Galerie Arêtes de poisson - ©urbex_adp_15 FlickR Creative Commons

Mystère à Lyon : les galeries « ARÊTES DE POISSON »

Découvertes fortuitement au milieu du 17ème siècle, les galeries souterraines de Lyon ont été construites à l’époque gallo-romaine et n’ont vraisemblablement jamais été utilisées.
Aujourd’hui, nous vous proposons de partir à la découverte de ce réseau surnommé les « arêtes de poisson » dont une partie a été malheureusement détruite lors de la construction du tunnel de la Croix-Rousse.

Un peu d’histoire

La préhistoire

Le site actuel de la ville de Lyon est occupé depuis la préhistoire comme en témoignent les nombreux objets découverts notamment lors de l’aménagement du quartier de Vaise. Les fouilles archéologiques ont en effet mis au jour du matériel lithique datant du Paléolithique ainsi que des vestiges de poterie et des ornements qui confirment une certaine continuité de cette occupation durant le Néolithique et l’âge du bronze.

Vers le milieu du 1er millénaire avant JC, alors que les peuples issus des cultures de Hallstatt et de La Tène migrent vers l’Europe de l’Ouest, la tribu des Ségusiaves s’installent dans la région et y construisent plusieurs oppida qui vont rapidement se développer grâce au commerce. Cependant, à cette époque, ces places fortes restent isolées et la présence d’une véritable agglomération n’a pas été confirmée. Il s’agit donc plus d’étapes établies le long des routes marchandes reliant la Méditerranée et le nord de la Gaule. On y retrouve cependant les traces d’ateliers et d’entrepôts ainsi que des ossements d’animaux et des vestiges d’amphores et de céramiques.

Les Romains

Au 2ème siècle avant JC, les Romains franchissent les Alpes et partent à la conquête de nouveaux territoires. Ils fondent la colonie appelée dans un premier temps la « Gaule transalpine » et qui deviendra par la suite la « Gaule narbonnaise ».
La proximité des Romains permet aux Ségusiaves d’intensifier le commerce ce qui ne les empêche pas de fortifier leurs positions. C’est probablement à cette époque que le « murus gallicus » de Lyon décrit par Jules César est bâti.
La présence de ce système de défense perfectionné confirme qu’un oppidum antérieur à la conquête des Gaules par César, en 58 avant JC, existe déjà à Lyon.
L’attribution de la fondation « ex nihilo » de la colonie romaine de Lugdunum à Lucius Munatius Plancus, lieutenant de Jules César, serait donc erronée.

Après l’assassinat de Jules César victime d’un complot mené par les sénateurs en 44 avant notre ère, Munatius Plancus devient gouverneur de la « Gaule chevelue ». La région vit une époque troublée et les anciens colons, principalement des vétérans, sont expulsés de Vienna (actuellement Vienne, en Isère) suite à une révolte des Allobroges qui tentent de profiter de l’instabilité politique provoquée par le complot contre Jules César. Ils se réfugient à Lugdunum, l’oppidum gaulois baptisé en l’honneur du dieu celtique Lug.

C’est donc notamment pour les accueillir que Munatius Plancus fait de cet ancien oppidum une importante colonie romaine bénéficiant du privilège du droit romain. Elle porte le nom de « Colonia Copia Felix Munatia Lugudunum » et est fondée officiellement le 9 octobre de l’an 43 avant notre ère.
A cette époque, la fondation d’une ville est traditionnellement précédée de sa délimitation à l’aide d’une charrue à soc d’argent et attelée à un taureau et une génisse blancs. Ce territoire soigneusement mesuré par les « agrimensores » et les « metatores » est divisé en lots.
Le gouverneur est ensuite chargé d’allumer le feu sacré et d’enfouir un peu de terre extraite du sol de Rome dans un espace sacré où est élevé un autel. Enfin, il procède à la distribution des terrains et règle les éventuels différends qui surgissent durant cette attribution.
A l’origine, Lugdunum est de taille modeste. On estime que la colonie se présente sous la forme d’un carré de 400 mètres de côté et vide de tout bâtiment traditionnel romain.
Mais, très vite, la position stratégique de la ville lui permet de s’étendre et de devenir la capitale de la Gaule lyonnaise en 27 avant JC. Dorénavant, l’ensemble des grandes voies romaines sillonnant la Gaule passe par Lugdunum.

La ville profite pleinement de la Pax Romana et connaît une grande prospérité. Sa population dépasse les 50.000 habitant vers la fin du 1er siècle. Cette opulence se remarque dans la quantité et la magnificence de ses monuments encore visibles aujourd’hui.
Lorsque l’empire romain s’écroule lentement, miné par les complots et les conflits de succession, Lugdunum décline au même rythme. Elle est notamment le théâtre de l’affrontement entre Clodius Albinus et Septime Sévère, prétendants au trône impérial.
Trèves devient capitale des Gaules au détriment de Lugdunum en 297.
Des pillards profitent du quasi abandon de la région par les légions pour s’emparer du plomb des aqueducs ce qui prive la ville d’eau courante. Les habitants se regroupent petit à petit le long du Rhône.

Les arêtes de poisson

C’est à l’époque gallo-romaine ou peu avant que le réseau souterrain surnommé « arêtes de poisson » en raison de sa configuration a été creusé sous la ville de Lugdunum.
Le plus surprenant c’est que rien n’indique que ces 34 galeries ont un jour été utilisées avant d’être redécouvertes une première fois au 17ème siècle même si des ossements humains ont été cachés dans une des galeries … un mystère supplémentaire sur lequel nous nous attarderons un peu plus loin.

Première redécouverte

C’est en 1651 qu’un employé de la ville de Lyon chargé de surveiller et d’entretenir le réseau de distribution d’eau découvre une partie de ces souterrains, durant les travaux destinés à alimenter la fontaine du futur Hôtel de Ville alors en pleine construction. Cette découverte ne semble pas intéresser les autorités et on ne retrouve quasi aucune mention de ce réseau avant le milieu du 19ème siècle lorsque l’archéologue avignonnais et directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon, François Artaud, l’évoque dans son livre « Lyon souterrain ou observations archéologiques et géologiques faites dans cette ville depuis 1794 jusqu’en 1836 ».

Le tunnel de la Croix-Rousse

Il faut attendre 1941 pour que les « arêtes de poisson » reviennent sur le devant de la scène. Malheureusement ce n’est pas l’intérêt scientifique qui en est la cause mais bien les dégâts occasionnés par le chantier du premier tunnel de la Croix-Rousse.
Là encore, personne ne s’émeut du devenir de ce patrimoine historique de la ville.

Un nouveau secteur du réseau est mentionné par l’archéologue lyonnais spécialiste de l’histoire de la ville à l’époque gallo-romaine, Amable Audin. Il est en effet, directeur de fouilles sur le site de Fourvière et participe à la découverte de nombreux monuments, notamment l’Amphithéâtre des Trois Gaules situé au pied de la colline de la Croix-Rousse. Il est également l’initiateur de la construction du « Musée gallo-romain de Fourvière » qui ouvrira ses portes en 1975.

La rue des Fantasques

Petit à petit, des tronçons du souterrain sont découverts, la plupart du temps fortuitement.
C’est en 1959 que des ossements sont découverts dans l’une des galeries alors qu’un effondrement de terrain se produit au croisement des rues des Fantasques et Grognard. Le souterrain est alors consolidé à l’aide du béton et les 5 m² d’ossements sont cachés derrière un mur également de béton … sous prétexte de les préserver … raison plus que douteuse bien entendu puisque personne n’a pu les étudier ou les dater … du moins à la connaissance du public.
A partir de cette date, le réseau est surnommé également « Réseau des Fantasques » faisant référence au lieu de la découverte de ce nouveau tronçon.
Après la localisation en 1961 d’une salle et d’une portion de souterrain reliant un secteur déjà découvert, le service archéologique se penche enfin sur le réseau et des plans sont dressés révélant l’existence d’une galerie centrale dans laquelle aboutit 32 galeries latérales de 30 mètres chacune. Des galeries secondaires abritant des salles voûtées communiquent avec les « arêtes ».
La « colonne vertébrale » de ce réseau mesure 156 mètres de long et a été creusée entre le Rhône et l’actuelle rue Magneval, à 25 mètres de profondeurs. Elle est doublée par une seconde galerie située juste en-dessous mais dépourvue d’arêtes latérales.

Au total, le réseau comprend 1,4 kilomètres de galeries de près de deux mètres de large sur 2,2 mètres de haut et percées de 16 puits (à chaque croisement entre les artères latérales et la dorsale). L’ensemble était cependant probablement plus important à l’origine.

Le second tunnel de la Croix-Rousse

L’exploration des galeries est interrompue en 1968 et le réseau retombe dans l’anonymat jusqu’au début du 21ème siècle lorsque le percement du second tunnel de la Croix-Rousse le met à nouveau en danger.
Une étude est réalisée par le service archéologique de la ville. Elle affirme que le réseau date du 16ème siècle et a été construit en même temps que la citadelle de Lyon sur ordre de Charles IX et malgré les protestations des citoyens qui estimaient qu’elle servait à les surveiller et non à les protéger.
Une pétition est lancée afin de protéger l’ensemble, les médias se penchent soudain sur la question mais rien n’y fait … 70 mètres de ces galeries sont anéanties en 2011.
Deux ans plus tard, le service d’archéologie reconnaît son erreur… les souterrains ont bien été creusés durant l’Antiquité.

Les mystères des arêtes de poisson

La fonction de ces galeries reste un grand mystère et, bien entendu, de nombreuses hypothèses ont été avancées.
Égouts, aqueduc souterrain, cachette du trésor des Templiers, système défensif de la ville, entrepôt pour le trésor de Lyon, partie enfouie du Sanctuaire des Trois Gaules … autant d’explications qui ne lèvent pas réellement le voile du mystère qui entoure les « arêtes de poisson de Lyon ». En effet, de nombreux arguments infirment une à une toutes ces thèses.
Il est aujourd’hui prouvé par analyse de fragments de bois au carbone14 que ces galeries datent bien de l’Antiquité. Il semble également certain que seule une partie du réseau a été découvert et que celui-ci se prolonge peut-être au-delà des limites de la ville.
Il est quand même étrange qu’aucun document ne mentionne cet important ouvrage depuis sa réalisation. Pourquoi un tel secret ? Pourquoi aucun vestige n’a été retrouvé dans ces immenses galeries ?

Le mystères des os humains

Parallèlement à l’énigme de l’origine et de la fonction de ces souterrains, la découverte des ossements humains en 1959 est tout aussi mystérieuse.
En effet, la police est informée par les services de la ville de la présence d’ossements entassés dans l’une des galeries et la décision est prise de murer cette section. Rien n’a été fait pour dater et analyser les os. De plus, malgré les différents rapports mentionnant bien l’année de la découverte soit 1959, celle -ci est aujourd’hui datée officiellement de 1963 soit quatre années plus tard …. et cela pour une raison incompréhensible.
La description des ossements dans les rapports est plus que sommaire puisqu’on parle sans plus de 4 à 5 m³ d’ossements humains à l’apparence très ancienne.

A l’heure actuelle, les arêtes de poisson sont inaccessibles au public et seuls quelques spéléologues cataphiles ont obtenu l’autorisation de les explorer. Il est réellement dommage que ce réseau unique en son genre, un joyau du patrimoine lyonnais ne puisse pas être visité.
Depuis quelques années, conférences, théories et livres se multiplient sur ce sujet depuis trop longtemps enfouis. Walid Nazim s’est notamment livré à une véritable enquête policière pour tenter de percer les secrets du Lyon souterrain dans son livre « L’énigme des arêtes de poisson ».
Vous découvrirez quelques belles photos des galeries sur les sites Aretes-de-poisson et Urbex.

Les arêtes de poisson ne représentent qu’une partie d’un réseau souterrain bien plus vaste. Elles communiquent via la « Galerie du gardien » avec les « Grandes Fantasques », une série de galeries recouvertes de béton lors de leur redécouverte dans les années 1960 ainsi que plusieurs salles. La galerie du gardien fait référence à un gros bloc de pierre de forme arrondie qui semble monter la garde au milieu du souterrain.

D’autre part, les arêtes de poisson sont reliées aux « Sarrazinières » (ou Sarrasinières) par une galerie inondée suite à des travaux. Les Sarrazinières se présentent sous la forme de deux conduits souterrains parallèles qui partent de Lyon et longnte le Rhône en direction de Miribel sur une distance de minimum 13 kilomètres.
Malheureusement, la plus grande partie de ces souterrains qui ont approximativement les mêmes dimensions que les arêtes a été détruite soit par les crues du Rhône soit par des personnes qui voulaient récupérer les pierres en vue de nouvelles constructions.

Les questions concernant ces souterrains lyonnais restent nombreuses et on peut en toute logique se demander pourquoi les rapports concernant les travaux entrepris par la ville et qui devraient normalement être archivés ont tout bonnement disparus. Pourquoi les autorités affirment que la découverte du tronçon contenant les ossements a été faite en 1963 alors qu’un document retrouvé fortuitement dans les papiers d’un géomètre confirme qu’elle remonte à 1959 ?
Pourquoi les autorités ne s’intéressent pas ou peu à ce réseau unique au monde, une page de l’histoire de Lyon ?

Autant de questions qui n’ont à l’heure actuelle aucune réponse !

La visite

Si les arêtes de poisson de Lyon ne peuvent pas être visitées en raison du manque de sécurité, la ville regorge de nombreux autres trésors que nous vous invitons à découvrir.
Lyon possède plusieurs centaines de lieux et monuments répertoriés sur la liste du patrimoine culturel. L’ensemble du « Vieux Lyon » est classé patrimoine de l’humanité par l’UNESCO depuis 1998.

Au cours de votre visite, vous parcourez plus de 2.000 ans d’histoire. Du théâtre gallo-romain de Lugdunum aux traboules en passant par l’Hôtel de Ville, la basilique Notre-Dame de Fourvière et la primatiale Saint-Jean-baptiste et Saint-Étienne, la ville regorge de véritables joyaux.
Au cours de votre promenade, n’hésitez pas à découvrir les coins insolites de la ville comme la « fresque des Lyonnais », une gigantesque peinture murale en trompe l’œil représentant les plus célèbres enfants de Lyon. La fresque orne la façade de l’immeuble situé à l’angle du quai Saint-Vincent et de la rue de la Martinière, dans le 1er arrondissement.

La maison Brunet construite en 1825 dans le quartier de la Croix-Rousse est tout aussi originale puisqu’elle représente un véritable calendrier. 365 fenêtres, 52 logements, 7 étages et 4 entrées représentent en effet les jours, semaines et saisons de l’année. De plus, l’immeuble comprend également deux traboules permettant de passer directement dans la rue Rivet ou sur la place Rouville.

Rappelons que les traboules sont des passages traversant les cours des immeubles, des raccourcis parfois dissimulés et fréquemment utilisés par les Lyonnais pour passer d’une rue à l’autre.
La ville de Lyon n’abrite pas moins de 500 traboules qui servaient à l’origine aux canuts, les ouvriers travaillant le textile. Ils pouvaient ainsi relier les bords de la Saône et les boutiques des marchands, rapidement et à l’abri des précipitations. Ces passages ont également été utilisés par les résistants qui souhaitaient échapper aux Allemands durant la Seconde Guerre mondiale.

Enfin après une journée de visites, profitez d’un moment de détente dans les nombreux espaces verts de la ville dont le célèbre « Parc de la Tête d’or » ouvert depuis 1857. Ce lieu emblématique de Lyon est à la fois un jardin, un parc zoologique et le théâtre de nombreuses manifestations culturelles.

Que manger dans la région ?

Vous ne quitterez pas la ville sans avoir goûté la cuisine lyonnaise.
La ville considérée par beaucoup comme la « capitale mondiale de la gastronomie » vous invite à vous attabler dans l’un de ses restaurants traditionnels surnommés les « bouchons » et à savourer :

  • La cervelle de canut, une préparation à base de fromage blanc et de fromage de chèvre frais mélangée à des herbes, de l’échalote, du vinaigre et de l’huile d’olive. Elle se sert dans un bol et peut être accompagnée selon les envies de tranches de pain grillé, de pommes de terre ou d’une salade.
  • Les quenelles lyonnaises composées de semoule de blé, de beurre, d’œufs et de lait, parfois de miettes de poisson. Elles sont servies dans une sauce aux écrevisses, à la tomate ou béchamel.
  • La salade lyonnaise se compose de salade verte, de tomates, de lardons, de foies de volaille et de croûtons. Elle est servie avec un œuf poché ou un œuf mollet et de la vinaigrette.
  • Le tablier de sapeur ou tablier de Gnafron est une recette traditionnelle à base de viande tripière cuite dans du bouillon et marinée dans du vin blanc. Cette préparation est ensuite panée et la panse est coupées en fines tranches. Elle se sert avec des pommes de terre et de la sauce gribiche, une sauce à base d’œufs émiettés mélangés à de la moutarde et de la ciboulette et montée à l’huile.
  • Le mâchon autrefois servi en guise de petit déjeuner est un plat comprenant des tripes et des cochonnailles et servi avec un vert de Beaujolais.
Mystère à Lyon : les galeries « ARÊTES DE POISSON »
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