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Des tablettes d’argile aux GPS, découvrez l’histoire de la cartographie

La représentation du monde passionne les hommes depuis plus de 2500 ans. Bien entendu les premières cartes contiennent de nombreuses erreurs, la représentation est schématique et limitée à une seule contrée et ne tient pas compte des échelles mais ce sont quand même ces lointains ancêtres qui ont jeté les bases de la cartographie moderne.
Aujourd’hui, nous vous proposons de partir à la découverte de l’histoire des cartes et des plans qui nous permettent de nous déplacer sans difficulté dans le monde entier.

Un peu d’histoire

La préhistoire

La plus ancienne carte géographique découverte actuellement est mésopotamienne. Il s’agit d’une tablette d’argile retrouvée à Ga-Sur et datée de l’époque sumérienne… aux alentours de 2.500 avant notre ère. On y discerne déjà les représentations schématiques des montagnes, des rivières et des habitations.
Si cette petite tablette est bien la plus ancienne carte terrestre, il est vraisemblable que les hommes avaient déjà représenté le ciel étoilé bien avant cette date. Selon certains historiens, des points gravés sur les parois de grottes occupées durant le Paléolithique supérieur, notamment à Lascaux, forment des constellations. A l’heure actuelle, cette théorie n’a cependant pas encore été formellement confirmée.

L’Antiquité

Les grandes conquêtes qui ont lieu durant l’Antiquité sont à l’origine de la naissance de la géographie et de l’histoire.

Des écrivains grecs comme Hérodote (5ème siècle avant JC) consignent avec soin leurs observations de la nature et de l’astronomie mais également des coutumes et de l’aspect physique des peuples ainsi que des faits marquants de leur époque.
L’unique ouvrage d’Hérodote qui nous est parvenu, « Histoires » débute par ses mots :

Hérodote d’Halicarnasse présente ici les résultats de son enquête afin que le temps n’abolisse pas le souvenir des actions des hommes et que les grands exploits accomplis tant par les Grecs que par les Barbares ne tombent pas dans l’oubli.

Grand voyageur, Hérodote décrit les contrées traversées, donne des indications plus ou moins précises de la longueur d’un fleuve ou du relief d’un littoral. Il « mesure » un pays en se basant sur le nombre de jours de marche nécessaires pour le traverser et précise qu’un jour de marche équivaut à deux cents stades. Le stade (ou stadion en grec) est une unité de longueur correspondant approximativement à 200 mètres.

En se basant sur l’œuvre d’Hérodote, on peut dresser une carte du « monde grec » assez précis et étonnamment proche de la réalité.

Quelques siècles plus tard, Claude Ptolémée, un autre grec, propose une série de cartes du monde connu à l’époque de l’Empire romain. Il localise les éléments naturels comme les cours d’eau mais également plus de 8.000 cités dont il précise la latitude et la longitude. Au total, son ouvrage intitulé « Manuel de Géographie » contient 27 cartes qui représentent le monde habité, des îles des Bienheureux (probablement les Canaries) à l’Indochine.
Ptolémée propose également plusieurs systèmes de projection permettant de réaliser des cartes représentant une surface sphérique sur une surface plane.

Les coordonnées géographiques des localités proposées Ptolémée sont bien souvent erronées mais il a néanmoins été possible d’identifier la plupart d’entre elles.

C’est également à l’époque de l’Empire romain que les premières grandes routes sont construites afin de faciliter la circulation des marchands et de leur garantir une plus grande sécurité mais surtout d’améliorer le « cursus publicus », un service de poste qui prend naissance sous le règne d’Auguste. L’empereur voulait en effet être rapidement informé des événements qui se passaient dans ses provinces même les plus éloignées. Les voies romaines sont jalonnées de gîtes et de relais de poste permettant aux messagers de faire étape ou de changer de monture ou de voiture.
L’ensemble de ce vaste réseau et les différentes villes et étapes sont repris sur des cartes détaillées.

Le Moyen-Âge

Au Moyen-Âge, le monde est illustré sous la forme d’une roue représentant l’océan et incluant un T . Les trois continents connus à savoir l’Europe, l’Asie et l’Afrique occupent les portions de la sphère délimitées par les barres du T. La barre verticale représente la Méditerranée tandis que l’horizontale symbolise le Nil et le Don. Au carrefour de ces barres se situe Jérusalem, le centre du monde.
Cette représentation du monde est bien entendu fortement influencée par l’Église et servait plus à appuyer ses théories qu’à voyager. Elle est bien plus éloignée de la réalité que les cartes réalisées par les historiens et géographes durant l’Antiquité.

Au 13ème siècle, une compilation des anciennes cartes romaines est réalisée. Il s’agit de la « Table de Peutinger », comprenant 11 parchemins qui mis bout à bout forment une bande de près de 7 mètres de long sur 34 centimètres de haut. L’absence de représentation de la péninsule ibérique et d’une partie du Royaume-Uni confirme la perte de plusieurs sections de la table.
En revanche, on reconnaît bien les régions françaises et les routes qui les traversent.
Cet immense ouvrage répertorie 200.000 kilomètres de routes ainsi que les forêts, montagnes, cours d’eau et mers formant l’empire romain l’Inde, le Proche-Orient et une partie de la Chine.

Les différentes villes sont signalées avec beaucoup de précision même si des erreurs parfois dues aux copistes sont relevées. D’autres erreurs sont plus « anachroniques » et le signalement de la ville de Pompéi détruite en 79 est la preuve que la table de Peutinger est bien basée sur les anciennes cartes romaines.

Les grandes conquêtes

Au fil du temps et des conquêtes, les cartes géographiques sont corrigées et de nouvelles régions font leur apparition. Les marins sont de grands utilisateurs de cartes géographiques et se servent principalement des « portulans », des cartes apparues au 13ème siècle permettant d’identifier et de localiser les ports et surtout de connaître les aires des vents et le relief du littoral.

Au 15ème siècle, les grandes nations européennes chargent leurs navigateurs d’explorer de nouvelles contrées afin de trouver des routes commerciales plus rapides et plus sûres et, le cas échéant, de revendiquer des terres au nom de leurs souverains.
Les explorateurs qui ont marqué la période des « Grandes découvertes » comme Christophe Colomb, Vasco de Gama, Fernand de Magellan, Amerigo Vespucci, Hernan Cortes ou Jacques Cartier sillonnent les océans ce qui permet aux cartographes qui les accompagnent de dresser de nouvelles cartes bien souvent tenues secrètes afin d’empêcher les autres nations d’utiliser les mêmes routes maritimes.
A partir du 18ème siècle, de nouveaux instruments permettent d’établir des cartes d’une grande précision.

La première carte de France par Oronce Fine

Si les cartes marines sont indispensables aux navigateurs, les cartes terrestres jouent également un rôle important car elles permettent de délimiter un pays ou une propriété.
C’est ainsi que la première carte de France est établie par Oronce Fine, un mathématicien né à Paris en 1494.
Cet homme érudit se passionne pour de nombreuses matières et notamment la cartographie. Il s’attelle à la lourde tâche de réaliser une mappemonde qu’il représente en forme de cœur.

Oronce Fine est principalement connu pour avoir réalisé la première carte de France, en 1525. Cette première version est d’une grande précision car son auteur a utilisé son expérience et ses connaissances en mathématiques pour dessiner les contours de sa « Nova totius Galliae descriptio ».

Cette œuvre répond au besoin d’affirmer le droit du Roi sur un territoire et d’établir des frontières bien définies ce qui permet notamment de récolter les impôts ou de prélever des taxes sur les marchandises.

Les plans terriers

Ce droit à la propriété n’est pas une exclusivité réservée au roi de France. En effet, dès la seconde moitié du 16ème siècle, les seigneurs cherchent à délimiter leurs domaines ce qui donne naissance aux « plans terriers ».
Ces registres officiels comprennent un plan et une description détaillées des biens composant la seigneurie mais également les droits et devoirs de ses habitants ainsi que les taxes et autres redevances qu’ils doivent payer. Ils peuvent également regrouper différents actes notariés, des reconnaissances de servitude, … et en règle général tout document permettant de définir la propriété.

A cette époque, les cartes et les plans servent à améliorer la gestion des biens et l’administration des domaines et non pas à se déplacer ou à suivre un itinéraire (exemple de plan terrier).

A la fin du 17ème siècle, le plan terrier est réalisé en deux exemplaires et le double est gardé à la Chambre des comptes de la région concernée. En 1691, l’ensemble de ces exemplaires est regroupé à Paris.
Malheureusement, une grande partie de ces documents si précieux d’un point de vue historique a disparu lors de l’incendie de l’entrepôt en 1737. La Révolution française de 1789 a également détruit des milliers de plans terriers jugés appartenir à une période féodale révolue puisqu’ils légitimaient les droits des seigneurs.

Le cadastre

La destruction des terriers provoque une situation confuse dans le pays et de nombreux propriétaires s’insurgent contre cette décision prise par l’Assemblée nationale constituante.
Il faut cependant attendre 1807 pour que Napoléon Bonaparte remplace l’ancien système de plans par le cadastre.
Bien entendu, le bornage des propriétés, des lotissements et des villes étaient déjà connu dès l’Antiquité et des plans cadastraux parfois très détaillés servaient à calculer les impôts au Moyen-Âge.
Ces pratiques restaient cependant locales et ce n’est qu’après 1807 que le plan cadastral (ou napoléonien) devient unique et centralisé.
Ce cadastre répertorie plus de 100.000.000 de parcelles, un travail de fourmi qui va permettre de taxer chaque propriétaire de manière équitable.
Ce premier cadastre est encore utilisé aujourd’hui par les historiens ou les géographes qui peuvent ainsi analyser l’évolution des répartitions des terres mais également les changements de climat et de la composition des sols.

Les cartes d’État-major

La première carte d’État-major est réalisée à peu près à la même époque. C’est en effet en 1827 que le bureau de cartographie et d’archives à intérêt militaire de l’armée française appelé « Dépôt de la Guerre » est chargé d’établir une carte en replacement de la « Carte de Cassini (ou de l’Académie) » dressée au 18ème siècle et jugée trop imprécise.
En effet, si les routes sont localisées minutieusement, il n’en est pas de même pour les agglomérations et les espaces naturels.
La Carte de Cassini reste cependant un document exceptionnel puisqu’elle est la première à être basée sur la triangulation géodésique., un procédé permettant de situer un point par rapport différents points dont la localisation est déjà connue.

La carte de Cassini a été conçue selon une échelle de 1/86 400 soit 1 ligne pour 100 toises (864 lignes = 1 toise selon les unités de mesure de l’époque).
En revanche la première vraie carte d’État-major utilise une échelle de 1/80 000, mieux adaptée au unités de longueur en vigueur. De plus, elle présente également les courbes de niveau permettant de bien visualiser le relief de la zone concernée.
La carte d’État-major de la France entière est achevée en 1880 après plus d’un demi-siècle de relevés typographiques effectués selon la technique de la triangulation avec comme point de départ le méridien de Paris.

Ce type de carte marque également la fin de l’utilisation des maquettes également appelés plans-relief qui étaient employés durant la Renaissance à des fins militaires afin de planifier une opération ou de mieux préparer la fortification d’un site.
Une partie de la collection de maquettes dont Vauban, architecte militaire de Louis XIV, avait fait l’inventaire sont aujourd’hui classés Monument historique.
On peut la découvrir au « Musée des Plans-reliefs » situé à l’Hôtel des Invalides de Paris  et au « Palais des beaux-arts de Lille ».

Les cartes d’État-major ont été modifiées à plusieurs reprises notamment en ce qui concerne l’échelle et les couleurs utilisées.

Cartes routières vs GPS

Les plus vieux d’entre nous se souviennent certainement avec un brin de nostalgie des efforts qu’il fallait déployer pour utiliser les cartes routières sans boucher complètement la vue du conducteur. C’est en effet bien souvent le passager qui était chargé de trouver l’itinéraire conduisant à un point A à un point B.
Il fallait alors se projeter sur la carte et s’imaginer circulant sur les lignes rouges ou noires symbolisant les routes nationales ou départementales voire vicinales.
Si la lecture des cartes était souvent synonymes de vacances, elle était également à l’origine des énervements lorsqu’on se rendait compte qu’il fallait bifurquer … 10 kilomètres auparavant !
Le GPS qui permet de rentrer simplement sa destination et de suivre les indications pour arriver à bon port a, il faut bien l’avouer, facilité la vie des automobilistes.

Mais revenons un instant à la carte routière pour découvrir son histoire.
C’est à la fin du 19ème siècle que les premières cartes routières voient le jour en France afin de répondre aux attentes des clubs vélocipédiques. Ces associations souhaitent en effet proposer à leurs adhérents des informations leur permettant de prendre la route en toute tranquillité. Les toutes premières cartes à destination des cyclistes sont fabriquées en série à partir de 1890. Elles reprennent partiellement les informations des cartes d’État-major.
La plus ancienne maison d’édition proposant ce type de carte vélocipédique est Lanée Éditeur situé rue de la Paix à Paris.
Elle est rapidement suivie par d’autres grands éditeurs parisiens ou régionaux et le « Touring Club de France » participe à la création de cartes dès 1893.

Du vélo à l’automobile, il n’y a qu’un pas et les Éditions Flammarion ainsi que Larousse proposent une série de guides d’itinéraires reliant deux villes par « cycles, automobiles et chemins de fer » aux alentours de 1900.

Ces premières cartes sont réalisées sur papier et se replient afin d’être glissées dans une pochette. Elles sont déjà « sponsorisées » par des hôtels ou des grandes marques d’essence ou d’automobiles. Des versions plus luxueuses, plus résistantes et surtout plus onéreuses imprimées sur toile sont également disponibles.

Les indications sur les cartes sont sommaires et les panneaux indiquant les noms des villages traversés sont rares voire inexistants…. On imagine sans peine que traverser la France au début du 20ème siècle était une véritable aventure.

C’est en 1910 que les auteurs du guide rouge Michelin se lancent réellement dans la réalisation de leurs propres cartes de France. Ils avaient déjà à leur actif plusieurs cartes éditées notamment à l’occasion d’une course de voitures, la coupe Gordon-Bennett, qui avait eu lieu en 1905 sur le Circuit d’Auvergne.
Les premières cartes Michelin sont réalisées au 1/200 000ème. Elles couvrent l’entièreté de la France en 47 planches.
En vue de faciliter le quotidien des automobilistes, Michelin parvient également à faire adopter le bornage des routes en 1911. Le format et la conception des cartes Michelin ont bien entendu évolué en plus d’un siècle d’existence. La couleur apparaît en 1918 et l’année suivant le célèbre « Bonhomme Michelin » fait son apparition.
Ces cartes à la précision sans pareille sont même utilisées par les Alliés durant la Seconde Guerre mondiale.
Par la suite, Michelin produit également des plans des grandes villes du pays.

Aujourd’hui, la carte a cédé la place au GPS mais quelques nostalgiques regrettent le temps où l’on étudiait l’itinéraire sur une carte papier avant de prendre la route !

Géoportail vs Google Maps

En 1980, la carte topographique réalisée par l’ « Institut national de l’Information Géographique et Forestière géographique national » (ou IGN) remplace la traditionnelle carte d’État-major.
L’Institut est créé en 1940 après la dissolution du Service Géographique de l’Armée. Une grande partie des cartes est classée dans les archives militaires de Vincennes.
L’IGN est notamment chargé d’établir des cartes topographiques représentant de manière précise le relief naturel et les aménagements urbains grâce à des relevés basés sur l’altimétrie.
L’échelle utilisée est au 1/25 000. Rappelons que sous la barre des 1/10 000 on parle de plans et non plus de cartes.

Depuis 2006, le site Géoportail permet au public d’accéder aux cartes de référence de la France. Ce service a été mis en place par l’IGN en collaboration avec le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
Géoportail est un outil important pour visualiser le territoire français en 2D ou en 3D ainsi qu’en version tablette et mobile. Il est utilisé notamment pour déterminer les parcelles cadastrales ou pour établir des itinéraires à travers des parcs naturels par exemple.
Il est possible de commander des cartes « sur mesure » ou des photos aériennes sous condition de ne pas nuire à la sécurité publique et de la Défense nationale et de ne pas aller à l’encontre de la protection des données personnelles, de l’environnement ou de la sauvegarde du patrimoine.

Si à première vue, le Géoportail fait double emploi avec Google Maps, les deux systèmes se différencient principalement par le but recherché.
En effet, Google Maps a une vision plus « commerciale » du service et la qualité des images est inégale. En effet, l’accent est mis principalement sur les agglomérations. Géoportail a à cœur de proposer une qualité de documents identique en ville et en zone rurale. De plus, les images sont plus souvent renouvelées et sont donc généralement plus récentes.
Enfin, Géoportail permet à chacun d’accéder à l’ensemble des données de géolocalisation (cartes, photographies aériennes ou satellite, informations INSEE, zones à risques, ….).

La néogéographie

OpenStreetMap connu sous l’abréviation OSM propose également une base de données géographiques. Elle est constituée en collaboration avec les internautes qui souhaitent participer à la création d’une carte du monde en libre accès.
Ce concept de géographie ou de cartographie collaborative est appelé « néogéographie » et fait partie du « Geoweb ».
Le moteur de recherche Bing a également lancé son service de cartographie, Bing Cartes, un réseau de cartes interactives et d’images satellites proposant notamment des itinéraires et des informations concernant le trafic ainsi que des plans de villes en 3D ou en vue aérienne oblique appelée « bird’s eye ».
Si Bing Cartes propose des images d’une qualité supérieure à celles de Google Maps, il ne couvre pas le monde entier, du moins à l’heure actuelle.

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