L'Île Tristan, Douarnenez - ©Joël Souben via Communes.com

La baie de Douarnenez, terre de légendes

Située à l’extrémité occidentale de la France, dans le Finistère, la baie de Douarnenez se présente sous la forme d’un large bassin de 16 kilomètres de large et s’enfonçant profondément dans les terres.
Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir cette baie au rivage déchiqueté s’ouvrant sur la mer d’Iroise, berceau de plusieurs légendes chères au cœur des Bretons. Par temps calme, tendez bien l’oreille … vous entendrez, n’en doutons pas, les cloches de la ville engloutie d’Ys !

Un peu d’histoire

Une origine celtique

Si la Bretagne a bien été occupée depuis le Paléolithique, les sites sont alors peu nombreux. En effet, les abris sont rares et seul le rivage est habité. A partir du Néolithique, le climat se modifie favorisant l’expansion des forêts et la sédentarisation des hommes qui ont découvert l’agriculture et l’élevage.
Très vite, les tribus développent des relations commerciales entre elles mais également avec des peuplades plus éloignées. La société se hiérarchise et les rites funéraires se complexifient. C’est à cette époque que prend naissance le mégalithisme. Ce phénomène qui se retrouve dans de nombreuses régions du monde est particulièrement important dans l’ouest de la France.

Au cours du 1er millénaire, les civilisations de Hallstatt et de La Tène originaires de l’Europe centrale migrent vers l’ouest et des tribus celtiques s’installent dans la quasi-totalité de la France.

Cinq peuples celtes armoricains s’implantent en Bretagne. Parmi ceux-ci, les Osismes prennent possession des terres correspondant à l’actuel département du Finistère et d’une partie des Côtes-d’Armor.
Ils fondent plusieurs oppida, villes fortifiées, mais ne semblent pas avoir choisi une véritable capitale même si le « Camp d’Artus » (actuellement Huelgoat) était plus vaste et plus important que les autres cités celtiques de la région.
Il faut attendre la conquête des Gaules par Jules César vers le milieu du 1er siècle avant JC pour que la ville de Vorgium(actuellement Carhaix) obtienne le statut de capitale.

La christianisation

Contrairement aux autres régions françaises, l’Armorique a longtemps conservé les traditions et les cultes celtiques. Aujourd’hui encore, les Bretons sont fiers de leur identité culturelle aux accents celtes.
Cette situation explique l’arrivée tardive du christianisme en Bretagne et la persistance des rites païens jusqu’au 4ème siècle. Même lorsque les premiers évangélisateurs arrivent en Armorique, les autochtones conservent encore leurs propres croyances. Les nombreuses légendes bretonnes sont le reflet de cette particularité régionale.
De plus, la Bretagne adopte un christianisme celtique apporté par les Bretons insulaires et notamment par des ermites et des membres de familles influentes exilées en Armorique. C’est ainsi que six des sept saints fondateurs bretons sont originaires du Pays-de-Galles.
Alors que d’importants évêchés voient le jour un peu partout dans le royaume franc, la Bretagne se distingue par l’implantation de petites communautés religieuses à l’influence restreinte. La plupart des villages ont leur propre « saint » qui n’est que très rarement officiellement reconnu par l’Église C’est pour cette raison que plusieurs centaines de saints bretons totalement inconnus dans les autres régions françaises sont honorés chaque année dans les différents diocèses.

Les légendes

La mythologie bretonne est riche et variée. Véritable terre de contes et de légendes dont la plupart sont directement inspirées de la culture celtique, la Bretagne s’enorgueillit de cette identité à nulle autre pareille.
Au fil des siècles et surtout à l’époque de l’évangélisation de l’Armorique, les mythes celtiques se sont teintés de christianisme tandis que les anciens lieux de culte ont laissé la place aux édifices religieux. Néanmoins, la Bretagne reste imprégnée des grands récits apportés par les Celtes et les nombreux textes médiévaux regroupés sous le nom de « matière de Bretagne » témoignent de cet attachement.
Parmi les écrits, ceux relatifs à la légende arthurienne sont certainement les plus connus mais ils sont loin d’être les seuls.

La Baie de Douarnenez est notamment le théâtre d’une des plus célèbres légendes bretonnes, l’histoire d’Ys, la ville engloutie par les flots.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b530148500.r=douarnenez?rk=85837;2
Baye de Douarnenez, Date d’édition : 1771-1785 – ©Gallica, Bibliothèque Nationale de France

Ys, la légendaire

Il se raconte que par temps calme, on peut encore entendre sonner les cloches de l’église de la ville d’Ys, cette somptueuse cité engloutie par la mer il y a fort longtemps, à la fin du 4ème siècle.
En ce temps-là, le roi légendaire Gradlon régnait sur la Cornouaille, région historique correspondant au sud du Finistère et au sud-ouest des Côtes-d’Armor.
Au cours d’une guerre menée en Norvège, il s’éprend de Malgven, une magicienne. C’est à sa demande, qu’il tue son époux Harold, le roi du Nord avant de s’enfuir avec elle. Malheureusement, la belle décède au grand désespoir de Gradlon qui vit désormais pour leur fille, la princesse Dahut, à qui il offre la ville d’Ys bâtie au large de Quimper, dans la Baie de Douarnenez.
Cette ville somptueuse est protégée des flots par une digue dont seul le roi possède la clef.
Dahut y mène grande vie, prend des amants qu’elle fait tuer au petit jour et organise des fêtes somptueuses. L’évêque Saint Corentin (ou Saint Guénolé selon d’autres versions) met Gradlon en garde contre les agissements de sa fille mais en vain.
Cette ville du péché attire alors les foudres de Dieu qui envoie un chevalier tout habillé de rouge, par une nuit de tempête. Celui-ci, le diable en personne, séduit la jeune femme et la convainc de voler la clef des portes de la ville à son père. Les complices ouvrent alors la digue et les flots déchaînés engloutissent bien vite la somptueuse cité. Gradlon et Dahut prennent la fuite, chevauchant Morvac’h, une créature fantastique. L’évêque ordonne au roi d’abandonner sa fille. Rejetée dans l’eau, Dahut se transforme en sirène tandis que Gradlon parvient à se réfugier à Quimper qui devient la nouvelle capitale de la Cornouaille.

Bien entendu, il existe différentes versions de cette histoire mythique. Dans certaines d’entre elles, Malgven n’intervient pas ou n’est pas considérée comme la mère de Dahut. Dans d’autres, Dahut est morte ou vit toujours dans la ville d’Ys où elle élève son enfant.
La plupart des récits affirment cependant que, transformée en sirène, la princesse appartient désormais au peuple légendaire des Marie-Morgane (ou Morgans) et hante aujourd’hui encore la Baie de Douarnenez.
Les Marie-Morgane ensorcellent les marins et les entraînent dans un palais somptueux, au fond de l’océan.

Tristan et Iseult

C’est également dans la Baie de Douarnenez que se situe la petite île Tristan ou Tutuarn qui abriterait les tombes de Tristan et Iseult, deux personnages célèbres de la mythologie celtique. Certains affirment que l’île serait la dernière partie émergée de la cité d’Ys.
La tradition raconte que Tristan, neveu de Marc’h, roi de Cornouaille, est recueilli par son oncle à la mort de ses parents.
Tristan est envoyé en Irlande pour demander la main d’Iseult-la-Blonde, la fille du roi, pour le roi Marc’h. Les deux jeunes gens boivent accidentellement un philtre d’amour destiné au roi et à sa fiancée. Ils tombent éperdument amoureux mais le mariage prévu a bien lieu.
C’est la servante de la jeune femme qui se glisse cependant dans la couche du roi durant la nuit de noces. Les deux amants s’enfuient mais sont rattrapés par le roi qui les épargne. Tristan s’exile loin de la Cornouaille et épouse Iseult-la-Blanche.
Lorsque Tristan est blessé, il fait appeler auprès de lui son ancienne amante, Iseult-la-Blonde, seule capable de le guérir. Il demande de hisser une voile blanche sur le bateau si elle revient vers lui. Jalouse, Iseult-la-Blanche prétend que la voile est noire et Tristan désespéré se laisse mourir. Apprenant cette nouvelle, Iseult-la-Blonde se jette sur sa couche et meurt dans les bras de son bien-aimé.
Ils sont réunis dans la mort lorsque le roi Marc’h consent à les inhumer côte à côte, sur l’île Tristan. La légende veut que des ronces ont immédiatement poussés afin de réunir les deux tombes pour l’éternité.

La ville de Douarnenez

La cité de Douarnenez est déjà fondée du temps des Osismes et prend de l’importance à l’époque gallo-romaine grâce au commerce de la sardine et du garum, une sauce à base de poissons fermentés dans du sel et produit dans les bâtiments de salaisons. On ignore toutefois le nom que portait cette ville pendant l’Antiquité.
Durant le Moyen-Âge, la ville de Douarnenez n’est que peu mentionnée. Il est probable qu’elle corresponde au lieu mentionné sous le nom de Leones sur une carte établie au 12ème siècle par le géographe et historien arabe Al Idrissi ce qui explique que le pays d’origine du roi de Cornouaille Marc’h et de son neveu Tristan est appelé « Léonois ». Il n’y a cependant aucune certitude qu’il s’agit bien de l’actuelle Douarnenez.

Au 12ème siècle, l’île Tutuarn est cédée à une communauté de moines bénédictins appartenant à l’abbaye de Marmoutier (à proximité de Tours). A la même époque, le port de Pouldavid qui a été rattaché à Douarnenez en 1945 devient de plus en plus important grâce à l’exportation des sardines et de la toile de chanvre servant à la fabrication des voiles. De nombreux navires de commerce mouillent alors dans la baie.
La région de Douarnenez souffre durant les Guerres de religion du 16ème siècle lorsque Guy Eder de Beaumanoir de La Haye dit La Fontenelle commet de nombreuses exactions sous prétexte de prendre parti pour la Sainte-Ligue.
En réalité, il est à la tête d’une petite troupe de brigands et n’hésite pas à piller, à rançonner et à tuer. Il sème la terreur dans la région des Montagnes Noires et s’empare notamment de Douarnenez en février 1594.
L’année suivante, il s’installe sur l’île Tristan et épouse Marie Le Chevoir, une toute jeune fille liée à la famille Coëtlogon, âgée probablement d’une douzaine d’années. Les hommes de La Fontenelle résistent malgré plusieurs tentatives de les déloger de l’île. Ils continuent à amasser un butin, fruit de leurs méfaits qui restent impunis en raison de la relation de Guy Eder avec le duc de Mercoeur qui négocie le pardon du roi.
La Fontenelle devient officiellement le gouverneur de l’île en 1598.
Il court cependant à sa perte lorsqu’il conspire avec le Duc Charles de Gontaut-Biron contre Henri IV. Condamné pour haute trahison, il est exécuté en Place de Grève à Paris en septembre 1602 alors qu’il n’est âgé que de 28 ans. Son épouse décède de chagrin peu après. Leur union est restée sans enfant.

Le port de Douarnenez reste florissant et devient même le principal port sardinier de France mais il faut attendre la seconde moitié du 19ème siècle pour que la ville se développe avec l’implantation de conserveries sur son territoire. De nouveaux quartiers sont construits pour accueillir la main d’œuvre et les marins-pêcheurs toujours plus nombreux.
Malgré cette expansion, Douarnenez a une réputation de ville sale sans eau potable et encombrée d’ordures ce qui explique le nombre important d’épidémies de choléra, de diphtérie et de petite vérole qui déciment régulièrement la population. De plus, l’alcoolisme devient un véritable fléau.

Au début du 20ème siècle, la sardine se fait rare ce qui plonge la ville dans une grave crise sociale. Les femmes, sœurs, filles et mères des marins tentent de pallier au manque d’argent en confectionnant de la dentelle d’Irlande qui est ensuite exportée en Amérique.
Entre les deux guerres, les femmes qui travaillent parfois 72 heures d’affilée dans les sardineries pour un salaire de misère connaissent des conditions de vie déplorables. En 1924, elles entament une grève connue sous le nom de la « grève des penn Sardin ». Soutenues par les syndicats, elles réclament une augmentation de salaire et une diminution des heures de travail ainsi qu’une majoration des heures prestées la nuit.
Elles obtiennent gain de cause après un mois et demi de manifestations.
Ce succès est historique pour les syndicats.

La seconde moitié du 20ème siècle est marqué par le déclin de la pêche à la sardine et la fermeture de la majorité des usines. Le nombre d’habitants diminue tout aussi drastiquement et Douarnenez connaît une perte de près de 30% de sa population en quelques décennies.

La ville tente aujourd’hui de se recentrer sur le tourisme et a obtenu en 2014 le label « Station classée de Tourisme ».

Que visiter dans la région ?

Douarnenez reste la capitale européenne de la conserve de poisson même si le nombre de conserveries est passé de 32 à 3.
Un port-musée installé dans une ancienne conserverie et retraçant l’histoire de la marine de pêche, du cabotage et du bateau de plaisance accueille ses visiteurs au Port-Rhu depuis 1985. On peut y découvrir également plusieurs bateaux à quai et à flot notamment un bateau-phare ou bateau-feu qui était chargé de signaler aux marins les endroits dangereux ainsi que le « Roi Gradlon », un navire baliseur chargé de l’entretien des balises et des phares du Morbihan. A côté des différents bateaux bretons, le port accueille également des embarcations étrangères dont un caboteur portugais et une pirogue magnifiquement décorés.

Infos pratiques :

Le port-musée de Douarnenez ouvre ses portes de février à début novembre mais durant la période hivernale seuls les bateaux à quai sont accessibles, pour des raisons de sécurité.
Le musée est ouvert tous les jours sauf le lundi (excepté durant les vacances scolaires) de 10hr à 12hr30 et de 14 à 18hr.

Le Port-musée
Place de l’Enfer
29100 Douarnenez
Tel : 02 98 92 65 20
Site web : http://www.port-musee.org

Afin de préserver l’environnement de l’île Tristan classée site naturel, les visites se déroulent obligatoirement en compagnie d’un guide et se font par petits groupes dont le nombre est limité. L’île est accessible par bateau ou à pied, à marée basse. Elle n’est distante du littoral de Douarnenez que de 300 mètres.
Depuis 1995, la préservation de la faune et de la flore de l’île est confiée au « Conservatoire du Littoral ».

Pour visiter l’île Tristan, il faut contacter :

Office du tourisme du pays de Douarnenez
1 rue du Docteur Mevel
29100 Douarnenez
Tel : 02 98 92 13 35
Mail : info@douarnenez-tourisme.com
Site web : www.douarnenez-tourisme.com

Les Plomarc’h représentent un véritable paradis terrestre pour les amoureux de la nature, pour les surfeurs et pour les passionnés d’histoire. Ce vaste espace de plus de 20 hectares est accessible librement et gratuitement à tous les visiteurs qui souhaitent découvrir les vestiges du passé gallo-romain de la région ainsi que la plage du Ris.

Idéal pour une journée en famille ou entre amis, le site offre de nombreuses possibilités :

  • une ferme pédagogique accueillant différentes races bretonnes anciennes
  • un hameau de 5 maisons de pêcheurs et de jardins didactiques
  • un lavoir
  • les anciennes cuves à garum

Le cimetière marin de Douarnenez est un véritable mine d’or passionnés de navigation. Ils peuvent y découvrir de nombreux bateaux désaffectés dont certains datent du début du 20ème siècle, une occasion de trouver différentes pièces de rechange devenues introuvables.

Que manger dans la région ?

Profitez de votre passage en Cornouaille pour savourer quelques spécialités locales :

  • la cotriade, une soupe de différents poissons accompagnés de pommes de terre, de légumes et éventuellement de lard, le tout arrosé de vinaigrette
  • la daube de congre cuite à l’étouffée avec du vin blanc, des oignons et des tomates
  • la potée bretonne aux différentes viandes, lard salé, agneau, plates-côtes, …. et légumes
  • la quiche bretonne aux fruits de mer
  • le chouchen, une variante de l’hydromel à base de miel et de jus de pommes. Lorsque le jus de pommes est remplacé par du cidre, il est appelé chufere.
La baie de Douarnenez, terre de légendes
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