Esquisse Gilles Garnier Loup Garou - CC Domaine public

Gilles Garnier, l’ermite devenu Loup-Garou

Les loups-garous font partie des créatures issues de l’imaginaire populaire. Ils sont les héros de bien des contes et légendes qui se racontent durant les longues soirées d’hiver, au coin du feu. Mi-homme, mi-loup, cette bête féroce se transforme pour attaquer les malheureux qui s’aventurent en forêt ou dans la campagne, à la tombée du jour.

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir l’histoire de Gilles Garnier, un homme qui vivait au 16ème siècle à Amange, un petit village du Jura, non loin de Dole.
Accusé à tort ou à raison d’avoir tué plusieurs enfants, il a été brûlé vif au terme d’un procès rapide.

Un peu d’histoire

Les lycanthropes

Le loup-garou également appelé lycanthrope désigne un homme qui peut se transformer volontairement ou non en une créature ressemblant parfaitement ou vaguement à un loup.
Cette capacité résulte, selon les légendes et mythologies, d’une malédiction, d’une hérédité ou d’une morsure de loup. La plupart des récits parlent d’une métamorphose intervenant les nuits de pleine lune et de lycanthropes s’attaquant férocement aux humains avant de reprendre leur forme initiale au petit matin.
On mentionne déjà la croyance dans l’existence de loups-garous durant l’Antiquité. Il est probable qu’elle découle notamment de la peur des hommes face aux loups qui vivent dans la plupart des pays européens. On retrouve par ailleurs des récits de thérianthropie(métamorphose d’un être humain en animal)similaires mettant en scène d’autres animaux dans différentes régions du monde comme le jaguar sud-américain, le tigre indien ou la hyène africaine.

Il est également vraisemblable que des tueurs en série atteints de lycanthropie clinique, une maladie psychiatrique aujourd’hui reconnue par la médecine, ont alimenté les légendes qui se transmettaient de génération en génération non sans avoir été amplifiées. C’est probablement le cas de Gilles Garnier.

Un être humain atteint de lycanthropie clinique est persuadé qu’il s’est métamorphosé en animal, généralement un loup. C’est un médecin hollandais du 16ème siècle, Jean Wier, qui, pour la première fois, décrit les patients atteints de cette pathologie. Selon lui, ils ont le teint pâle, la langue sèche et les yeux profondément enfoncés dans les orbites.

En 1615, un médecin français, I. De Nynauld publie un traité concernant cette maladie : « De la Lycanthropie, transformation, et extase des Sorciers ». Il soutient :

Que les hommes ne peuvent par aucun moyen du Diable être transformés en bête. Item, que le Diable ne peut séparer l’âme du corps des Sorciers, en sorte qu’après quelque temps, elle retourne en son corps. (…) Quand donc les Sorcières disent en leurs confessions qu’elles se sont muées en corbeaux, pies, loups, (…) Item, que sous la forme d’un loup, elles ont couru les campagnes, dévoré des enfants (…) après s’être ointes de certains onguents que le Diable leur donne à cet usage, ce n’est qu’une pure fable et illusion du Diable qui trompe ainsi les sens de ses esclaves (…).

Il affirme également que :

ceux qui étaient atteints de mélancolie ou folie Louvière pensent être transformés en loup ou en chien.

Ces écrits prouvent que même le corps scientifique a du mal à départager le vrai du faux, la réalité médicale et les croyances en un diable cherchant à influencer les humains.

Au 19ème siècle, un auteur français spécialisé dans la magie et le surnaturel, Jacques Collin de Plancy, publie son « Dictionnaire infernal ou répertoire universel des êtres, des personnages, des livres, des faits et des choses qui tiennent aux esprits, aux démons, aux sorciers, au commerce de l’enfer, aux divinations, aux maléfices, à la cabale et autres sciences occultes, aux prodiges, aux impostures, aux superstitions diverses et aux pronostics, aux faits actuels du spiritisme et généralement à toutes les fausses croyances merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles ».

Il décrit la lycanthropie comme une maladie qui trouble les cerveaux faibles et plus particulièrement les mélancoliques au point qu’ils se pensaient métamorphosés en loups-garous.

Les loups-garous ont été bien longtemps la terreur des campagnes, parce qu’on savait que les sorciers ne pouvaient se faire loups que par le secours du diable. (…) L’existence de loups-garous est attestée par Virgile Solin, Strabon , (…) et aussi par des démonomanes des derniers siècles.

De nos jours, le fait de croire que son corps peut se métamorphoser et prendre l’apparence d’un animal est considéré comme un délire paraphrénique (délire paranoïde avec ou sans hallucinations et caractéristique de la schizophrénie).

Gilles Garnier

De la vie de Gilles Garnier avant son arrivée à Amange, on sait peu de choses. Il est originaire de Lyon et a quitté sa ville natale avec sa famille pour s’installer dans le Jura peu avant les faits, soit vers 1570.

Il est possible que des problèmes survenus à Lyon le poussent à vivre à l’écart des habitations du village mais ce ne sont que des hypothèses non vérifiables. Toujours est-il qu’il prend possession de l’ancien ermitage abandonné de Saint-Bonnot situé dans les bois. Il vit modestement voire misérablement dans ce bâtiment avec son épouse et leurs enfants. La famille survit probablement grâce au braconnage et à la cueillette mais il est possible que Gilles Garnier gagne également un peu d’argent en qualité de journalier.

Nous sommes en 1573, année de famine, lorsque la vie du petit village d’Amange bascule dans l’horreur. Une petite fille âgée d’une douzaine d’années disparaît mystérieusement. Son corps est retrouvé affreusement mutilé dans les bois de la Serre. Aucun doute, l’enfant a été dévorée.
Quelques jours plus tard, le scénario se répète et lorsque des villageois qui ont entendu des cris de détresse tentent d’intervenir, il est trop tard … la fillette porte elle aussi des traces de morsures sur le corps.
Deux autres enfants, des petits garçons de 10 et de 13 ans vont également être victimes du même prédateur… la terreur règne sur Amange.

Des habitants qui ont eu le temps de voir s’enfuir l’agresseur de la dernière victime sont formels … il s’agit de l’étranger, ce Lyonnais qui vit reclus à Saint-Bonnot avec femme et enfants.
Même s’il est probable que Gilles Garnier est bien le coupable de ces horribles méfaits, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il est plus facile d’accuser un « étranger » qu’un membre de la petite communauté.
Amange est un tout petit village où tout le monde se connaît … comment imaginer que quelqu’un ait pu s’en prendre à des enfants et les tuer avant de les dévorer …. le Lyonnais est un bien meilleur coupable.

Des villageois se rendent alors à Dole afin d’expliquer la situation devant la Cour souveraine du Parlement et reçoivent, fait rarissime, l’autorisation de prendre les armes pour se protéger et surtout pour arrêter Gilles Garnier.
Aussitôt dit, aussitôt fait, Gilles Garnier est appréhendé et conduit devant la justice de Dole :

« Il est arrêté sous la prévention des crimes ci-dessus énumérés, et, en outre, d’avoir tenté de manger gras un jour défendu (…) »

Il est interrogé et reconnaît rapidement les faits …. mais encore une fois, il est possible que ces aveux ne soient que le résultat des séances de torture …. auxquelles il est bien difficile de résister.

Quoiqu’il en soit, Gilles Garnier s’empresse de raconter qu’il s’est transformé en loup-garou après s’être enduit le corps d’un onguent reçu d’un fantôme voire du Diable lui-même. Il a ainsi pu « chasser » les enfants, dévorer une partie de leurs corps et rapporter de quoi nourrir sa famille.
Le procès de l’ermite de Saint Bonnot s’ouvre en janvier 1574, procès vite expédié puisque l’accusé a avoué ses méfaits. Le verdict est sans surprise.
Gilles Garnier reconnaît donc sa transformation en loup et avoue avoir tué quatre enfants sous cette forme. Il précise avoir découpé des morceaux de chair afin de donner à manger à sa femme Apolline et à leurs enfants.
Les nombreux témoins se succèdent et tous affirment l’avoir vu tuer et dévorer des enfants.
Le prévenu est reconnu coupable non seulement de meurtres mais également de sorcellerie. Le fait d’avoir voulu manger de la « viande » un vendredi, jour maigre ou jour du poisson dans la foi chrétienne, aggrave encore son cas :

« Gilles Garnier, tombé en sorcellerie, ayant pris et occis plusieurs enfants de 6 à 12 ans tant avec ses mains semblant pattes qu’avec ses dents (…) ».

Il n’est donc pas étonnant que Gilles Garnier est condamné à mort, le 18 janvier 1574 :

« Arrest mémorable de la Cour de parlemet de Dole, donné à l’encontre de Gilles Garnier, Lyonnois, pour avoir en forme de loup garou devoré plusieurs enfans, & commis autres crimes : enrichy d’aucuns points recueillis de divers autheurs pour eclarcir la metiere de telle transformation. »

Gilles Garnier est immédiatement conduit ou plutôt attaché à une claie et traîné jusqu’au bûcher où il est brûlé vif, un sort réservé aux sorciers.
L’ermitage retrouve sa solitude et n’a plus jamais été habité.

La visite

De passage dans le Jura, à proximité de Dole, vous pouvez vous aventurer dans les bois afin de découvrir les quelques vestiges de l’ermitage Saint-Bonnot qui servit autrefois d’habitation au « loup-garou » Gilles Garnier et à sa famille.
Le bâtiment en forme de L comprend quatre pièces dont une salle assez vaste et munie d’une cheminée. En 1998, une équipe menée par un archéologue a entrepris de déblayer ces ruines et d’en dresser un plan. Au cours de cette opération, ils ont retrouvé plusieurs tessons de bouteilles et de vaisselle ainsi qu’une pièce de monnaie du 16ème siècle ce qui confirme que les lieux frappés de malédiction et désertés après le procès et la mise à mort de Gilles Garnier sont restés à l’abandon.

Un circuit pédestre appelé « Le sentier du Loup-Garou », longé notamment d’une grande fresque murale et prenant naissance à Amange mène les randonneurs jusqu’aux ruines de l’ermitage. (Circuit balisé de 4 kilomètres accessible à tous. Durée approximative de la promenade : 1hr30)

Le petit village d’Amange organise, depuis 1997, la « Fête du Loup-Garou », une occasion de se remémorer l’histoire de Gilles Garnier.

Office de Tourisme de Dole
6 place Grévy
39100 Dole
Tel : 03 84 72 11 22
Mail : info@tourisme-paysdedole.fr
Site web : http://www.tourisme-paysdedole.fr

Profitez de votre séjour dans la région pour découvrir la petite ville de Dole, ancienne capitale de la région historique de la Franche-Comté.
Dole a connu un âge d’or sous les premiers comtes de Bourgogne au 10ème siècle. La cité prospère notamment grâce au commerce et à la foire annuelle. Elle est dotée de murailles et accueille notamment une commanderie des templiers, un hospice et plusieurs monastères.
Le comté est vendu au roi de France, Philippe-le-Bel, à la fin du 13ème siècle. Il est par la suite unifié au duché de Bourgogne au 14ème siècle et devient possession des Habsbourg à la fin du 15ème siècle.
Finalement, Dole est rattachée définitivement au royaume de France en 1674 et perd son statut de capitale.

De son riche passé, Dole a préservé un patrimoine historique et architectural important et notamment :

  • la Collégiale Notre-Damede Dole du 16ème siècle
  • le Couvent des Cordeliersdatant également du 16ème siècle abrite de nos jours le palais de justice de la ville
  • le Collège de l’Arcbâti au 16ème siècle et accueillant le musée archéologique de Dole
  • une série d’hôtels particuliers, témoins de la prospérité de la ville durant la Renaissance
  • l’Hôtel-Dieuabritant aujourd’hui les archives et la médiathèque de la ville.
  • La maison natale de Louis Pasteur devenue un musée consacrée au scientifique

Que manger dans la région ?

N’hésitez pas à découvrir quelques-unes des spécialités culinaires de la région de Dole généralement à base de fromage Comté, notamment :

  • le comté et l’emmental grand cru
  • l’escalope de veau comtoise recouverte de jambon cru fumé et de comté, accompagnée d’une sauce aux champignons et à la crème
  • la cancoillotte, une pâte fromagère tartinable proposée nature ou à l’ail
  • la fondue comtoise préparée avec du comté, du vin blanc et du kirsch
  • la potée comtoise à base de différentes viandes fumées, de pommes de terre, de carottes, de choux, de haricots, … elle est servie sur des tranches de pain rassis avec de la moutarde et des cornichons
  • la soupe de gaudes préparée à base de farine de maïs grillé
  • la tarte au comté comprenant de nombreux ingrédients comme les pommes de terre, les tomates, les lardons, les noix, ….
  • le poulet à la comtoise au vin blanc du Jura, au comté et à la crème épaisse
  • les croquettes jurassiennes, des beignets à base de comté
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