Bourges la vieille ville @Lordphilip, contributeur Communes.com

Jacques Coeur, un négociant devenu grand argentier de France

Sortir de l’anonymat et accéder aux fonctions les plus enviées, c’est une ambition partagée par de nombreuses personnes et cela depuis bien longtemps.
Aujourd’hui, nous vous invitons à découvrir l’incroyable ascension sociale de Jacques Coeur, un négociant de Bourges qui devient proche du roi de France, Charles VII, avant d’être envié et dénigré au point d’être banni du royaume.

Un peu d’histoire

Depuis la nuit des temps, les hommes ont établi des relations commerciales avec des peuples de plus en plus éloignés de leur propre contrée.
Lorsque la société se hiérarchise, une nouvelle classe sociale apparaît rapidement, celle des marchands. Si ceux-ci n’appartiennent pas à la noblesse, leur richesse leur permet de s’imposer.
Au Moyen-Âge, le commerce s’intensifie au même rythme que les conquêtes. L’Europe est cependant à la traîne par rapport aux Arabes ou aux Chinois et l’économie repose encore principalement sur un commerce local et sans intermédiaire. Le mauvais état des voies de communication et le manque d’auberges dans de nombreuses régions expliquent en partie ce retard.
Des ponts et des nouvelles routes sont construits vers le 11ème siècle ce qui permet de diminuer les trajets mais les voyageurs ne sont pas à l’abri des détrousseurs qui prolifèrent à cette époque. De même, la navigation est peu sûre et les naufrageurs attirent les navires sur les rochers fin de voler les cargaisons.
Enfin, traverser des villes ou emprunter un pont peut être onéreux lorsque le seigneur du coin perçoit un droit de passage ou s’empare des plus belles marchandises.
Le commerce va finalement profiter de l’ouverture des routes vers l’Orient par les croisés et les pèlerins. Les ports méditerranéens connaissent un véritable âge d’or durant le Moyen-Âge central et le bas Moyen-Âge. Les échanges commerciaux se développent, l’Europe importe des soieries, des épices, des parfums ou des pierres précieuses et exporte des draps, de la laine, des peaux, du vin ou des armes.
Les marchands font fortune et se regroupent en guildes, hanses et corporations afin de défendre leurs intérêts. Les foires se multiplient. La France du 13ème siècle connaît enfin une économie florissante basée principalement sur la circulation des marchandises et de l’argent.
Cette prospérité va d’ailleurs encore s’accroître à l’époque des grands explorations et de la découverte de nouveaux mondes et de nouvelles routes commerciales.

Histoire de Bourges

Avant la conquête des Gaules par les Romains, le territoire actuel de la France est partagé entre de nombreuses tribus d’origine celtique installées dans les différentes régions.
Les Bituriges Cubes occupent un territoire compris entre la Loire et le Massif central (Cher, Indre et partiellement Allier) et choisissent d’implanter leur capitale à la confluence de plusieurs cours d’eau dont l’Avara (actuellement Yèvre) qui donne le nom d’Avaricum (actuellement Bourges).
En 53 avant JC, Jules César doit affronter la révolte des peuples celtes qui se coalisent afin de lui barrer la route. Le chef arverne Vercingétorix mène les différentes tribus au combat et ordonne de brûler les villes et les fermes afin d’empêcher l’approvisionnement des légions.
Avaricum est cependant épargnée en raison de son système défensif important capable pensaient les Gaulois de résister aux Romains. Ceux-ci assiègent alors la ville en avril 52 avant notre ère. Les Romains parviennent à s’infiltrer à l’intérieur des fortifications et massacrent les habitants qui se croyaient à l’abri derrière les murailles. Sur les 40.000 soldats et civils présents à Avaricum, seuls 800 échappent à ce génocide qui n’épargne si femmes, ni enfants, ni personnes âgées.
Après son intégration dans la province romaine de Gaule Aquitaine, cette cité renommée pour son artisanat et sa puissance est reconstruite et surtout romanisée et dotée de nombreux monuments.  Elle profite de la période de Pax Romana et de sa position sur de grandes voies romaines reliant notamment Tours à Autun.
Au 4ème siècle de notre ère, l’empire romain s’effondre et les peuples germaniques en profitent pour effectuer de nombreux raids au-delà de leurs frontières. Bourges parvient cependant à résister notamment en entourant la ville d’un important système de défense, un rempart flanqué d’une quarantaine de tours fortifiées.
A cette époque, Bourges accueille déjà un siège épiscopal. En effet, alors que la ville est dirigée par le sénateur romain Léocade, au 3ème siècle, elle est évangélisée par Saint-Ursin qui  devient premier évêque de Bourges après la conversion de son gouverneur.
Le christianisme se répand petit à petit en Berry malgré l’opposition d’une population profondément attachée à ses croyances païennes. Pendant longtemps, les deux religions cohabitent ce qui explique que l’évêque de Bourges a moins de puissance que beaucoup de ses « confrères ».
Il faut attendre le 5ème siècle pour que  Bourges prenne de l’importance. En 469, les Wisigoths s’emparent du Berry et l’intègrent dans leur royaume. Bourges qui était la capitale de l’Aquitaine première sous la domination de l’empire romain perd ce statut en faveur de Clermont.
Au début du 6ème siècle, les Wisigoths battus par les Francs saliens de Clovis leur concèdent l’Aquitaine et se replient dans la péninsule ibérique. La Septimanie (Narbonne) devient la seule enclave wisigothe dans l’actuel territoire français.
A l’époque franque, Bourges qui fait partie du Duché et ensuite du Royaume  d’Aquitaine est le théâtre de plusieurs sièges avant d’être prise par Pépin-le-Bref, fondateur de la dynastie carolingienne, en 762.  Le roi place Chunibert 1er à la tête du comté de Bourges.
Accueillant un palais royal, la ville profite d’un nouvel essor et de nombreux chantiers sont entrepris, notamment celui de la première cathédrale.
Au 10ème siècle, le roi de Francie occidentale Raoul de Bourgogne supprime le comté de Bourges et le remplace par une vicomté, vassale directe de la couronne et confiée à Geoffroy 1er Papabas.
En 1101, le vicomte Eudes Herpin qui a besoin de fonds pour partir en croisade vend Bourges au roi Philippe 1er.
Bourges est ainsi intégrée au domaine royal et continue à se développer. De nouvelles fortifications sont élevées.
La cathédrale est détruite par la foudre et la construction d’un nouvel édifice débute en 1195. Afin de témoigner de la puissance de la ville et du Berry, l’archevêque opte pour une cathédrale monumentale et originale. La construction va durer plus de deux siècles et n’est donc pas encore totalement achevée lorsqu’elle est consacrée le 13 mai 1324.
En 1360, Bourges obtient le statut de capitale du Berry, un duché donné en apanage au frère du roi Charles V, Jean de Berry. Celui-ci, véritable mécène, attire des artistes dans la ville et y organise des fêtes somptueuses. Bourges devient un centre culturel rayonnant. Les constructions d’édifices publics et religieux se succèdent.

Charles VII, roi de Bourges

Cet âge d’or prend fin en 1407 lorsque les Armagnacs et les Bourguignons, deux branches de la maison des Valois s’affrontent alors que la France est déjà en guerre contre l’Angleterre.
Charles VI dit le Fou souffre depuis plusieurs années de crises de folie, probablement atteint de schizophrénie ou de trouble bipolaire. Il devient vite évident que le roi est incapable de gouverner le pays et la régence est confiée aux grands du royaume, notamment son oncle Jean de Berry.
En novembre 1407, le frère du roi, Louis d’Orléans qui fait également partie du conseil de régence et devient de plus en plus influent est assassiné. C’est son cousin, le duc de Bourgogne Jean sans Peur qui est le commanditaire de ce meurtre. Il espère ainsi s’emparer du pouvoir mais cet acte déclenche une véritable guerre civile. La France est dorénavant partagée en deux, les partisans de la maison d’Orléans, dont le duc de Berry, se rangent derrière le comte Bernard VII d’Armagnac tandis que ses rivaux suivent le duc de Bourgogne.
La guerre entre Armagnacs et Bourguignons profite principalement aux Anglais qui n’hésitent pas à se rapprocher tantôt des uns, tantôt des autres pour grappiller quelques territoires. Après une trêve éphémère, les Bourguignons s’emparent de Paris en 1418. Jean-sans-Peur se rapproche des Anglais auxquels il envisage de remettre la couronne de France.
Le dauphin Charles de France âgé d’une quinzaine d’années parvient à s’enfuir de Paris et trouve refuge à Bourges tandis que son père reste entre les mains du duc de Bourgogne.
Le jeune dauphin se proclame « régent du royaume de France » en justifiant cette prise de pouvoir par l’incapacité à régner de son père. Si son Parlement est installé à Poitiers, c’est à Bourges qu’il établit la Cour des comptes
L’année suivante, Jean-sans-Peur est à son tour assassiné à Montereau lors d’une rencontre organisée par le dauphin afin de ratifier un traité de réconciliation.
Ce meurtre est probablement la réponse à l’assassinat de Louis d’Orléans mais est également la conséquence des nombreuses trahisons du duc de Bourgogne. Le dauphin est accusé par les Bourguignons de l’avoir commandité mais rien ne vient étayer cette hypothèse.
Toujours est-il que Philippe III de Bourgogne, fils de Jean-sans-Peur profite de la situation pour s’allier ouvertement avec les Anglais et affronter Charles. De plus, il trouve une alliée en la personne de la reine Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI et mère du dauphin. La situation devient encore plus délicate lorsque le roi d’Angleterre Henri V épouse Catherine de France, fille de Charles VI et d’Isabeau, qui apporte en dot la Normandie et l’Aquitaine.
En 1420, le Traité de Troyes signé par Charles VI et Henri V stipule que le roi de France accepte de transmettre par héritage sa couronne à son gendre, écartant ainsi du pouvoir son propre fils, Charles. Celui qu’on surnomme le « petit roi de Bourges » est par ailleurs accusé de crimes dont le meurtre du Duc de Bourgogne.
Il semble alors certain que les royaumes de France et d’Angleterre sont voués à être réunis et gouvernés par le souverain britannique lorsque les décès successifs de Henri V et de Charles VI en 1422 ruinent ces projets. En effet, l’héritier du trône anglais, Henri VI n’est âgé que de quelques mois lorsqu’il est couronné roi d’Angleterre et de France.
Aussitôt, le dauphin de France s’oppose au Traité de Troyes, arguant une nouvelle fois que son père n’était pas dans un état mental normal lors de la signature.
Charles se proclame roi de France le 30 octobre 1422 prend les armes contre les Bourguignons et les Anglais afin de reconquérir son royaume. Il est sacré par l’archevêque de Reims 7 ans plus tard en présence de Jeanne d’Arc qui a joué un rôle important notamment durant le siège d’Orléans.
Il faut cependant attendre 1435 pour que la paix entre Armagnacs et Bourguignons soit conclue à Arras. Trois ans plus tard, Charles VI promulgue la « Pragmatique Sanction de Bourges » le désignant comme le gardien des droits de l’Église de France.

Jacques-Coeur

Revenons à Bourges, en 1395, probable année de naissance de Jacques Coeur, fils d’un riche négociant en peaux et fourrures et fournisseur officiel du duc Jean 1er de Berry.
C’est tout naturellement que le jeune homme succède à son père à la tête de l’entreprise familiale en 1427. A cette époque, Charles VII a établi sa cour dans la ville qui l’a accueilli lorsqu’il fuyait Paris tombé entre les mains des Bourguignons. Bourges est une ville à l’économie florissante qui se développe encore grâce à la présence de la cour du dauphin.
Jacques Coeur a de l’ambition et décide de se lancer dans une nouvelle aventure, celle du commerce international.
Alors qu’il est âgé approximativement de 25 ans, il épouse sa voisine, Macée de Léodepart, dont la famille est originaire des Flandres. Le père de la jeune femme est un ancien valet de Jean de Berry nommé prévôt de Bourges tandis que sa mère est la fille du maître des Monnaies de la même ville.
Cette union profite pleinement à Jacques qui peut désormais compter sur sa belle-famille sur le plan financier mais également pour l’introduire dans les hautes sphères de la société.
C’est ainsi que Jacques Coeur, négociant de Bourges devient un familier de Charles VII.
A la même époque, il s’associe avec des changeurs, les frères Godart, Berthommier et Pierre, pour fonder une entreprise de plus grande envergure. Rappelons que les changeurs sont alors chargés d’évaluer les différentes monnaies des marchands étrangers pour les échanger contre des devises locales ou pour les garder en dépôt. En effet, la plupart des villes émettent leurs propres monnaies à l’effigie d’un seigneur ou d’un évêque ce qui rend les échanges compliqués et nécessite l’intervention du changeur.
Les trois associés veulent concurrencer les républiques italiennes qui sont souveraines sur le commerce au Levant (actuel Proche-Orient). Jacques Coeur multiplie les voyages dans ces contrées, affrète des bateaux, établit différents comptoirs et choisit de délaisser les opérations de troc afin de privilégier les paiements en argent.
Son acharnement est payant et le succès est au rendez-vous. Contrairement à une grande partie de ses contemporains, il mise sur l’honnêteté et la loyauté voire sur la générosité ce qui lui vaut la réputation d’un négociant intègre. C’est ainsi qu’il obtient de la part des princes orientaux le monopole du commerce des épices et de l’exportation des produits français dans les ports du Levant.
Jacques Coeur établit le siège de son entreprise à Montpellier. Son sens des affaires lui permet d’être autonome puisqu’il possède ses propres écuries et un chantier naval afin d’assurer le transport de ses  marchandises les plus variées, draps, toiles, vins, … en direction de l’Orient et soieries, pierres précieuses, tapis, … vers la France. Toute la région méditerranéenne profite bientôt de ses activités commerciales.
Il réinvestit sa fortune en achetant de nombreux hôtels particuliers et seigneuries. De plus, il prête de l’argent à la noblesse et même au roi.
Malgré quelques jalousies et accusations de malversations, il se retrouve à la tête de l’hôtel des monnaies de Bourges en 1435 et de Paris l’année suivante.
C’est pour lui que le roi de France rétablit une fonction créée en 1317 mais tombée en désuétude, celle de Grand argentier du roi. Dorénavant, Jacques Coeur est responsable des joyaux de la Couronne ainsi que du mobilier et de l’ameublement du souverain. Il doit également gérer le budget alloué aux dépenses de la maison du roi.
Comme toujours lorsqu’il entreprend quelque chose, Jacques Coeur parvient à redresser une situation un peu chaotique. Non seulement, il réorganise les finances du royaume mais il trouve également de nouveaux débouchés, impôts directs et indirects, afin de renflouer les caisses de Charles VII. Il contribue ainsi indirectement à la victoire de la France contre l’Angleterre.
Nous sommes en 1441 lorsque Charles VII anoblit Jacques Coeur, son épouse et leur descendance. Il choisit comme devise « A vaillans cuers riens impossible ».
L’année suivante, il est nommé conseiller du roi et lorsque les finances de la France sont enfin assainies, on lui confie différentes missions de la plus haute importance tant en France qu’à l’étranger. Il s’en sort chaque fois avec brio.
Ses fonctions auprès du roi n’empêchent pas Jacques Coeur de poursuivre ses propres affaires. Il prête à nouveau de l’argent au roi afin de financer la reconquête de la Normandie qui est toujours aux mains des Anglais. On le retrouve en tête du cortège lorsque le roi fait une entrée triomphante à Rouen en juillet 1447. Ce fils de roturier devance une noblesse qui lui est redevable puisqu’elle lui emprunte régulièrement de l’argent.

Le palais Jacques-Coeur

Jacques Coeur possède désormais de nombreuses propriétés rachetées à des nobles ruinés ou abandonnées durant la Guerre de Cent Ans.
Malgré tout, il décide de se construire une maison au cœur de Bourges, sa ville natale et y consacre 100.000 écus d’or, une véritable fortune
Le chantier débute en 1443 et va durer dix ans.
L’édifice de style gothique flamboyant est somptueux. Il est le reflet de tout le savoir-faire des artisans et artistes du 15ème siècle.
Malheureusement, Jacques Coeur ne va jamais habiter son palais. En effet, l’argentier tombe en disgrâce deux ans avant son achèvement
Revenons quelques années en arrière, au début des années 1440 lorsqu’une demoiselle d’honneur d’Isabelle 1ère de Lorraine, Agnès Sorel, devient la favorite Charles VII. Le roi couvre sa maîtresse de cadeaux et la fait rentrer au service de son épouse, la reine Marie d’Anjou.
Dès lors, Agnès Sorel devient la plus importante personnalité de la cour. On copie ses coiffures, ses vêtements, son maquillage, ….
La jeune femme dépense sans compter et se fournit principalement auprès de Jacques Coeur qui devient bientôt son confident, voire plus, selon certaines rumeurs qui n’ont cependant jamais été confirmées. Toutes les dames de la cour s’empressent de devenir clientes du grand argentier qui bénéficie de la protection de la favorite du roi.
De l’union adultérine de Charles VII et d’Agnès Sorel naissent quatre filles que le roi légitime et dote généreusement. Marie, Charlotte et Jeanne de Valois font de riches mariages tandis que la plus jeune dont la naissance a coûté la vie à sa mère décède à l’âge de quelques semaines, en 1450.

palais Jacques Coeur, Bourges – ©Thomas The Baguette, FlickR Creative Commons

Le déclin

Agnès Sorel morte à l’âge de 28 ans a désigné Jacques Coeur comme exécuteur testamentaire. Il perd une précieuse alliée et ses détracteurs, jaloux de sa fortune et de son ascension sociale, en profitent pour l’accuser de nombreux délits.
Écoutant, son Grand Conseil, Charles VII le fait arrêter en 1451 pour crime de lèse majesté. Tous ses biens sont mis sous séquestre en attendant le procès.
Cette disgrâce profite à toutes les personnes qui ont emprunté de l’argent au prisonnier et qui se retrouvent du jour au lendemain sans dettes à payer. De plus, une grande partie de ses terres sont octroyées aux proches du souverain.
C’est donc sans surprise que tous cherchent à faire condamner Jacques Coeur en inventant de nouveaux crimes allant jusqu’à l’accuser d’avoir abjuré sa religion, d’avoir fourni des armes aux Sarrasins ou d’avoir volé le roi lui-même.
Jacques Coeur fort de son bon droit répond à ses accusateurs. Le procès est cependant faussé car seuls ceux-ci sont entendus tandis que les amis et les enfants du prévenu sont tout bonnement tenus à l’écart malgré l’intervention du pape en sa faveur.
Le procès s’éternise et  Macée de Léodepart décède, de chagrin dit-on, alors que son époux est toujours en prison et est soumis à la question.
En mai 1453, Jacques Coeur est reconnu coupable, ses biens sont officiellement saisis et il doit s’acquitter d’une amende de trois cent mille écus à laquelle s’ajoute un remboursement de cent mille écus au Trésor.
S’il est dans un premier temps condamné à mort, cette peine est néanmoins commuée en bannissement. Il est en outre obligé de reconnaître ses torts et de faire amende honorable en public.
Par « générosité » Charles VII octroie la somme de 500 livres à ses enfants.
Jacques Coeur est envoyé dans la forteresse du « Château triangulaire » du Poitiers. Il parvient à s’évader et à se rendre à Rome où il est accueilli par le pape Nicolas V qu’il a rencontré quelques années plus tôt.
Très affaibli, ce génie des affaires parvient cependant à rassembler ses biens qui ont  échappé à la saisie car ils se trouvaient en dehors du territoire français.
Il réside toujours à Rome lorsque le successeur de Nicolas V, Calixte III monte une expédition contre les Ottomans en 1456. Jacques Coeur est chargé d’organiser et de financer cette campagne au titre de « capitaine général de l’Église ». Il meurt, probablement de la dysenterie, le 25 novembre 1456 dans l’île de Chios, en mer Égée.
L’année suivante, une partie de ses biens est restituée par Charles VII à ses enfants, Ravant et Geoffroy Coeur. Sa mémoire sera réhabilitée sous le règne de Louis XI.

La visite

Après avoir été rendu aux fils de Jacques Coeur, le Palais de Bourges appelé « La Grant’Maison de Monseigneur l’Argentier » a été revendu à plusieurs reprises et, pendant plus d’un siècle, a été la propriété de gens fortunés et le théâtre de  fêtes somptueuses.
A partir du 17ème siècle, il sert successivement d’Hôtel de ville, de siège de tribunal et de palais de justice. Il est inscrit sur la liste des Monuments historiques depuis 1840.
Malheureusement, une partie des bas-reliefs ainsi que la statue de Charles VII qui ornait la façade ont été détruits à l’époque de la Révolution française. L’installation du tribunal a également été à l’origine d’une modification des espaces intérieurs, modification effectuée sans aucun respect pour ce bijou de l’art gothique. De nombreuses boiseries, des cheminées, des sculptures ont été purement et simplement détruites.
Après son classement grâce à l’intervention de Prosper Mérimée, le bâtiment a bénéficié d’une restauration qui si elle a sauvé l’édifice d’une destruction programmée, n’a pas été entreprise dans le respect de l’architecture d’origine. Il faut attendre 1927 pour que l’État qui s’est porté acquéreur de l’édifice commandite une restauration plus fidèle. Dans les années 2010, ce sont les extérieurs du palais qui profitent d’une réhabilitation.
Le palais s’articule autour d’une cour intérieure entourée de galeries ouvertes à arcades. La façade intérieure du bâtiment arrière s’appuie sur le rempart datant de l’époque gallo-romaine. Les trois tours du rempart sont intégrées au palais.
La façade avant possède des remarquables sculptures ainsi qu’une double porte destinée aux piétons et aux voitures et surmontée autrefois  de la statue de Charles VII ainsi que de deux fausses fenêtres  destinées à accueillir les statues de Jacques Coeur et de Macée de Léodepart.

En pratique :
Le Palais Jacques Coeur est ouvert au public tous les jours sauf les 1er janvier, 1er mai, 1er novembre, 11 novembre et 25 décembre :

  • de 9hr30 à 12hr15 et de 14hr à 17hr15 en janvier, février, mars, octobre, novembre et décembre
  • de 10hr à 12hr15 et de 14hr à 18hr en avril et septembre
  • de 9hr30 à 12hr15 et de 14hr à 18hr15 en mai et juin
  • de 10hr à 12hr45 et de 14hr à 18hr15 en juillet et août

Le palais se visite librement avec audioguide ou en compagnie d’un guide. Il est également possible de bénéficier de visites-conférences réservées aux groupes (sur réservation au 02 48 23 02 61).
La visite dure approximativement 1hr30.
Les personnes à mobilité réduite peuvent accéder à la cour intérieure du bâtiment. Les personnes souffrant de déficience visuelle ou souhaitant une visite en LSF peuvent prendre rendez-vous au 02 48 23 02 61.
Bien entendu, Bourges recèle bien d’autres trésors architecturaux comme :

  • La cathédrale Saint-Étienne de style gothique bâtie au 12ème siècle
  • Les anciens remparts gallo-romains
  • le Palais archiépiscopal du 17ème siècle
  • Le musée du Berry abrité dans l’Hôtel Cujas
  • L’Hôtel Lallemant de style Renaissance bâti au début du 16ème siècle par une famille de riches marchands d’origine allemande.

La route Jacques Coeur

Depuis 1954, un circuit touristique baptisé « Route Jacques Coeur » permet de visiter différents édifices privés, publics et religieux du Berry. Au total, trois monuments publics, huit châteaux privés et sept villes ou villages accueillent les voyageurs passionnés par l’histoire de la région et par celle de son illustre grand argentier.

Association Route Jacques Coeur
21 rue Victor Hugo
18000 Bourges
Tel : 02 48 65 31 55
Mail : routejacquescoeur@wanadoo.fr

Le printemps de Bourges

Chaque année depuis 1977, la ville accueille le Printemps de Bourges, un festival de musiques actuelles. Ce festival se déroule dans différents lieux de la ville et en extérieur, dans le courant du mois d’avril.

Que manger dans la région?

Une visite de Bourges comprend obligatoirement la découverte des spécialités locales :

  • les forestines, des bonbons de forme rectangle proposés en différentes couleurs délicieusement nacrées et fourrées au chocolat, noisettes et amandes.
  • Le poirat, une tourte aux poires sauvages macérées dans de l’eau de vie, du sucre et du poivre
  • Le truffiat, une tourte de pommes de terre, oignons, fines herbes et crème fraîche
  • La fromagée berrichonne, une spécialité à base de fromage frais aux herbes fraîches et à la crème fraîche à déguster avec une tranche de pain ou des pommes de terre
  • La potée berrichonne aux haricots rouges, oignons, saucisses cuits dans de l’eau et du vin rouge.
  • Le pâté de Pâques berrichon, une tourte à la pâte brisée ou feuilletée et à la farce de hachis de viande et d’œufs durs.
  • Le poulet en barbouille, une volaille et sa sauce au sang.

Vous aimeriez peut-être aussi

Les salines du Jura

Montreuil-Bellay, ville close de l’Anjou

Nicolas Flamel : Légende d’un alchimiste

Les phalanstères, quand le rêve se confronte à la réalité

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.