Opéra Garnier, Paris - ©edmondlafoto CC0 Creative Commons

L’Opéra à Paris

Paris est une ville au riche patrimoine historique mais est également connue pour sa vie nocturne particulièrement animée.
Restaurants, brasseries, cabarets, théâtres, … autant de lieux où Parisiens et visiteurs se retrouvent, le soir venu.
Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir l’histoire de l’opéra dans la ville-lumière et celle de son monument emblématique, l’Opéra Garnier.

Un peu d’histoire

L’opéra réunit la musique et le théâtre pour nous offrir des œuvres lyriques qui puisent leur origine notamment dans les tableaux religieux mis en scène à l’époque médiévale, les miracles et les mystères. Dès cette époque, les spectacles donnés dans les grandes cours européennes combinent également plusieurs formes d’expression.
Il faut cependant attendre le 17ème siècle pour qu’on parle réellement d’opéra. Dès le début de la Renaissance italienne, des œuvres polyphoniques appelées madrigaux sont déjà chantées généralement à 3, 4 ou 5 voix mais sans jeux de scène. Ils laissent petit à petit leur place aux cantates combinant voix et instruments et aux arias qui sont interprétées par une seule voix.
Ces différentes formes musicales vont enfin donner naissance à l’opéra qui propose aux spectateurs une grande nouveauté : le jeu scénique. Dorénavant, les artistes lyriques ne se contentent plus de chanter, ils jouent un rôle, ils interprètent une œuvre.

Les premiers opéras

C’est au tout début du 17ème siècle que le compositeur italien Claudio Monteverdi écrit la musique de L’Orfeo, favola in musica (Orphée, fable en musique) inspirée du livret d’Alessandro Striggio.
L’Orfeo est joué pour la première fois le 24 février 1607 au Théâtre de la Cour du duc Vincent 1er de Mantoue. Cette œuvre lyrique raconte l’histoire d’Orphée tentant d’arracher sa femme Eurydice des Enfers.
L’Orfeo est souvent considéré comme le premier opéra de l’histoire mais il est cependant précédé de quelques années par trois œuvres du compositeur et chanteur Jacopo Peri, à savoir La Pellegrina, en 1589, La Dafne, en 1597, et Euridice, en 1600.
Euridice est par ailleurs la première œuvre qualifiée de « Stile rappresentativo ». Elle offre aux spectateurs une mélodie qui se situe entre le récitatif et le chant et qui est chargée en émotions. Si elle s’inspire également du mythe d’Orphée et d’Eurydice, elle s’éloigne de l’histoire puisqu’elle permet à Orphée de sauver sa compagne grâce à la musique.

L’opéra italien connaît un succès grandissant, principalement à Rome et à Venise. D’abord réservé à une élite, il se popularise et est joué dans de nombreux théâtres.
Différentes écoles voient le jour et, dans la seconde moitié du 17ème siècle, l’opéra napolitain s’impose dans toute l’Italie et même au-delà de ses frontières.
Si c’est Francesco Provenzale qui est le fondateur de cette école, Alessandro Scarlatti en est certainement le plus célèbre représentant. On lui doit notamment l’ « ouverture à l’italienne » et l’alternance de récitatifs et d’arias da capo.
Des grands compositeurs européens dont Gluck et Mozart ont par ailleurs été largement influencés par l’école napolitaine.

Et en France ?

Nous sommes en 1645, le cardinal Jules Mazarin d’origine napolitaine mais naturalisé français, est le principal ministre d’État alors qu’Anne d’Autriche, mère de Louis XIV, assure la régence en attendant que son fils soit en âge de régner sur le royaume de France.
Le cardinal souhaite faire connaître les œuvres lyriques de son pays aux Français. C’est pour cette raison qu’il invite une troupe italienne qui va interpréter l’opéra composé par Francesco Sacratisur un livret de Giulio Strozzi, « La finta pazza » (La fausse folle), une œuvre baroque créée quelques années plus tôt au théâtre de Venise.
Le spectacle est donné au théâtre de l’ancien Hôtel du Petit-Bourbon en l’honneur du roi âgé de sept ans, le 14 décembre 1645.

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Feste theatrali per la Finta pazza , drama del sigr Giulio Strozzi, rappresentate nel Piccolo Borbone in Parigi quest anno 1645 et da Giacomo Torelli – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France

Afin d’amuser le jeune souverain, les chorégraphes et scénographes Giovanni Battista Balbi et Giacomo Torelli, mettent en scène La finta pazza en y incluant des effets spéciaux et des ballets. Les comédiens sont accompagnés de différents animaux exotiques dont des autruches, des singes ou des ours. On peut même apercevoir quelques Indiens !

S’il semble douteux que Louis XIV ait compris l’intrigue narrant de manière burlesque les aventures des dieux et héros grecs tirés de l’Iliade, la représentation a cependant marqué son esprit et est peut-être à l’origine de sa passion pour la musique et la danse.

Le succès de ce genre musical encore inconnu en France provoque des vocations ce qui permet à l’opéra français de prendre naissance à la cour de Louis XIV.
Pomone composé en 1671 par Robert Cambert sur un livret de Pierre Perrin est considéré comme le premier opéra français. Il est créé à l’occasion de l’inauguration de la première salle parisienne ouverte au public, la « Salle du Jeu de Paume de la Bouteille » située à l’angle des rues Jacques Callot et Mazarine.

Jean-Baptiste Lully, également d’origine italienne et naturalisé français, est depuis 1662 le maître de musique de la famille royale. Il s’emploie dès cette époque à développer les différentes formes musicales à la cour. Il est notamment à l’origine de la « comédie-ballet », un genre musical combinant musique et danse qu’il met au point en collaboration avec Molière et le maître de ballet Pierre Beauchamp. Ces œuvres deviennent des divertissements appréciés par la famille royale. Le Bourgeois gentilhomme, Le Malade Imaginaire, Monsieur de Pourceaugnac ou encore Les Amants magnifiques sont tous représentés devant Louis XIV et ses courtisans.

Malgré le succès de ce partenariat, Lully y met un terme en 1672 lorsqu’il obtient du roi l’autorisation d’interdire « de faire chanter aucune pièce entière en France, soit en vers françois ou autres langues, sans la permission par écrit dudit sieur Lully, à peine de dix mille livres d’amende, et de confiscation des théâtres, machines, décorations, habits, … », un privilège auparavant accordé à Pierre Perrin qui est emprisonné pour dettes.
Molière décède en 1673, marquant la fin du règne de la comédie-ballet.

A partir de cette époque, Lully écrit des tragédies en musique (ou tragédies lyriques) dont la première intitulée « Cadmus et Hermione » est créée le 27 avril 1673 à l’ « Académie royale de Musique ».
Il souhaite ainsi se différencier des compositeurs italiens et de leurs opéras.
Contrairement aux opéras qui donnent la part belle au chant, la tragédie lyrique met sur un plan d’égalité le texte, la musique, le ballet, les chœurs mais également les décors, lumières et machines. Elle aborde cependant les mêmes thèmes souvent inspirés de la mythologie.
Lully qui produit approximativement une œuvre par an et qui de plus a le monopole des pièces produites en France s’enrichit rapidement et obtient même la fonction de secrétaire du roi. Il perd cependant un peu de son importance lorsque Louis XIV influencé par Madame de Maintenon se montre moins tolérant vis-à-vis de l’homosexualité du compositeur qui s’affiche avec un page de la Chapelle.
Le compositeur décède en 1687 de la gangrène, à l’âge de 55 ans. Il s’est en effet blessé au pied avec une lourde canne qu’il utilisait notamment pour battre la mesure. Refusant l’amputation qui l’aurait privé de danse, il est victime d’une infection généralisée.

L’Opéra de Paris

Suite au succès des représentations de La finta pazza au Petit-Bourbon, en 1645, plusieurs salles accueillent successivement les spectacles lyriques à Paris.

La Salle des Machines

La Salle des Machines est inaugurée en 1662 au Palais des Tuileries. Destinée à recevoir 4.000 spectateurs, elle est l’œuvre de l’architecte Louis Le Vau et du décorateur Charles Errard et est équipée de nombreux mécanismes permettant de changer rapidement de décors ou de créer des effets « spéciaux ».
Elle n’est cependant que rarement utilisée sous le règne de Louis XIV, le roi préférant assister aux spectacles donnés au Château de Versailles. Lorsque Louis XV quitte Versailles pour s’installer aux Tuileries au début de son règne, la salle reprend vie.

Petite anecdote, c’est l’orientation de cette salle qui est à l’origine des expressions côté cour (du Louvre) et côté jardin (des Tuileries) utilisées dans le monde du théâtre pour désigner respectivement le côté droit et le côté gauche de la scène.

L’Académie royale de Musique

Entre-temps, Louis XIV accorde l’autorisation de fonder l’ « Académie royale de danse » en 1661. Elle obtient l’exclusivité l’année suivante :

(…)Bien que l’Art de la Danse ait toujours esté reconnu l’un des plus honnestes et plus nécessaires à former le corps, et lui donner les premières et plus naturelles dispositions à toutes sortes d’exercices, et entre autres à ceux des armes (…) Néanmoins il s’est pendant les désordres et la confusion des dernières guerres, introduit dans ledit Art, comme en tous les autres, un si grand nombres d’abus capables de les porter à leur ruine irréparable, que plusieurs personnes pour ignorans et inhabiles qu’ils ayent esté en cet Art de la Danse, se sont ingerez de la monstrer publiquement (…)

A quoy estant nécessaire de pourvoir, et désirant rétablir ledit Art dans sa première perfection, et l’augmenter autant que faire se pourra : Nous avons jugé à propos d’établir en nostre bonne ville de Paris, une Académie Royale de Danse, à l’exemple de celles de Peinture & Sculpture, composée de treize des Anciens et plus experimentez au fait dudit Art, pour faire par eux en tel lieu et maison qu’ils voudront choisir dans ladite ville, l’exercice de toute sorte de Danse suivant les Statuts et reglemens que nous avons fait dresser en nombre de douze principaux articles.(…)

C’est sur ce même modèle que l’Académie royale de Musique est fondée en 1669 et intègre dès cette année la compagnie de danse académique classique qui deviendra le « Ballet de l’Opéra national de Paris », l’une des plus anciennes compagnies de danse classique.

Or, il existait en France, depuis 1321, une corporation regroupant les musiciens et saltimbanques, la Ménestrandise. Gérée par trois maîtres et un directeur surnommé « Roi des ménétriers », elle a pour mission de transmettre un savoir, de former des musiciens qui doivent passer un examen au terme de quatre ans d’études et surtout de réduire le nombre de musiciens ambulants, honte de la profession.

Si, à l’origine, le but de la corporation est de protéger les musiciens et de leur donner un véritable statut, il s’avère rapidement que son ambition se modifie au fil du temps et que l’appât du gain devient dominant. Pour pouvoir profiter du statut de musicien, il faut payer des taxes et autres cotisations. A défaut, il est interdit de jouer devant un public, ni même de divertir un mariage ou de donner la sérénade sous peine d’amende, de saisie des instruments et de châtiments corporels.

Les maîtres de la Ménestrandise ne voient donc pas d’un bon œil les privilèges accordés aux musiciens intégrés dans les différentes académies royales et dans la Chapelle royale. Voyant leur pouvoir diminuer et leur monopole s’envoler, ils ont par ailleurs déjà tenté de s’opposer à la fondation des académies mais en vain.

De plus, des musiciens dont le compositeur et claveciniste François Couperin très apprécié par Louis XIV présentent au roi une lettre de réclamation à l’encontre de la Ménestrandise. Ils estiment en effet qu’elle est trop dirigiste et empêche les musiciens de donner libre cours à leur art.
La justice donne finalement raison aux musiciens contre les Ménétriers en 1695.

Les représentations données par L’Académie Royale de Musique connaissent un tel succès que les villes de province emboîtent le pas de Paris et achètent à Lully le droit d’ouvrir leurs propres académies.

L’Opéra-comique

A la fin du 17ème siècle, Louis XIV ordonne l’expulsion de Paris des troupes de théâtre italiennes. Celles-ci se produisent au théâtre de l’Hôtel de Bourgogne, sont placées sous la protection du roi et connaissent un grand succès auprès du public.
Cette décision est officiellement justifiée par le fait que leur nouvelle pièce intitulée « La Fausse Prude » cible un peu trop Madame de Maintenon. En réalité, le roi souhaite éloigner les comédiens italiens afin de privilégier leurs confrères français.

La plupart des Italiens ne retournent cependant pas dans leur pays et s’installent en province ou choisissent de donner des représentations durant les foires annuelles parisiennes de Saint-Germain et de Saint-Laurent. Les comédiens français qui pensaient être débarrassés de leurs rivaux ne décolèrent pas et revendiquent de nouvelles mesures. Dorénavant les Italiens ne peuvent plus parler sur scène et leurs représentations doivent se faire en un seul acte.
Les forains en profitent pour lancer une nouvelle forme de spectacle, une sorte de satire intégrant des vaudevilles, c’est à dire des airs populaires dont les paroles sont changées. Le succès est immédiat et le public se presse pour assister aux spectacles donnés par les différentes troupes de forains.
En 1714, Louis XIV accorde aux directeurs de deux de ces troupes, Catherine Baron et Gautier de Saint-Edme le droit de créer l’ « Opéra-Comique », héritage direct des comédies-ballets de Molière et Lully.
Le qualificatif de « comique » ne signifie pas que les œuvres présentées sont drôles mais bien que les spectacles combinent des parties chantées (parodies d’airs d’opéra), des pantomimes et des parties parlées. Il permet de différencier l’Opéra-Comique de l’Opéra qui est entièrement chanté.
(En revanche, l’Opéra bouffe et l’Opérette apparus au 19ème siècle traiteront de sujets plus légers, sentimentaux ou bouffons.)
Une fois de plus, le succès de cette forme d’expression à mi-chemin entre le théâtre et l’opéra fait de l’ombre aux grandes salles parisiennes qui parviennent épisodiquement à la faire interdire.
Il faut attendre 1783 pour que l’Opéra Comique s’installe dans une salle qui lui est spécialement dédiée, la « Salle Favart » située Place Boieldieu, dans le 2ème arrondissement.
En 1801, il fusionne, sur ordre de Napoléon, avec le Théâtre Feydeau afin de fonder le « Théâtre national de l’Opéra-Comique ». Celui-ci s’installe dans la salle de la rue Feydeau afin de produire des « comédies ou drames mêlés de couplets, d’ariettes ou de morceaux d’ensemble » destinés à un public familial.
Napoléon veut ainsi réduire le nombre de salles officielles afin de restreindre les rivalités entre elles.
L’Opéra-Comique réintègre la salle Favart entièrement reconstruite en 1840 mais, le 25 mai 1887, un drame se produit : un incendie provoqué par le dysfonctionnement d’un éclairage au gaz fait 84 victimes.

La troupe endeuillée s’installe au Théâtre des Nations, Place du Châtelet en attendant la reconstruction de la salle Favart. Celle-ci est inaugurée en décembre 1898.
De nos jours, le Théâtre national de l’Opéra-Comique a le statut d’établissement public pouvant représenter des ouvrages lyriques de la période baroque à la période contemporaine mais également des pièces de théâtre sans musique.

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Paris. Place Boieldieu. Façade de l’Opéra Comique, appelé aussi salle Favart – ©Source Ville de Paris / BHVP / Roger-Viollet, Photographe Pottier, Emmanuel (1864-1921)

Les grandes salles parisiennes

A la fin du 18ème siècle et au début du 19ème siècle, Paris compte donc plusieurs grandes salles d’opéra. Parmi celles-ci, notons :

  • Le Théâtre National (ou Salle Montansier) situé rue de la Loi (actuellement rue de Richelieu) est inauguré en 1793. La direction est confiée à Mademoiselle Montansier, née Marguerite Brunet, Directrice des Spectacles à la suite de la Cour et organisatrice des bals et spectacles de Versailles sous Louis XVI. Lorsque Mademoiselle Montansier est arrêtée à l’époque de la Terreur, la troupe est intégrée à celle du Théâtre Français tandis que la salle est gérée par l’Opéra de Paris. C’est dans cette salle qu’est notamment donnée la première représentation en France de La Flûte enchantée de Mozart.
    La salle est rasée en 1820 sur ordre de Louis XVIII, lorsque le duc de Berry, Charles-Ferdinand d’Artois est tué en sortant de l’Opéra. Son meurtrier, Louis Pierre Louvel est un ouvrier fervent bonapartiste qui veut exterminer la lignée des Bourbons.
    Le square Louvois est créé sur l’emplacement de l’ancienne salle.
  • Le Théâtre des Amis de la Patrie situé rue de Louvois est inauguré en 1791. Il est rebaptisé « Théâtre Louvois » en 1798. En 1808, le bâtiment est transformé en entrepôt pour l’Académie royale de musique à laquelle il est relié par un pont enjambant la rue. Après avoir brièvement accueilli la troupe de l’Académie pendant la construction de sa nouvelle salle, l’Opéra Le Peletier, le théâtre est à nouveau fermé et est détruit en 1899.
  • L’Opéra Le Peletier est construit en 1821, après la démolition du Théâtre National. La capitale est alors privée de salle d’opéra et il est urgent d’en construire une nouvelle. Cela explique la rapidité de construction de l’opéra qui en l’espace d’une année seulement s’élève dans les jardins de l’Hôtel de Choiseul qui abrite également les bureaux administratifs de l’Opéra.
    La salle est entièrement ravagée par un incendie le 28 octobre 1873. Les représentations sont provisoirement transférées à la Salle Ventadour.
  • La Salle Ventadour inaugurée en 1829 accueille à plusieurs reprises des troupes sans salle. C’est ainsi que l’Opéra-Comique s’y installe lorsque la salle Feydeau jugée trop vétuste et dangereuse doit être rénovée. La troupe des Italiens fait de même en 1838 après l’incendie de la salle Favart. Celle de l’Opéra de Paris investit à son tour les lieux suite au sinistre de l’Opéra Le Peletier.
    Entre-temps, la Salle Ventadour propose de nombreux spectacles, y compris un surprenant spectacle naval lorsque la scène est transformée en un énorme bassin. C’est également en ces lieux que de nombreux opéras, Lucie de Lammermoor, Rigoletto, Fidelio, Le trouvère, …., charment le public parisien.
Théâtre Ventadour, Une noce russe au XVIe siècle – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France, Dessinateur Sahib (1847-1919)

Après le départ de la troupe de l’Opéra de Paris, la salle tombe petit à petit dans l’oubli malgré les représentations de plusieurs œuvres de Verdi. Le bâtiment est finalement vendu en 1879 et est transformé en bureaux. Depuis son acquisition par la Banque de France en 1892, il abrite le restaurant d’entreprise et plusieurs services de l’institution.

L’Opéra Garnier

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Opéra Garnier, Paris 1904 – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France, Agence photographique Rol

L’Opéra Garnier est certainement le plus célèbre théâtre lyrique de la capitale.

Le 14 janvier 1858, Napoléon III et son épouse, l’impératrice Eugénie, se rendent à l’Opéra situé rue Le Peletier lorsqu’ils sont visés par un attentat orchestré par Felice Orsini, un révolutionnaire italien, qui accuse l’empereur d’empêcher la « Risorgimento », l’unification de l’Italie.
Avec l’aide de trois complices, il parvient à lancer une bombe en direction du convoi impérial. La voiture de Napoléon III se couche mais le couple échappe miraculeusement à la mort.
Cet attentat fait cependant douze morts et plus de 150 blessés. Il a également un impact direct sur la salle de l’opéra. En effet, il devient impératif de construire une nouvelle salle dans un lieu plus facile à défendre.

Un concours international est lancé en 1860 pour la construction d’une « Académie impériale de musique et de danse » alors que tous s’attendaient à ce que le chantier soit confié à l’architecte Charles Rohault de Fleury qui a déjà dessiné les plans des Grandes Serres du Jardin des Plantes, de l’Hippodrome et d’un opéra italien.

Le Prince Alexandre Walewski, fils illégitime de Napoléon 1er et de Marie Walewska, préside un jury d’experts.
Le projet de Charles Garnier, grand Prix de Rome mais peu connu du public, séduit et est choisi à l’unanimité. Il reste à trouver l’emplacement idéal pour accueillir le bâtiment.

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Charles Garnier. Architecte de l’Opéra, Portraits de studio 19e siècle – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France, Photographe Atelier Nadar

Le préfet de la Seine, le Baron Georges Eugène Haussmann, assigne un terrain aux formes particulières au nouvel opéra de Paris.
Garnier doit s’adapter à cet environnement et modifie notamment ses plans en surélevant l’étage attique afin que le bâtiment soit plus haut que les immeubles voisins.
Enfin, la sécurité de l’empereur sera assurée par le percement de l’Avenue de l’Opéra, une large artère permettant de relier rapidement l’Opéra au Louvre.

Garnier s’entoure de nombreux artistes et artisans de renom et est secondé dans sa tâche par l’architecte Louis-Victor Louvet qu’il a connu durant son cursus. Il fait également construire un bâtiment à un étage dans la rue Neuve des Mathurins afin d’installer ses salles de travail au plus près du chantier.
La première pierre est officiellement posée en 1862 mais, très rapidement, des difficultés surgissent, notamment le haut niveau de la nappe phréatique qui doit être asséchée au moyen de pompes à vapeur utilisées jour et nuit pendant sept mois.
Parallèlement, les ingénieurs font construire un radier en béton qui est rempli d’eau afin d’assurer la stabilité du bâtiment malgré la mauvaise qualité du sous-sol. Ce radier sert ensuite de réserve d’eau aux pompiers.

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Paris, Opéra Garnier, construction] Vue du pavillon des abonnés le 10 mai 1865 – ©Institut national d’histoire de l’art

Des problèmes d’ordre financier surgissent également et le chantier est à plusieurs à l’arrêt, notamment durant la guerre de 1870 contre la Prusse.
De plus, la fin du Second Empire et l’avènement de la Troisième République diminuent les budgets alloués à ce projet. Le gouvernement n’est pas enthousiaste à l’idée de parachever un chantier commandé sous le régime précédent. Il préfère dès lors laisser la troupe de l’Opéra se produire à la salle Le Peletier

La construction du nouvel opéra est donc compromise et son architecte est écarté lorsque la salle Le Peletier est détruite par un incendie en 1873. Il faut trouver rapidement un lieu pouvant accueillir la troupe de l’Opéra de Paris, la salle Ventadour n’étant qu’une solution provisoire. Les travaux s’accélèrent et le bâtiment est achevé en décembre 1874 même si plusieurs espaces prévus initialement ne seront jamais aménagés. Il a en effet été difficile de réunir à nouveau les différents artisans renvoyés. De plus, le prix des matières premières a fortement augmenté depuis la création du projet.

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L’inauguration de la salle a lieu le 5 janvier 1875 en présence du président de la République, Patrice de Mac Mahon. Les Parisiens peuvent enfin admirer les façades de leur nouvel Opéra qui étaient cachées sous les échafaudages tandis que la percée de l’avenue débute. Pour réaliser celle-ci, il faut démolir un quartier entier et même niveler une petite colline appelée « Butte des Moulins », un endroit de mauvaise réputation. Au total, ce nouveau chantier s’étale sur cinq ans.

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Pour l’anecdote, Charles Garnier est obligé de payer sa place afin de pouvoir assister au spectacle inaugural, une manière peu élégante d’écarter tous ceux qui, de près ou de loin, ont fait partie de l’entourage de Napoléon III.

Cependant, à sa mort survenue en 1898, un buste en bronze de l’architecte dominant les allégories, La Renommée et l’Étude, est installé en son hommage au pied de la Rotonde de l’Empereur, sur la façade ouest du bâtiment.

La façade arrière de l’opéra est moins décorée que les trois autres. C’est là que se situent les bâtiments administratifs, les nombreuses loges pouvant accueillir 500 artistes, les salles de répétition, les foyers de la Danse et du Chant et les différents espaces utilitaires. Ces locaux s’articulent autour d’une cour intérieure fermée par plusieurs portails qui sont quotidiennement empruntés par les employés, artistes et fournisseurs. Une porte surdimensionnée est prévue pour les décors qui sont ensuite placés sur un monte-charge et acheminés sur la scène.

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Paris, Opéra Garnier, construction, façade principale – ©Institut national d’histoire de l’art

Charles Garnier a conçu les plans de son opéra jusque dans les moindres détails afin de faciliter notamment la circulation du public qui traverse successivement le Grand Vestibule abritant la billetterie et le Vestibule du Contrôle avant de parvenir au somptueux Grand Escalier conduisant aux différentes loges.
Plusieurs espaces sont également à la disposition des spectateurs qui peuvent profiter de rafraîchissements proposés dans la Rotonde du Glacier ou se retrouver durant les entractes dans les foyers et les salons magnifiquement décorés.

La Grande Salle habillée de rouge et d’or peut accueillir près de 2.000 spectateurs confortablement installés dans les fauteuils de l’orchestre, des balcons, des loges et même du poulailler ou paradis, situé au dernier étage.

Très impressionnant, le lustre en bronze doré et en cristal surplombe la salle depuis son origine. Il mesure huit mètres de haut et pèse un peu plus de huit tonnes. Ses 340 becs de gaz ont été remplacées par des ampoules électriques pour des raisons de sécurité.
Il se raconte que ce lustre est tombé sur les spectateurs un soir de mai 1896. Il s’agit d’une des nombreuses légendes entourant de mystères l’Opéra Garnier. Il y a bien eu un accident ce soir-là. Ce n’est cependant pas le lustre qui est tombé mais bien l’un des contrepoids qui a traversé le plafond et a atterri dans les quatrièmes loges, tuant une spectatrice. Cet incident a provoqué un mouvement de foule et, dans la panique, plusieurs personnes ont été blessées.

Si la salle est spectaculaire, que dire de l’ « envers du décor » ? La cage de scène comprenant les cintres et les grils occupe un espace de 50.000 m³ et permet aux artistes de profiter d’un équipement sophistiqué, un outil de travail performant et sécurisé. Un mécanisme facilite les changements de décor et permet de bouger les cadres horizontalement ou verticalement selon les besoins.
Une partie des machines est dissimulée sous le plancher de la scène. C’est le domaine des machinistes qui manipulent les rideaux, les décors peints et autres accessoires nécessaires aux spectacles.

Enfin, Garnier a sécurisé au maximum le bâtiment. En effet, les incendies sont à cette époque la hantise des directeurs de théâtre. C’est pour cette raison que l’architecte a prévu de nombreux dispositifs de secours mis à la disposition de la brigade de pompiers affectée à l’opéra. Une vingtaine d’hommes se relaient en effet jour et nuit dans le bâtiment afin de faire des rondes régulières.
Le système d’arrosage bénéficie également d’une pression plus importante que la norme. Il est de plus totalement autonome grâce à l’installation de pompes s’alimentant directement sur le réseau de distribution d’eau et dans les différents réservoirs installés en sous-sol et sous les toits de l’opéra. Des issues de secours et des rideaux de fer permettant d’isoler les espaces en feu sont prévus pour faciliter l’évacuation rapide du public.
Enfin, en cas de sinistre, des trappes prévues dans la toiture sont ouvertes afin de permettre aux fumées de s’échapper.

L’Opéra Garnier également appelé Palais Garnier afin de le différencier de l’Opéra Bastille, abrite l’école de danse de l’Opéra national de Paris. Les élèves suivent six années de cours de danse classique mais également de danse folklorique, jazz ou baroque, de musique, de comédie, de gymnastique et même d’histoire et d’anatomie.
Pour pouvoir intégrer cette prestigieuse école, les candidats doivent passer une sélection extrêmement rigoureuse. Ils doivent non seulement être d’excellents danseurs mais également rentrer dans les critères de poids et de taille exigés par les évaluateurs. A la fin de chaque année, ils doivent passer un concours. En cas d’échec, ils n’ont pas droit à une seconde chance. En revanche, les meilleurs élèves de dernière année intègrent en qualité de stagiaires le ballet de l’Opéra national de Paris.
Seuls 30 à 40 élèves sont sélectionnés chaque année parmi plusieurs centaines de candidats. Une douzaine d’entre eux termineront le cursus.

L’Opéra Garnier s’enorgueillit également de posséder une bibliothèque-musée abritant des documents exceptionnels. C’est un véritable lieu de mémoire dédié au théâtre.

L’Opéra Bastille

Depuis 1989, Paris possède une nouvelle salle d’opéra construite Place de la Bastille selon les plans de l’architecte Carlos OTT et à l’instigation du Président de la République François Mitterrand.
Tout comme l’Opéra Garnier, cette nouvelle salle fait partie de l’Opéra National de Paris.
Avec une capacité d’accueil de plus de 2.700 places assises, l’Opéra Bastille est l’une des plus importantes salles du monde.

Cette salle d’allure contemporaine a connu des débuts difficiles en raison de nombreux dysfonctionnements au niveau des machines et surtout d’une dégradation de la façade. En effet, après la chute d’une dalle en pierre un an à peine après l’inauguration, il a fallu sécuriser les lieux en tendant des filets sur le bâtiment. Un long procès pour malfaçon a été gagné par l’État en 2007 et les entrepreneurs ont été condamnés à remplacer l’ensemble des dalles de la façade.

A l’heure actuelle, tous les espaces prévus initialement ne sont pas encore opérationnels. La fin des travaux est prévue pour 2023.

Les visites

La Salle Favart ou Opéra-Comique

L’Opéra-Comique a fêté ses 300 ans d’existence en 2015 et la salle Favart est inscrite sur la liste des théâtres nationaux depuis 2005.
La troupe actuelle perpétue les grandes traditions de cette forme d’art lyrique et propose au public de nombreuses œuvres, saison après saison.
Depuis 2016, une école baptisée « La Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique » a été créée afin de permettre aux enfants et adolescents de suivre une formation pluridisciplinaire, base de l’enseignement du théâtre musical. Les auditions se déroulent chaque année au printemps. (https://www.opera-comique.com/fr/maitrise-populaire-l-opera-comique-0)

Opéra-Comique
Salle Favart
Place Boieldieu
75002 Paris
Tel : 01 70 23 01 31
Mail : billetterie@opera-comique.com ou info@opera-comique.com
Site web : https://www.opera-comique.com

Le Palais Garnier

Il est possible de visiter le Palais Garnier et de découvrir de nombreux lieux parfois mystérieux de l’Opéra. La visite inclut le Bassin de la Pythie, les foyers et salons, le Grand escalier, la Bibliothèque-Musée, les coulisses et le Foyer de la Danse ainsi que les éventuelles expositions temporaires.
Le Palais Garnier est accessible tous les jours de 10 à 16hr30 sauf les 1er janvier et 1er mai. Toutefois, il est recommandé de consulter le site officiel car il peut y avoir des fermetures exceptionnelles.
La visite dure approximativement 1 heure et se déroule à l’aide d’un audio-guide. Il existe un parcours ludique spécialement destiné aux enfants.

Des visites guidées d’1heure30 sont également organisées :

  • tous les jours à 11hr30, 14hr00 et 15hr30 pendant les vacances scolaires
  • du lundi au vendredi à 11hr30 et 15hr30 et le week-end à 11hr30, 14hr00 et 15hr30 en dehors des congés scolaires

Depuis peu, le Palais Garnier organise un « Escape Game » grandeur nature intitulé « Inside Opera » avec la participation de plusieurs comédiens. Les participants doivent résoudre les énigmes du Fantôme de l’Opéra.

Après la visite, c’est avec plaisir que le restaurant du Palais Garnier propose une cuisine combinant gastronomie classique et contemporaine sans oublier les cocktails servis au Martini Bar.
Cet espace convivial est ouvert tous les jours de 8 à 23hr.
Réservation au 01 42 68 86 80 ou sur le site web http://www.opera-restaurant.fr/fr/

L’Opéra Bastille

Contemporain voire avant-gardiste, l’Opéra Bastille ouvre également ses portes au public qui peut visiter la grande salle, les différents équipements scéniques et les coulisses.
La visite guidée dure approximativement 1hr30 et permet de découvrir des lieux non publics comme les salles de répétitions et les ateliers.

L’Opéra Bastille est ouvert au public du 1er septembre à la mi-juillet sauf le 1er mai. La visite n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite.
Informations au 08 92 89 90 90 ou sur le site https://www.operadeparis.fr/visites/opera-bastille/informations-pratiques.

L’Opéra à Paris
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