Chateau de l'hern, Rouffignac Saint Cernin de Reilhac - ©Maryanick Gaultier via Communes.com

Sur les traces de Jacquou le croquant au Château de l’Herm

En 1969, l’ORTF (Office de Radiodiffusion-Télévision Française) diffuse une série en six épisodes intitulée « Jacquou le Croquant ».
Près de quarante ans plus tard, Laurent Boutonnat réalise un film qui lui aussi nous conte l’histoire souvent tragique de Jacquou.
Ces deux œuvres sont des adaptations du livre éponyme d’Eugène Le Roy qui a pour décor la Dordogne et plus particulièrement la vallée de la Vézère.

Durant votre prochain séjour dans le Périgord noir, nous vous invitons à partir à la rencontre du héros de ce roman social et à découvrir l’un des lieux décrits dans le roman, le château de l’Herm situé sur le territoire de la commune de Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac.

Le roman et son auteur

Eugène Le Roy (1836 – 1907) est un écrivain français originaire de la Dordogne. Ses parents sont au service du baron Ange-Hyacinthe Maxence de Damas, un ancien militaire qui s’est retiré dans la propriété de son épouse, le château de Hautefort.
Comme la grande majorité des enfants de domestiques, le jeune Eugène est placé en nourrice chez une paysanne. En revanche, il a la chance d’être scolarisé ce qui est rare pour les enfants de classe sociale inférieure à cette époque.
A l’âge de 15 ans, il est engagé comme commis à Paris où il côtoie la misère. Il est probable qu’il adopte déjà une idéologie socialiste attisée par l’instauration du Second Empire qui succède à la Deuxième République en 1852.
Après un passage dans l’armée entre 1855 à 1860, il ne parvient pas à s’adapter à la discipline militaire et revient à la vie civile. Il intègre cependant une compagnie de francs tireurs durant la guerre franco-prussienne de 1870.
Sa personnalité non-conformiste lui attire souvent des ennuis et lui coûte même son emploi de fonctionnaire. Ses temps libres sont dès lors consacrés à l’écriture.
Il rejoint la Franc-maçonnerie et rédige des articles pour plusieurs journaux locaux.

En 1890, il publie un premier roman, « Le Moulin de Frau » et s’attelle à une œuvre monumentale, les « Études critiques sur le christianisme », résultat de ses recherches et de l’analyse de nombreux ouvrages traitant de la religion.
Plusieurs autres romans dont « Jacquou le Croquant » sont édités durant les années 1890 et 1900. Tous reprennent les thèmes chers à l’écrivain, la lutte sociale et l’anticléricalisme.

Le héros du roman

Jacquou le Croquant raconte l’histoire d’un jeune orphelin dont les parents occupaient la fonction de métayers pour le compte des seigneurs du château de l’Herm, les comtes de Nansac, au début du 19ème siècle.
Le père accusé à tort d’un meurtre est envoyé aux galères. La mère qui a perdu son emploi, vit dans la misère et meurt peu de temps après.
Jacquou est recueilli et éduqué par Bonal, le curé de Fanlac mais il grandit dans la haine des nobles qui ont condamné injustement son père. Devenu charbonnier, il se fiance à Lina quand il est arrêté pour braconnage sur les terres du comte. Désespérée, la jeune fille qui le croit mort se suicide en se jetant dans un gouffre.
Peu après, Jacquou est délivré grâce à l’intervention d’un ami du curé Bonal. Il décide de venger la mort de Lina. Il se place à la tête d’une importante troupe de paysans et d’artisans qui en ont assez de subir les mauvais traitements infligés par le comte. Il boute le feu au château ce qui ruine les Nansac.
A nouveau arrêté, Jacquou profite de la révolution de 1830 et de l’abdication de Charles X, proche des comtes de Nansac, pour obtenir la clémence des juges. Il retrouve la liberté et peut mener une vie simple dans la vallée de la Vézère.

Une page d’histoire : les jacqueries

Au-delà de l’histoire romancée de Jacquou le Croquant, Eugène Le Roy nous plonge dans une époque marquée par les rébellions des classes sociales défavorisées.
Le prénom du héros évoque en effet les jacqueries, ces révoltes populaires qui ont secoué régulièrement la France à partir du milieu du 14ème siècle.

En pleine Guerre de Cent Ans qui oppose la France à l’Angleterre, les paysans sont en butte avec les « grandes compagnies », des troupes de mercenaires qui n’hésitent pas à piller les fermes et les villages entre deux batailles.
La situation déjà difficile est encore aggravée par l’épidémie de la « grande peste » de 1348 qui emporte sur son passage près de la moitié de la population et par la levée de nouveaux impôts pour le financement des garnisons.
Lorsque le roi de France Jean II le Bon est fait prisonnier par les Anglais en 1356, le pays vit des heures sombres. Profitant de ces événements et du chaos politique qui s’ensuit, le prévôt des marchands de Paris, Étienne Marcel,s’oppose à la levée des taxes supplémentaires demandées par le dauphin Charles de France afin de créer une armée permanente.

Au cours des États Généraux réunis en octobre 1356, Étienne Marcel soutenu par l’évêque de Laon, Robert Le Coq joue le rôle d’agitateur au nom de la classe bourgeoise.
Le mouvement de rébellion amorcé à Paris s’étend à la campagne.

La révolte des paysans est baptisée la « Grande Jacquerie » en référence à leur veste courte, la « jacque ».
Guillaume Callet (ou Carle) leader de la rébellion est lui même affublé du sobriquet de « Jacques Bonhomme » qui désignera par la suite l’ensemble des paysans.
La répression est violente et de nombreux insurgés dont Guillaume Callet sont exécutés tandis qu’Étienne Marcel est assassiné par la même bourgeoisie qu’il défendait et qui lui reproche de s’être rapproché des Anglais.

Le terme de « jacquerie » a depuis été utilisé pour désigner les différents soulèvements populaires qui ont eu lieu notamment à la fin du 16ème siècle, durant les Guerres de Religion.
Les paysans du sud-ouest de la France se révoltent à cette époque contre les taxes, brûlent des châteaux et s’en prennent aux collecteurs d’impôts.

La « Jacquerie des croquants » se prolonge au 17ème siècle notamment dans le Périgord.
Le terme croquant désignait à l’origine les nobles qui n’hésitaient pas à « croquer » les plus démunis. Curieusement, le terme est ensuite utilisé par la noblesse pour parler des mutins.

Ce sont ces événements qui ont inspiré le personnage de Jacquou le Croquant même si l’histoire relate des faits qui se déroulent au 19ème siècle.

Le château de l’Herm, une succession de crimes

Eugène Le Roy s’est attaché à décrire des lieux et des monuments bien réels pour camper le décor de son roman.
Parmi ceux-ci, attardons-nous quelques instants au Château de l’Herm qui a connu une histoire mouvementée et sanglante. Il a en effet été le théâtre de plusieurs meurtres qui ont secoué la région au 17ème siècle.

Le château est édifié au début du 16ème siècle par un conseiller au parlement de Bordeaux et notaire à Plazac, Jean de Calvimont.

Le logis est bâti sur l’emplacement d’une ancienne forteresse médiévale construite au 11ème ou au 12ème siècle dans une partie défrichée de la forêt Barrade afin de défendre les routes qui traversaient le domaine des seigneurs de Limeuil.

Lorsque le roi de France Philippe VI confisque le Duché de Guyenne , source de conflit entre l’Angleterre et la France, à la veille de la Guerre de Cent Ans (1337 – 1453), la forteresse devient propriété du comte de Périgord Archambaud IV qui le confie à l’un de ses proches.
Le domaine est ensuite acquis par la famille de Calvimont à la fin du 15ème siècle et le château féodal est donc remplacé par Jean de Calvimont qui édifie une magnifique bâtisse de style gothique flamboyant.

Jean s’installe avec son épouse Anne d’Abzac, fille du seigneur Gabriel de la Douze, une famille issue de la noblesse périgourdine. De cette union naissent deux filles dont une seule atteint l’âge adulte, Marguerite. Elle devient ainsi unique héritière du château de l’Herm.
Le destin de la famille de Calvimont bascule à la mort tragique et mystérieuse de Jean vers 1586.
Sa veuve épouse en secondes noces son cousin, Foucault d’Aubusson, seigneur de Beauregard, deux ans plus tard.
Le couple s’installe dans le château de l’Herm avec Marguerite et François d’Aubusson, le fils de Foucault et de sa première femme, Françoise de Pompadour.

La jeune Marguerite confortablement dotée est promise à François d’Aubusson alors qu’elle n’est âgée que de 4 ans. Ce mariage permet à Anne d’Abzac de conserver le château dans la famille.
Peu de temps après la célébration de l’union sans amour de François et de Marguerite, Foucault décède. Son fils qui se révèle être un homme cruel et sans scrupule dilapide la dot de sa jeune femme et se retrouve au bord de la ruine.

Quand il tombe amoureux de Marie de Hautefort, François cherche à se débarrasser de sa femme et l’enferme dans ses appartements avant de la faire tuer, en février 1605, avec la complicité de la propre mère de Marguerite.
Il a auparavant fait disparaître un testament qui léguait le château à la branche cadette des Calvimont en cas de décès de la jeune femme sans héritier. Marguerite avait à peine 18 ans.

Accusé de meurtre par Anne d’Abzac qui a peur d’être elle-même jugée pour infanticide, François s’entoure de gens peu recommandables chargés de tuer toute personne cherchant à l’arrêter.

C’est cependant sans aucun remord qu’il épouse l’année suivante sa maîtresse, Marie de Hautefort qui s’attache considérablement à la demeure construite par le père de la première épouse de son mari. Entre-temps, Anne d’Abzac est revenue sur ses déclarations contre le versement d’une partie de l’héritage de sa fille.

Si Anne d’Abzac a accepté de retirer sa plainte, la famille de son premier époux, les Calvimont, n’entend pas laisser ce crime impuni et François est obligé de se rendre. Il décède en 1618 dans les geôles parisiennes de la Conciergerie.
Il laisse sa veuve face à de nombreux créanciers qu’elle n’hésite pas à faire « disparaître » lorsqu’ils se montrent trop pressants.
De plus, afin de devenir la propriétaire légitime du château de l’Herm, elle élimine plusieurs membres de la famille Calvimont. En représailles, son propre fils, Charles, est à son tour assassiné.

Devenue une veuve aux abois, Marie épouse Raphaël de Baudet, l’un de ses complices, qui lui apporte une certaine forme de sécurité.
A cette époque, sa fille Françoise est fiancée à Godefroy de la Roche-Aymon. Marie n’hésite cependant pas à la promettre en mariage au fils de son nouvel époux afin de conserver le château de l’Herm.
L’histoire est donc sur le point de se répéter mais les deux rivaux se rencontrent en duel et Godefroy sorti vainqueur de l’affrontement épouse Françoise. A peine entré dans la famille, le jeune homme tue un Calvimont … pour le compte de sa belle-mère.
Françoise meurt en couches en 1641 et Raphaël de Baudet la suit de près dans la tombe alors qu’il tente d’assassiner un proche de son épouse avec qui elle s’est querellée.
Marie d’Hautefort décède de mort naturelle en 1652, entre les murs de ce château qui a suscité tant de passions et qui a été au cœur de tellement de drames.
La demeure devient l’enjeu d’une bataille judiciaire et est vendue en 1679 par adjudication à une autre Marie de Hautefort et nièce de la précédente , la duchesse de Schomberg, proche de la cour royale et favorite de Louis XIII.
La bâtisse considérée par beaucoup comme maudite est laissée à l’abandon. Elle reste cependant propriété des Hautefort jusqu’en 1805.

La visite

Après avoir été restauré par ses propriétaires actuels et par les Monuments Historiques, une partie du château de l’Herm est à présent accessible au public. Les travaux de restauration se poursuivent pendant les périodes hivernales.
Il accueille des visiteurs tous les jours de 10 à 19 hr durant les mois d’avril, de mai, de juillet, d’août et de septembre.
Les visites sont libres et des panneaux informatifs jalonnent le site afin de permettre aux touristes de connaître l’histoire du château.
Différentes animations sont organisées en haute saison.

Château de l’Herm
24580 Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac
Tel : 05 53 05 46 61
Mail : contact@chateaudelherm.com
Site web : http://www.chateaudelherm.com

Découvrir la région

Après avoir frissonné en visitant la château maudit de l’Herm, prenez le temps de découvrir le charme et la quiétude du village de Rouffignac implanté sur une colline au cœur du Périgord noir, dans la vallée de la Vézère.
Entièrement rebâti en pierre du Périgord après sa destruction en 1944, le village se blottit autour d’une belle église du 16ème seule, seul édifice rescapé de la guerre.

La grotte de Rouffignac nous rappelle que la région est également l’un des berceaux de la préhistoire. La visite de la caverne permet de découvrir l’art pariétal qui orne l’immense cavité et ses galeries de 8 kilomètres de long, sans fatigue, en empruntant un petit train électrique.

La grotte est ouverte tous les jours d’avril à octobre :

  • de 10hr à 11hr30 et de 14 à 17 hr d’avril à juin et de septembre à octobre
  • de 9hr à 11hr30 et de 14 à 18 hr en juillet et août.
    Il est conseillé de se présenter tôt car le nombre de places est limité. Il n’est pas possible de réserver.

Les visites sont commentées uniquement en français mais des audio-guides sont disponibles en différentes langues.
La visite dure approximativement 1 heure.
Il est conseillé de se munir d’un vêtement chaud en raison de la fraîcheur de la température ambiante.

Grotte de Rouffignac
2450 Rouffignac-Saint-Cernin-de-Reilhac
Tel : 05 53 05 41 71
Site web : http://www.grottederouffignac.fr

Que manger dans la région ?

Le Périgord noir est un haut-lieu de la gastronomie française. Après une journée de randonnées et de visites, prenez le temps de vous attabler afin de déguster quelques-unes de ses spécialités :

  • l’omelette aux truffes
  • la terrine de foie gras
  • la salade périgourdine
  • le risotto aux cèpes
  • la tarte aux noix
  • le canard
Sur les traces de Jacquou le croquant au Château de l’Herm
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