©Imagerie d'Epinal, Google Local Guide

Histoire des images d’Epinal

Les images d’Épinal nous font penser au temps jadis, lorsque nos grands-parents recevaient ou collectionnaient une de ces petites vignettes aux couleurs un peu passées et aux thèmes remplis de « bons sentiments ». Mais savez-vous que l’imagerie d’Épinal est toujours en activité …. plus de 220 ans après sa fondation ?

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir cet artisanat qui a fait la renommée de toute une région et de comprendre le succès de l’imagerie d’Épinal.

Un peu d’histoire

La ville d’Épinal se situe dans le département des Vosges et est donc incluse dans la région du Grand Est regroupant depuis 2016 les anciennes régions historiques et culturelles d’Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardenne.

Avant ce regroupement, Épinal faisait partie de la Lorraine, une région habitée dès le Paléolithique inférieur. A cette époque, les tribus encore nomades s’installent régulièrement sur les bords de la Meuse et de la Moselle.
Les premiers villages sont construits au début du Néolithique, à la fin du 5ème millénaire avant notre ère. L’apparition de l’agriculture et de l’élevage permet en effet aux hommes de se sédentariser. La société se hiérarchise et des rites funéraires parfois complexes sont adoptés.

Au cours du 1er millénaire avant JC, les peuples d’origine celtique appartenant aux civilisations de Hallstatt et de La Tène migrent vers l’ouest et s’installent dans la quasi totalité des régions françaises.
C’est ainsi que lorsque les légions de Jules César partent à la conquête des Gaules, ils rencontrent en Lorraine, les Leuques et les Médiomatriques qui avaient installé leurs capitales respectives sur les sites des actuelles villes de Toul et de Metz.
Après la victoire des Romains contre la coalition gauloise menée par Vercingétorix, en 52 avant JC, la région est intégrée dans la province romaine de la Gaule belgique.
Les villes profitent de la « Pax Romana » et de la construction de voies romaines favorisant les échanges commerciaux pour se développer. De nouvelles cités sont fondées afin de répondre aux besoins d’une population en pleine croissance démographique.
Le christianisme s’installe petit à petit et les villes les plus importantes deviennent les sièges des évêchés.

Cette période de paix et de prospérité est interrompue lorsque les tribus germaniques profitant de l’instabilité politique de l’empire romain multiplient les raids au 4ème siècle. La Lorraine est aux premières loges et subit de nombreuses attaques menées par les Vandales, les Alains, les Francs et les Huns.
Vers la fin du 5ème siècle, les Francs Saliens occupent un vaste territoire compris entre la Loire et le Rhin. Mérovée fonde la dynastie des Mérovingiens.
Clovis agrandit le royaume franc au fil des guerres et des mariages. Cependant les terres franques sont maintes fois partagées, redistribuées et réunies par le jeu des successions. En effet, la loi salique veut alors que chaque fils hérite d’une part des possessions du roi.
La dynastie carolingienne fondée au milieu du 8ème siècle par Pépin-le-Bref prend naissance en Lorraine. Les rois de cette dynastie résident souvent à Thionville et l’ensemble de la région profite de ce privilège pour se développer économiquement et culturellement.

Livres d’images. 6e Série La Fontaine, Jean de (1621-1695) – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France

La fondation d’Epinal

C’est dans la seconde moitié du 10ème siècle que Thierry de Hamelant, évêque de Metz et cousin de l’empereur germanique Otton 1er fonde Épinal
A cette époque, Lothaire, fils de Louis IV dit « d’Outremer » règne sur la Francie occidentale après avoir rompu avec la tradition du morcellement du royaume. En effet, le frère de Lothaire, Charles est écarté du pouvoir à la mort du roi.
Chassé du royaume par Lothaire après avoir accusé la femme de ce dernier d’adultère, Charles cherche des appuis auprès de son cousin Otton II, empereur du Saint-Empire. Otton lui offre le duché de Basse-Lotharingie ce qui provoque non seulement des troubles au sein de l’empire mais irrite également Lothaire qui profite d’une révolte en Lorraine pour pénétrer sur ce territoire et attaquer la ville d’Aix-la-Chapelle.
Otton II riposte et c’est à la tête d’une armée de 60.000 hommes qu’il marche sur Paris, semant la désolation sur son passage. Face à cette armée, Lothaire s’enfuit et l’évêque de Metz, Thierry de Hamelant proclame Charles, roi des Francs.
Vaincu non pas par les troupes de Lothaire mais bien par une épidémie qui décime ses rangs, l’empereur est cependant obligé de se replier. Lothaire en profite pour conclure la paix tout en concédant la Lorraine.

A la mort d’Otton II, en 983, la Francie orientale revient à son fils, Otton III alors âgé de trois ans ce qui provoque de nombreux complots et de tractations. Charles et Lothaire se réconcilient car ils ont dorénavant des intérêts communs.
La Lotharingie reste néanmoins possession du Saint-Empire germanique et les évêques possèdent une grande partie de ses terres. Ils y construisent un grand nombre d’abbayes mais également des établissements hospitaliers.

C’est ainsi qu’au lieu-dit Spinal, non loin de son propre château, Thierry de Hamelant fait bâtir un monastère dépendant du diocèse de Toul. L’église est dédiée à Saint-Maurice et accueille les reliques de Saint-Goëry, évêque de Metz du 7ème siècle, apportée par Thierry, en présence de l’évêque Gérard de Toul.
A la mort de l’évêque de Metz, en 984, l’édifice vient d’être terminé et c’est son successeur, Adalbéron II qui y installe des moniales obéissant à la « règle de Saint-Benoît ».

De simple manse c’est à dire un domaine agricole exploité au profit d’un seigneur, Spinal devient une ville profitant des pèlerinages en hommage à Saint-Goëry mais également de l’autorisation accordée par l’empereur d’ouvrir un atelier monétaire et d’organiser un marché.

Épinal bénéficie très rapidement de sa position sur les routes reliant Bâle à Metz et Saint-Nicolas-de-Port à Nancy. L’évêque de Metz profite de cette situation et devient un seigneur, grand propriétaire terrien, qui tient les rênes de la justice et du commerce. La petite ville se développe et l’ancienne église est bientôt démolie pour faire place à l’actuelle basilique Saint-Maurice consacrée en 1050 par l’évêque de Toul, futur pape Léon IX.

Les évêques de Metz restent propriétaires d’Épinal jusqu’au milieu du 15ème siècle. En effet, en 1444, les autorités de la ville offrent la ville au roi de France Charles VII dit « le Victorieux » en échange de sa protection. La ville est cependant cédée au duché de Lorraine en 1466.
Lorsque le duché devient indépendant en 1542, Épinal profite d’une certaine autonomie et prospère grâce à ses activités dans le textile et la papeterie.

Au 17ème siècle, Charles IV de Lorraine met un terme à cet âge d’or en prenant fait et cause pour la maison d’Autriche des Habsbourg alors en lutte contre Louis XIII, roi de France de la dynastie des Bourbons. De plus, il donne asile au frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans lorsque celui-ci doit fuir après avoir comploté contre le roi. Gaston d’Orléans épouse alors clandestinement en secondes noces la sœur de Charles IV de Lorraine, Marguerite, une alliance qui n’est pas reconnue par le Parlement de Paris.

La Lorraine subit de plein fouet l’animosité du roi de France. La ville d’Épinal est non seulement malmenée en raison des sièges et attaques qu’elle doit affronter mais elle est également décimée par deux épidémies de peste particulièrement dévastatrices.
On estime qu’en 1636, la ville ne compte plus que 1.000 habitants. La seconde épidémie est à l’origine du quartier de la Quarante-Semaine, un surnom qui fait référence à la durée de ce fléau. Une « croix des pestiférés » se dresse aujourd’hui encore à proximité du lieu d’inhumation des victimes de la maladie.
Tour à tour occupée par les Lorrains et les Français, Épinal vit des heures sombres et est même considérée comme la ville la plus pauvre de la région.
De plus, après un énième retour dans l’escarcelle française, Épinal est contrainte de démolir son château et ses fortifications mais également de payer un dédommagement dont la ville ne peut pas s’acquitter. Épinal qui n’est désormais plus une place-forte perd toute son autonomie et un maire, représentant du roi, est nommé pour la première fois à sa tête, en 1685.

La Révolution et Jean-Charles Pellerin

La Révolution française de 1789 va profondément marquer la ville d’Épinal.
En effet, les images représentant généralement des saints ou des scènes pieuses ne rencontrent plus le succès suite à la suppression des ordres réguliers et la nationalisation des biens de l’Église… la religion n’a plus très bonne presse !

C’est alors que Jean-Charles Pellerin, un dessinateur originaire de Mauvages et qui a fondé l’imagerie Pellerin quelques années auparavant va offrir une nouvelle renommée à la ville d’Épinal.
En effet, ce fabricant de cartes à jouer ou « maître cartier » a l’idée de produire des images abordant de nouvelles thématiques, notamment les faits héroïques .
Au lendemain de la Révolution, il se lance dans la conception et la création de ces modèles qui vont participer au succès de son entreprise,. La collection qui lui permet de réellement de sortir de l’ombre est certainement celle créée à la gloire de Napoléon Bonaparte car ces images ont été utilisées comme moyen de propagande par l’empereur.

Les Habits du Grand-Duc. Série B. Livres d’images Imagerie Pellerin – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France

De simple atelier familial, l’imagerie va devenir une industrie prospère rebaptisée « Imagerie d’Épinal ».

L’imagerie

Les descendants de Charles Pellerin vont diversifier les productions et proposer notamment des jouets en carton comme des théâtres, des livres pour la jeunesse, des pantins, des poupées à habiller, des maquettes de monuments à découper et à monter soi-même ou encore des devinettes, ancêtres de nos jeux d’objets cachés.

La renommée de cette entreprise est telle que la ville d’Épinal reçoit le surnom de « Cité des Images ».
Bien entendu, les techniques utilisées ont évolué au fil des années et les premières planches de bois gravées qui servaient à imprimer les images selon le procédé de la xylographie sont progressivement délaissées au profit de la lithographie.
Les premières images qui sortent de l’entreprise fondées par les Pellerin sont remplies de bons sentiments … ce qui donnera tout son sens à l’expression « image d’Épinal » qui fait référence à une vision un peu naïve, loin de la réalité.

Ces vignettes sont données en récompense aux enfants sages mais également utilisées comme objets publicitaires par les commerçants et les grandes marques.

Et maintenant ?

Au fil du temps, les images tombent en désuétude et l’usine connaît de grosses difficultés financières. Elle tente de renouer avec le succès dans les années 1980 en proposant des planches dessinées par des auteurs connus. Les devinettes d’Épinal sont également proposées dans l’émission de télévision Récré A2.
Malgré ces tentatives pour redresser la situation, l’imagerie doit déposer son bilan et ne doit sa survie qu’à un groupement de Spinaliens attachés à leur patrimoine.
Ils recapitalisent la société et parviennent à la remettre sur les rails. L’Imagerie d’Épinal a réussi le pari de s’ouvrir au nouvelles technologies et aux nouveaux supports tout en perpétuant ses traditions.

C’est ainsi que des artistes contemporains créent régulièrement de nouvelles collections de décorations murales, d’affiches, de coussins ou de calendriers abordant des thèmes actuels. Il est bien entendu toujours possible d’acquérir des cartes et des planches traditionnelles, rééditées depuis l’origine de l’entreprise.

Parallèlement, un musée a ouvert ses portes afin de présenter aux visiteurs l’histoire de l’imagerie ainsi qu’une collection unique de pierres lithographiques.

La visite

L’Imagerie d’Épinal ouvre ses portes au public tous les jours :

  • le lundi de 14 à 18hr
  • du mardi au samedi de 9hr30 à 12hr et de 14hr à 18hr
  • le dimanche et les jours fériés de 10hr à 12hr et de 14hr à 18hr

Les visiteurs découvrent librement plus de deux siècles de l’histoire de l’imagerie ainsi que de nombreuses machines anciennes et les différentes étapes de la fabrication. La visite est commentée via une tablette tactile et un casque audio (en français, anglais et allemand).
Des visites de groupe guidées peuvent être organisées sur réservation .

Des images anciennes et contemporaines, des jeux et de la décoration sont disponibles dans la boutique du musée.

Maison Images d’Épinal
42 bis quai de Dogneville
88000 Épinal
Tel : 03 29 34 21 87
Mail : imagerie@imagerie-epinal.com
Site web : https://www.imagesdepinal.com

La visite d’Epinal

De passage à Épinal ; nous vous proposons de découvrir également quelques autres monuments historiques de la ville :

Le château d’Épinal

Le château d’Épinal construit au 13ème siècle sur le site du château érigé par l’évêque de Metz, Thierry de Hamelant, domine la petite ville et une partie de la vallée de la Moselle. Démoli sur ordre du roi de France en 1670, il n’en reste aujourd’hui que des ruines.
On peut cependant découvrir les vestiges de l’ancien logis seigneurial et des différents bâtiments, témoins de l’ancienne puissance de l’ancienne place forte.
Une grande partie des pierres du château ont été réutilisées tandis que le site reste à l’abandon jusqu’au début du 19ème siècle. La propriété est alors achetée par le président du conseil général et le trésorier général des Vosges qui y fait construire sa maison. Il intègre les ruines du château dans un parc aux allures romantiques.
La propriété vendue en 1840 est ensuite léguée à la ville. Le jardin devient public mais le domaine tombe peu à peu dans l’oubli. La nature reprend le dessus et le château est littéralement enseveli sous les arbres.

Il faut attendre les années 1980 pour que des fouilles soient organisées sur le site. En 1992, les ruines du château mais également les bâtiments construits au 19ème siècle dont une surprenante pagode chinoise sont classés « monuments historiques ».

Depuis la fin des années 2000, le site a été réaménagé afin de pouvoir accueillir les visiteurs. La tour chinoise a également profité d’une heureuse restauration pour le plus grand bonheur des touristes qui découvrent ce surprenant bâtiment au cœur des Vosges.

En pratique :

Le parc est ouvert gratuitement au public et permet aux Spinaliens comme aux touristes de passer un moment agréable. On profite non seulement d’un très bel espace vert mais également d’une vue incontournable sur Épinal et ses environs. Une partie du domaine a été aménagée pour les enfants qui découvrent une ferme animalière et une aire de jeu. Des animations sont organisées en été.
La tour est accessible gratuitement tous les jours de 8 à 17hr.
Site web : https://www.tourisme-epinal.com

La basilique Saint-Maurice

La basilique Saint-Maurice anciennement dédiée à Saint Goëry se caractérise par une architecture combinant les styles roman et gothique. Le contraste entre la tour massive et la nef s’élevant à 14 mètres de hauteur est surprenant.

Basilique Saint-Maurice
Place Saint-Goëry
88000 Épinal

La Maison romaine

La Maison romaine construite en 1892 par la riche et un brin excentrique Madame Morel Leclerc est la réplique d’une villa de Pompéi trônant au milieu d’un magnifique jardin. Malheureusement, un revers de fortune ne permet pas à la propriétaire de profiter de son bien ni même d’achever le jardin d’hiver et la ville l’achète en 1902. Elle abrite aujourd’hui le centre du Pôle images d’Épinal.

Les Imaginales, festival de la Fantasy

Et si vous séjournez dans la région à la fin du mois de mai, vous aurez la chance de participer aux Imaginales, un festival entièrement consacré à la littérature et aux mondes imaginaires.
Pendant quatre jours, la ville entière se met à l’heure de la « fantasy » et accueille des auteurs, des dessinateurs, des conférenciers et des fabricants de jeux français et étrangers.
En marge du festival, l’association « Les Pygmalions » organise la plus grande « Rencontre Bodypainting » de France. Ce rassemblement a lieu le dimanche dans le Parc du Cours.

En pratique :

La plupart des animations des Imaginales sont entièrement gratuites.
Les exposants, les artistes et les conférenciers sont présents de 10 à 19hr sur les nombreux sites du festival (Parc du Cours, Musée de l’Image et Imagerie d’Épinal, Parc du Château, Centre culturel, Théâtre, …. ).
Des soirées spectacles sont organisées également dans différents lieux d’Épinal.

Ville d’Épinal
9 rue du Général Leclerc
BP 25 88026 Épinal
Tel : 03 29 68 51 23
Mail : contact@imaginales.fr
Site web : https://www.imaginales.fr

Que manger dans la région ?

Après avoir découvert Épinal et ses trésors, prenez place autour de la table pour savourer quelques spécialités des Vosges :

  • La tofaille, plat emblématique de la région, se compose d’une succession de tranches de lard, de pommes de terre et d’oignons. Elle peut se servir en compagnie de palette de porc fumée.
  • L’omelette lorraine préparée avec du lard, de la crème, des herbes et du gruyère.
  • La tarte aux mirabelles préparée en Lorraine dès le 16ème siècle se déguste généralement tiède.
  • La tarte au maugin, tarte au fromage et à la crème sur fond de pâte feuilletée ou brisée selon la région.
  • Le beignet râpé vosgien se compose de pommes de terre, de persil et d’oignons mélangés à des œufs et à de la farine avant d’être frit. Il se savoure avec une salade relevée.
  • La salade vosgienne se compose de plusieurs sortes de salades, de lard fumé, de fromage râpé, de croûtons, d’oignons, de tomates, …. le tout généreusement arrosé de crème.
Histoire des images d’Epinal
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