Cimetière - ©PublicDomainPictures CC0 Creative Commons

Le vampire de Montparnasse

Si aujourd’hui, les allées du cimetière du Montparnasse inspire au calme et au recueillement, si ses allées arborées font de lui l’un des plus grands espaces verts de Paris, cette nécropole a été le théâtre d’un épisode qui a glacé d’horreur les habitants de la capitale, au milieu du 19ème siècle.
On est loin d’imaginer qu’un homme a assouvi ses pulsions les plus viles en déterrant et en mutilant des cadavres.

Nous vous proposons de découvrir l’histoire de celui que la presse de l’époque surnommait « Le vampire de Montparnasse ».

Un peu d’histoire

Jusque vers la fin du 18ème siècle, les défunts de Paris sont enterrés dans les petits cimetières jouxtant les nombreuses églises paroissiales éparpillées dans la capitale. Ces espaces deviennent rapidement trop exigus et insalubres en raison du leur « surpopulation ». La situation est identique au cimetière des Innocents, une nécropole pourtant beaucoup plus vaste située près des Halles.
C’est pour cette raison qu’une partie des ossuaires déménagent dans les catacombes.
Parallèlement, les autorités décident de construire trois nouveaux cimetières en-dehors des murs de la ville. C’est ainsi que les cimetières du Père-Lachaise (cimetière de l’Est), du Montparnasse (cimetière du Sud) et de Montmartre (cimetière du Nord) sont inaugurés respectivement en 1804, 1824 et 1825.
Ces trois grands cimetières sont cependant inclus rapidement dans la ville lorsqu’elle se développe et annexe les communes situées en périphérie.
A l’heure actuelle, on dénombre 20 cimetières parisiens, 14 intra-muros (Bercy, Montparnasse, Grenelle, Vaugirard, Auteuil, Passy, Batignolles, Calvaire, Montmartre, Saint-Vincent, La Villette, Belleville, Charonne et Père-Lachaise) et 6 extra-muros (Bagneux, Ivry, La Chapelle, Pantin, Saint-Ouen et Thiais).

Le cimetière du Montparnasse

C’est donc en 1824 que le cimetière du Sud, dit du Montparnasse s’étendant sur 19 hectares est mis en fonction. Il s’agit de la seconde plus grande nécropole de Paris, après le Père-Lachaise.
Il est construit sur un domaine qui appartenait avant la Révolution à des religieux qui y exploitaient le « Moulin de la Charité » et sur lequel ils enterraient leurs défunts. Le corps du moulin est toujours visible dans le cimetière et est aujourd’hui classé monument historique.
Lorsque les biens du clergé sont confisqués, ces terres deviennent propriété de l’Assistance publique.
Le préfet de Paris, Nicolas Frochot, est chargé par Napoléon d’acheter des terrains destinés à accueillir les cimetières au nord, au sud et à l’est de la capitale. C’est ainsi que le petit cimetière de religieux devient l’une des plus grandes nécropoles parisiennes.
Dès l’ouverture, des secteurs du cimetière sont consacrés à des « populations » spécifiques et sont destinés notamment aux hôpitaux et aux suppliciés . Ces deux enclos ont cependant été transférés dans le cimetière d’Ivry respectivement en 1861 et en 1882.
Les Invalides ont également été inhumés gratuitement à Montparnasse entre 1833 et 1873 avant de se voir attribuer une tranchée à Vaugirard.
Enfin, les défunts de confession israélite étaient enterrés dans un enclos séparé jusqu’en 1881. A partir de cette date, il n’y a plus, officiellement, d’espaces attribués selon la confession du défunt.

Si le Père-Lachaise attire de nombreux visiteurs en raison des personnalités célèbres qui y sont inhumées, les visiteurs du cimetière du Montparnasse découvrent, eux aussi, quelques grands noms gravés dans la pierre en se promenant dans ses allées.
Serge Gainsbourg, Charles Baudelaire, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, Samuel Beckett, André Citroën, Bruno Cremer, Mireille Darc, Alfred Dreyfus, Jean Dutourd, Henri Troyat, pour ne citer qu’eux, reposent en paix dans les allées ombragées de la nécropole.

Le vampire de Montparnasse

Le cimetière du Montparnasse est inauguré depuis moins de 25 ans lorsque éclate une affaire qui va bouleverser Paris pendant plusieurs mois.
Le 2 août 1848, un des gardiens découvre une vision d’horreur alors qu’il prend son service au petit matin. Le corps affreusement mutilé d’une femme est couché dans une allée … aucun doute possible, il s’agit d’un cadavre exhumé sur lequel on s’est acharné avec une violence inouïe.
La police est immédiatement alertée et conclut à l’acte isolé d’un aliéné mental.
L’incident tombe dans l’oubli lorsque, trois mois plus tard, de nouveaux corps sont découverts dans le même état. Cette fois, la presse s’empare de l’affaire et celui qu’on baptise désormais « Le vampire de Montparnasse » fait les gros titres des quotidiens. Une véritable psychose s’empare des Parisiens. Quel homme peut ainsi braver tous les interdits, ne craignant la justice ni des vivants ni des morts ?
On parle d’un être surnaturel, voire immortel, d’un monstre sans pareil.

Une enquête est ouverte pour découvrir l’identité de l’auteur de ces profanations.
Il en ressort que l’individu déterre les corps fraîchement enterrés dans la partie la plus pauvre du cimetière. En effet, les familles issues des classes défavorisées n’ont pas les moyens de s’offrir une pierre tombale et encore moins une chapelle funéraire.
Leurs défunts sont enterrés dans des petites conceptions et simplement recouverts de terre.
Le « vampire » peut donc facilement les exhumer en grattant la terre qui vient d’être remuée.

Il semble également qu’il déterre des corps afin de trouver ses « proies », des jeunes filles ou des femmes qu’il prend plaisir à mordre, à mordre et probablement à violer.
Les faits se reproduisent à plusieurs reprises entre l’été 1848 et le printemps 1849.
Les lieux sont étroitement surveillés par des gardes et des chiens et une inspection minutieuse permet de découvrir des traces d’un passage utilisé par le profanateur, entre le cimetière et la rue Froidevaux.

Un piège est alors tendu au vampire de Montparnasse. Une arme à feu reliée par un fil se déclenche à son passage. Il échappe de peu à la mort à deux reprises ce qui renforce sa réputation d’immortalité avant d’être finalement atteint par les projectiles comme en témoignent les traces de sang qu’il laisse derrière lui.
Blessé, il parvient à s’échapper et se fait soigner à l’Hôpital militaire du Val-de-Grâce. C’est une conversation surprise par les gardiens du cimetière lors d’un enterrement qui met la puce à l’oreille. En effet, deux militaires parlent des étranges blessures de l’un de leurs camarades admis à l’hôpital le 16 mars 1849, la fameuse nuit où le vampire a été touché. Le rapprochement est vite fait et la police arrête le suspect. Il reconnaît immédiatement les faits qu’il aurait, selon certaines sources, également confiés au médecin militaire, le Docteur Marchal de Calvi.

François Bertrand

Les forces de l’ordre qui pensaient que le « vampire » était un personnage hideux vivant dans l’ombre de la nuit sont surpris en découvrant qu’il s’agit en réalité d’un jeune homme de 25 ans, d’un physique avenant.

Le sergent François Bertrand est né le 29 octobre 1823 à Voisey, en Haute-Marne. S’il est d’un naturel réservé voire timide et qu’il n’ose pas aborder les femmes, rien ne laisse présager qu’il est capable de commettre de telles atrocités. Plutôt bel homme et possédant une excellente éducation, il a poursuivi une scolarité sans problème. Aucun événement particulier dans sa vie n’explique ses penchants morbides.
Ses « victimes » de Montparnasse ne sont pourtant probablement ni les seules ni les premières à avoir subi les outrages de François Bertrand. Il a vraisemblablement assouvi ses pulsions depuis son plus jeune âge, d’abord sur des animaux et ensuite en déterrant des corps dans différents cimetières. Il est quasiment certain qu’il a notamment commis des profanations de tombes à Ivry et au Père-Lachaise mais également dans des cimetières de province, au rythme de ses affectations.

Le procès

François Bertrand est présenté devant le tribunal militaire pour répondre de l’accusation d’ « atteinte à l’intégrité de cadavres ». Le médecin qui s’est occupé de lui au Val-de-Grâce témoigne en sa faveur. Il estime que le jeune homme doit être reconnu irresponsable de ses actes et qu’il doit recevoir des soins.
Le tribunal ne suit cependant pas les recommandations du docteur et condamne François Bertrand … à une peine d’un an de prison, le maximum prévu par la loi pour la violation de sépulture. En effet, les faits de viol ne sont pas retenus puisqu’ils ont été commis sur des cadavres … qui par définition ne s’y ont pas opposer.

Au bout d’une année, le jeune homme sort donc libre du fort de Belle-Île où il était incarcéré et est réintégré dans l’armée. Démobilisé, il se marie en 1856 avec une couturière. Le couple et leurs enfants s’établissent au Havre où il mène une vie tranquille du moins en apparence.
En effet, des historiens ont mené des recherches qui leur ont permis de découvrir qu’au moins deux violations de sépultures ont été commises dans les cimetières de Sainte-Adresse et de Graville-Sainte-Honorine à cette époque. Il est vraisemblable que ces faits similaires à ceux commis par François Bertrand à Paris doivent lui être imputés.
Il décède cependant sans être inquiété le 25 février 1878, à l’âge de 54 ans. Il repose dans le cimetière Sainte-Marie.

L’impact du cas « François Bertrand »

Le procès de François Bertrand fait grand bruit au sein de la communauté scientifique qui s’indigne du fait que son aliénation mentale n’a pas été reconnue. Son cas servira cependant aux médecins pour définir la notion de nécrophilie.

D’autres cas similaires ont également été révélés, notamment :

  • Victor Antoine Ardisson, le « Vampire du Muy » a commis probablement plus d’une centaine de viols et mutilations de cadavres dans le Var, vers la fin du 19ème siècle. Reconnu « nécrosadique et nécrophile », il est interné dans un asile de 1901 à sa mort, en 1944.
  • Henri Blot, le « Vampire de Saint-Ouen » est un ancien fossoyeur âgé de 26 ans, père de famille mais séparé de son épouse, qui a violé au moins deux cadavres (une jeune fille de 18 ans et un enfant de 11 mois) enterrés dans les cimetières de Saint-Ouen et de Cayenne en 1886.
  • Ed Gein, le « Boucher de Plainfield » né en 1906 dans le Wisconsin (États-Unis) a commis une longue série de meurtres et de profanations de sépultures. Il utilisait la peau des cadavres pour confectionner des vêtements, des abat-jours ou du linge et conservait des parties des corps dans des bocaux. Après avoir été jugé une première fois sain d’esprit et coupable de meurtre avec préméditation, Gein est finalement acquitté et interné dans l’aile psychiatrique de la prison de Waupun. Diagnostiqué schizophrène, il est transféré dans un Institut de santé mentale à Madison où il décède en 1984.
    Cette histoire a notamment inspiré le film « Psychose » réalisé par Alfred Hitchcock et le roman « Le Silence des Agneaux » de Thomas Harris.

La visite du cimetière du Montparnasse

Le cimetière du Montparnasse abrite 42.000 sépultures réparties sur les 19 hectares de la nécropole. Plus de 1.200 arbres participent à l’impression d’apaisement qui se dégage de cet immense espace.

Outre les tombes des personnalités, on peut y découvrir plusieurs œuvres d’art dont :

  • Le Baiser du sculpteur roumain Constantin Brâncuși, une œuvre de 1909 classée Monument historique.
  • Le Cénotaphe de Baudelaire, une œuvre du sculpteur français José de Charmoy inauguré en 1902.
  • Le Chat de Niki de Saint-Phalle, une statue polychrome sculptée en 1990 pour la sépulture d’un collaborateur de l’artiste. Elle est également la créatrice de L’Oiseau réalisé en 1998 pour un autre de ses amis.
  • La fin d’un rêve ou La séparation du couple, un monument allégorique d’Alix Marquet réalisé en 1912.

En pratique :

Le cimetière du Montparnasse se visite librement et gratuitement tous les jours de l’année :

  • de 8hr à 17hr30 de novembre à mi-mars durant la semaine
  • de 8hr30 à 17hr30 de novembre à mi-mars le samedi
  • de 9hr à 17hr30 de novembre à mi-mars le dimanche et les jours fériés
  • de 8hr à 18hr de mi-mars à octobre durant la semaine
  • de 8hr30 à 18hr de mi-mars à octobre le samedi
  • de 9hr à 18hr de mi-mars à octobre durant le dimanche et les jours fériés

Un circuit a été est aménagé pour les personnes à mobilité réduite.
Une « promenade-découverte des sépultures féminines » est également proposée afin de découvrir les tombes des plus illustres femmes reposant dans le cimetière.

La Tour de la Charité, vestige de l’ancien moulin à vent qui appartenait à des religieux avant la Révolution bénéficie du classement sur la liste des Monuments historiques depuis 1931. Il sert aujourd’hui de remise pour entreposer les outils des fossoyeurs après avoir été successivement une guinguette et la maison du gardien du cimetière lorsque celui-ci ouvre ses portes en 1824.

Cimetière de Montparnasse
3 Boulevard Edgard Quinet
75014 Paris
Tel : 01 44 10 86 50
Mail : cimetiere.montparnasse@paris.fr
Site web : https://www.paris.fr/cimetieres

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