de Carcassonne, de comte de Toulouse et de duc de Narbonne.

Les chevaliers languedociens surnommés « chevaliers faydits » car ils ont été spoliés de leurs terres par faidiment, s’allient pour récupérer leurs biens.
La région, théâtre de combats violents, est à feu et à sang.
Raymond VI de Toulouse excommunié à deux reprises par le pape pour avoir été pour le moins tolérant vis-à-vis du catharisme n’a pas réussi à protéger son comté qui tombe dans l’escarcelle de Simon de Montfort dès 1215, suite au concile de Latran. Seul le marquisat de Provence reste propriété de son fils, futur Raymond VII. Celui-ci parvient cependant à récupérer la ville de Toulouse, deux ans plus tard.
Simon de Montfort décède l’année suivante alors qu’il fait le siège de la ville.

Raymond VII continue à reconquérir le Languedoc avec le soutien du comte de Foix au détriment du fils de Simon, Amaury de Montfort. Celui-ci doit bientôt abandonner toute ambition de conserver des terres en Occitanie. Il cède ses dernières possessions au roi de France Louis VIII en 1224.

La bastide de Cordes

L’histoire de la cité

Entre-temps, en 1222, Raymond VII de Toulouse fait construire la première bastide de l’histoire à Cordes afin de répondre aux besoins d’une population durement touchée par les guerres.
Bon nombre de villages ont été pillés et incendiés et leurs habitants se retrouvent sans toit, sans ressources et sans protection.
Bâtir une cité nouvelle leur permet non seulement d’être relogés mais également de développer l’économie d’une région au bord de l’agonie.
Le choix de l’emplacement est quant à lui dicté par la stratégie militaire. En effet, la cité de Cordes se situe dans le nord du Comté et peut dès lors servir de poste de surveillance le long de ses frontières. Cette situation tactique explique la construction de deux enceintes fortifiées et le creusement d’un fossé autour de la bastide. En effet, fait innovant, les habitants de la bastide ont dorénavant la charge de se défendre eux-mêmes alors que les villes médiévales étaient auparavant placées sous la protection d’un seigneur ou d’une abbaye.

Cependant et contrairement à la grande majorité des bastides ultérieures, Cordes n’est pas bâti sur des terres vierges de toute habitation puisqu’il semblerait que le site était déjà occupé probablement par un petit hameau établi le long du Cérou, affluent de l’Aveyron.

Dès 1229, la place-forte albigeoise de Cordes est mentionnée dans le « Traité de Meaux-Paris » signé par le comte de Toulouse et le roi de France. Ce traité fait suite à l’acte de repentir du comte sur les marches de Notre-Dame, acte par lequel il se « réconcilie » à la fois avec l’Église et la couronne. Le comté est amputé d’une grande partie de son territoire ce qui correspond approximativement au Gard, à l’Aude, à l’Hérault, à la Drôme et au Vaucluse. De plus, il offre sa fille Jeanne en mariage au frère du roi, Alphonse de Poitiers, une manière « douce » de faire rentrer les terres toulousaines dans le Domaine royal.

Cordes voit donc le jour alors que la guerre menée par l’Église catholique contre les Cathares n’est pas terminée. C’est ainsi que la cité devient un refuge pour les « hérétiques » menacés de mort. Selon une légende locale, des inquisiteurs ayant condamné à mort des Cordais soupçonnés d’être des « bons hommes » ainsi que se nommaient les Cathares ont été pris à parti par la foule qui les aurait jeté au fond d’un puits mais cette histoire n’est confirmée par aucun écrit médiéval.
En revanche, il semble certain que la bastide ait fait amende honorable pour son opposition à la chasse aux hérétiques au début du 14ème siècle.

Très vite, la bastide de Cordes se développe et profite d’une économie florissante basée sur l’artisanat et l’agriculture. Une classe bourgeoise fait son apparition et des immeubles cossus de style gothique sont construits à l’intérieur de la double enceinte au 14ème siècle.
Les belles façades de ces habitations qui abritent à la fois les logis situés au premier étage et les échoppes ou ateliers établis au rez-de-chaussée sous des arcades ont valu à la bastide le surnom de « Cité aux Cent Ogives ».
La place-forte de Cordes n’a jamais été prise malgré plusieurs attaques notamment durant les guerres de religion.
Après avoir connu un âge d’or pendant plusieurs siècles et atteint son apogée au 16ème siècle, la bastide de Cordes « s’endort » jusqu’au 20ème siècle.
A cette époque, le charme de ses rues et de sa place séduisent artistes et touristes.

Et aujourd’hui ?

Cordes devenue Cordes-sur-Ciel en 1993 est un véritable joyau sorti tout droit d’un livre d’histoire médiévale. Cette bastide est entourée d’une succession de quatre fortifications percées de portes.
Les remparts abritent un ensemble architectural exceptionnel par sa beauté et surtout par son unicité de style. Cette impression est le résultat du tracé rectiligne de ses rues mais est également renforcé par les immeubles qui ont été construits en l’espace de quelques décennies dans le style gothique le plus pur. Vous admirerez notamment les splendides arcades et les fenêtres en ogive merveilleusement travaillées qui ornent les façades des maisons des riches bourgeois de la bastide.
La plongée au cœur du Moyen-Âge se prolonge par la découverte des petites boutiques et des ateliers d’artisans et d’artistes abrités sous les arcades ou en prenant place dans un petit restaurant pour savourer les spécialités locales accompagnées d’un vin de Gaillac qui fait la renommée de la région.
Et après une journée de visites, prenez quelques temps pour vous reposer au « Jardin des Paradis », un espace vert créé en 1998 à découvrir absolument !

La visite

Prévoyez au minimum une journée pour découvrir la bastide de Cordes-sur-Ciel dans les meilleures conditions. Attention l’accès à la cité peut être difficile pour les personnes à mobilité réduite en raison des ruelles pavées.
Des visites sont organisées par l’Office du Tourisme de Cordes-sur-Ciel.

Office de Tourisme du Pays Cordais au pays de Vaour
Maison Gaugiran
38-42 Grand Rue Raimond VII
81170 Cordes-sur-Ciel
Tel : 05 63 56 00 52
Site web : http://www.cordessurciel.fr

Parmi les incontournables de la cité, épinglons notamment les maisons gothiquesclassées monuments historiques bordant la Grand Rue :

  • La maison du Grand Veneur également appelée maison Céréest un immeuble de 4 étages appartenant à une riche famille de la bastide. Construite au 14ème siècle, elle a été réaménagée au 18ème siècle. Une fresque représentant des scènes de chasse lui a donné son nom.
  • La maison du Grand Fauconnier date de la même époque. Des statues de faucons ornaient la façade de cet immeuble de trois étages. Ils sont actuellement visibles au musée d’histoire Charles Portal.
  • La maison du Grand Écuyer ou maison Séguier doit son nom à une statue de cheval. D’autres statues d’animaux réels ou fantastiques et de personnages ornent la façade.
  • La maison Prunet. C’est dans cet immeuble qu’un document extraordinaire a été découvert par hasard en 1868. Le livre baptisé « Le sort des Apôtres » servait probablement à l’art de la divination à l’époque de la Croisade des Albigeois ou dans les années qui ont suivi. Des fils de couleurs sont attachés aux différentes pages du livre. La personne voulant connaître son avenir choisissait un fil et la page reliée lui apprenait son destin ou guidait ses actes. Ce type d’ouvrage appelé « livre de sort » était fort en usage au Moyen-Âge, durant les 13ème et 14ème siècles.
    Ce qui est remarquable dans le livre de Cordes c’est son fonctionnement à l’aide de ficelles. En effet, les autres exemplaires connus utilisaient des dés et les réponses étaient numérotées. Le sort des Apôtres est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de France.
  • La maison Ladevèze

Outre les maisons gothiques, les visiteurs peuvent également découvrir de nombreux autres monuments et notamment :

  • Les Halles médiévales construites au 14ème siècle sont situées dans les hauteurs de la cité, au carrefour de la Grand Rue et de la rue Saint-Michel. Elles ont été bâties afin de dynamiser le commerce suite à l’autorisation accordée aux villageois de rendre hommage à Saint-Barthélémy, patron des tanneurs. La bastide a connu en effet la prospérité grâce au travail du cuir et à la broderie.
    Elles abritent notamment un puits d’une profondeur de 114 mètres creusé dans la roche.
  • L’église Saint-Michel est construite en 1263 soit 40 ans après la fondation de la bastide. Elle a subi plusieurs restaurations et transformations au fil des siècles. L’édifice est classé monument historique en 1992.
  • Les portes et les remparts de la ville. Cordes était ceinte à l’origine de deux fortifications. Deux ou trois autres enceintes ont été ajoutées au fur et à mesure du développement de la bastide.
    • La Porte de la Jane ouvre l’enceinte intérieure. Cette porte en plein cintre était surmontée d’une échauguette encadrée de tours qui faisaient partie du système défensif de la cité.
    • La Porte des Ormeaux entourée de deux tours fait également partie de l’enceinte intérieure. Elle était équipée d’une double herse et d’une porte en bois. Elle accueille aujourd’hui le musée Charles Portal.
    • La Porte de Rous était intégrée dans une tour ovale appartenant à l’enceinte intérieure avant de servir de logis.
    • La Porte du Vainqueur ou Porte du Planol fait partie de la seconde enceinte et était intégrée dans une tour. Elle était autrefois équipée d’une herse.
  • Le Musée du sucre et du chocolat installé dans la maison Prunet propose aux visiteurs de découvrir des pièces uniques réalisées par les plus grands chocolatiers du monde.
    Le musée est ouvert tous les jours excepté le 25 décembre et le 1er janvier:

    • de 10 à 12hr30 et de 13hr30 à 18hr30 d’octobre à fin mars
    • de 10 à 19 hr30 d’avril à mi-juillet et en septembre
    • de 9hr30 à 19hr30 de mi-juillet à fin août.

Des dégustations sont organisés parallèlement à la visite.
Durée de la visite : approximativement 1 heure
Les salles du rez-de-chaussée sont accessibles aux personnes à mobilité réduite

Musée « Arts du Sucre et du Chocolat »
33 Grand Rue Raimond VII
81170 Cordes-sur-Ciel
Tel : 05 63 56 02 40
Site web : http://artdusucre.fr

  • Le Musée de la Broderie est installé dans le bâtiment « La Gaudane » qui a été construit au 19ème siècle pour accueillir une manufacture de broderie. Cette activité a grandement participé à la prospérité de la bastide.
    Le musée est ouvert tous les jours de 10 à 17 hr de mai à septembre uniquement sur demande.

Musée de la Broderie
4 Rue de la Gaudane
81170 Cordes-sur-Ciel
Tel : 06 59 18 19 09
Mail : lafabrique@lagaudane.com

  • Le Musée d’Art Moderne et Contemporain est installé dans la Maison du Grand Fauconnier, une occasion de découvrir à la fois les collections et l’intérieur de cette somptueuse maison gothique.
    Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi de 10hr30 à 12hr30 et de 14 à 18hr.

MAMC
Grand’Rue Raimond VII
81170 Cordes-sur-Ciel
Tel : 05 63 56 14 79 ou 05 63 56 55 61
Mail : mamc@cordessurciel.fr
Site web : http://www.mamc.cordessurciel.fr

  • Le musée Charles Portal propose la découverte de documents et de films et diaporamas retraçant l’histoire de la cité. Il a pris place dans la Porte des Ormeaux.
    Le musée est ouvert de 14hr30 à 18hr :

    • du vendredi au dimanche et les jours fériés en mai, septembre et octobre
    • tous les jours sauf le mardi en juin, juillet et août

Musée Charles Portal – Histoire d’une cité
Porte des Ormeaux
1 rue Saint-Michel
81170 Cordes-sur-Ciel
Tel : 09 72 87 07 95
Site web : https://museecharlesportal.fr/index.php/acces-musee-charles-portal/

  • Le Jardin des Paradis créé par deux paysagistes en 1998 offre un havre de paix et de verdure à ses visiteurs. De nombreux espaces proposent des ambiances différentes comme le Pavillon persan, le Jardin exotique, le potager et les bassins. Un coin restauration permet de se détendre au sein même du jardin.

Il est ouvert :

  • les week-ends et jours fériés de 10 à 21 hr du 1er mai au 15 juin
  • tous les jours sauf le lundi de 9hr30 à 21 hr du 16 juin à fin août
  • tous les jours sauf le lundi de 11 à 18 hr du 1er septembre au 15 octobre.

Jardin des Paradis
2 bis rue des jardins
81170 Cordes-sur-Ciel
Tel : 07 67 83 09 67
Mail : jardindesparadis81@gmail.com
Site web : https://jardindesparadis.jimdo.com

Si vous passez vers la mi-juillet par Cordes-sur-Ciel, vous aurez le plaisir de participer à la « Fête médiévale du Grand Fauconnier », un événement incontournable dans la bastide depuis 1971.

Que manger à Cordes?

Ne partez pas de la bastide sans avoir savouré les Croquants de Cordes à la fois légers et croustillants aux saveurs d’amandes. A découvrir dans toutes les pâtisseries de la ville !

Cordes-sur-Ciel, la Cité aux Cent Ogives
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