La halle au blé, Alençon - ©Jacques SOUBEN via Communes.com

La dentelle d’Alençon

La dentelle a été créée en Italie à la fin du 15ème siècle en réponse à la mode vestimentaire sophistiquée de la Renaissance.
Les hommes et les femmes souhaitent des vêtements toujours plus ornés de passements, rubans, galons, franges, … afin d’étaler leur richesse et de prouver leur appartenance à une classe sociale privilégiée.
C’est ainsi que des brodeuses probablement vénitiennes inventent une technique permettant de produire un tissu aérien qui connaît un succès immédiat.
Très vite, ces dentelles vénitiennes s’exportent en dehors des frontières italiennes, notamment en France et en Belgique.
La reine Catherine de Médicis contribue fortement à l’adoption de la dentelle à la cour royale.

Alençon est l’une des premières villes françaises à produire une dentelle qui va rapidement concurrencer les italiennes.

Un peu d’histoire

Au 16ème siècle, Alençon située en Normandie est une ville prospère, profitant de la présence de la cour de Marguerite d’Angoulême, sœur du roi François 1er.
Élevée pieusement et dans l’amour des livres, Marguerite épouse en 1509 le duc d’Alençon, Charles IV, afin de solder un différend opposant les deux maisons. Si son mariage ne semble pas heureux, la jeune femme fait de la ville d’Alençon un centre culturel rayonnant. De nombreux lettrés et savants sont accueillis à sa cour.
Marguerite fait preuve de beaucoup de tolérance ce qui permet aux réformateurs de s’implanter dans la ville qui devient le plus important foyer de la Réforme en Normandie.

Le duché d’Alençon est intégré au domaine royal en 1549, à la mort de Marguerite qui avait épousé en secondes noces Henri II de Navarre. Lorsque Charles IX accède au trône en 1560, il le cède à sa mère Catherine de Médicis.
Dès cette époque, Alençon produit une dentelle d’une qualité équivalente à la dentelle italienne. Il s’agit d’une dentelle à l’aiguille réalisée à point coupé. Cette technique est utilisée pour créer des jours dans une étoffe en coupant des fils de la trame. Les fils restants sont travaillés à l’aiguille pour former des motifs.

Le point d’alençon

En 1660, Marthe La Perrière, veuve d’un chirurgien alençonnais, crée un nouveau point en s’inspirant du point de Venise.
Ce point d’une grande délicatesse vaut à la dentelle d’Alençon son surnom de « Reine des dentelles, dentelle des reines ».
Lorsque Colbert, ministre de Louis XIV, entreprend de dynamiser l’économie nationale en favorisant le commerce et les produits de luxe, il développe ou crée des manufactures royales.
C’est ainsi que la ville d’Alençon obtient l’autorisation d’ouvrir une manufacture de dentelle en 1665 afin de produire le « Point de France » qui sera baptisé en 1720, « Point d’Alençon ».
Le point d’Alençon est l’une des seules dentelles confectionnées à l’aiguille. La beauté de ses motifs ainsi que son épaisseur sont appréciés à la cour française. Louis XV le choisit comme « Dentelle d’Hiver » tandis que la dentelle de Valenciennes plus légère est portée en été.

Une véritable industrie de la dentelle participe à la prospérité de la ville. On estime que 10.000 dentellières travaillent pour 80 entreprises alençonnaises au 18ème siècle.

Malheureusement, le changement de mode vestimentaire qui se veut plus sobre et surtout la révolution qui éclate en 1789 marquent le déclin de l’industrie dentellière. Au 19ème siècle, on ne compte plus que 1.500 dentellières à Alençon. Elles travaillent principalement pour l’exportation ou pour assurer la renommée de la France lors d’Expositions Universelles.

Et aujourd’hui ?

Tombée en désuétude et concurrencée par la dentelle mécanique moins coûteuse produite notamment à Calais à partir de 1820, la dentelle d’Alençon a survécu tant bien que mal.
Ce point compliqué est de nos jours la seule dentelle réalisée à l’aiguille. Il s’est transmis de génération en génération depuis sa création et les dernières dentellières travaillant encore à Alençon suivent toujours les mêmes 10 étapes indispensables pour produire un ouvrage de qualité irréprochable.
Devenir une dentellière accomplie demande entre 8 et 10 ans d’apprentissage. Au terme de cet écolage, elle est capable de produire approximativement 1 cm² de dentelle en 7 à 15 heures de travail.
Afin de perpétuer ce savoir-faire unique, la dentelle d’Alençon a été inscrite sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2010.

Le musée des Beaux-Arts et de la Dentelle

De passage à Alençon, ne manquez pas de découvrir la beauté et la finesse de ce point en visitant le « Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle ».
Ce musée a été créé en 1857 afin de « propager le goût des arts et des sciences ». A l’origine, il ne rassemble que quelques « curiosités » d’histoire naturelle mais il va rapidement s’enrichir de nouvelles collections et de divers dons de particuliers.
A la fin du 19ème siècle, un département consacré à la dentelle qui fait la renommée de la ville est ouvert. Le Musée abrite également une importante collection consacrée au Cambodge.

Le Musée ainsi que la Médiathèque, l’Auditorium, les Archives et le Conservatoire de musique d’Alençon sont installés dans les bâtiments de l’ancien collège des Jésuites de la ville.
On y découvre des collections permanentes d’une grande richesse mais également des expositions temporaires et des démonstrations de dentellières.

En pratique

  • En juillet et en août, le musée est ouvert tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 18h
  • De septembre à juin, le musée est ouvert tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 18h sauf le lundi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre.
  • Des ateliers réservés aux enfants de 7 à 11 ans sont proposés afin de faire découvrir les collections de manière ludique.
  • Des ateliers d’initiation à la dentelle réservés aux enfants de 12 à 18 ans sont animés par des dentellières deux mercredis par mois. Cette initiation dure 40 heures (20 ateliers de deux heures).
  • Des visites à thème en nocturne (de 18hr30 à 22hr) sont organisées une fois par trimestre.
  • Des démonstrations dentellières sont offertes gratuitement aux visiteurs durant les mois de juillet et d’août (les lundis, mercredis et vendredis de 14h30 à 16h30).
    En dehors de ces dates, il est possible de demander des démonstrations pendant les visites guidées de groupe.

A noter : l’entrée du musée est gratuite le 1er dimanche de chaque mois. Une visite conférence d’une section du musée est organisée ce jour-là.

Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle d’Alençon
Cour carrée de la Dentelle
61000 Alençon
Tel : 02 33 32 40 07
Mail : musee@ville-alencon.fr
Site web : http://www.paysdalencontourisme.fr/musee-beaux-arts-dentelle-alencon_784_fr.html

L’atelier Conservatoire National de Dentelles d’Alençon

Afin de préserver ce patrimoine unique, un atelier rattaché à l’administration du Mobilier national a ouvert ses portes en 1976. Les dentellières y transmettent leur savoir-faire aux nouvelles générations. Cet atelier n’est pas seulement le reflet de l’art ancestral de la dentelle, il accueille de nombreux artistes contemporains qui souhaitent proposer leurs créations originales. Les dentellières s’appliquent non seulement à reproduire les motifs qui ont traversé les siècles mais également les œuvres actuelles.

L’Atelier ouvre ses portes au public durant les « Journées européennes du patrimoine ».

Atelier Conservatoire de dentelles d’Alençon
Îlot Charles Aveline
61000 Alençon
Tel : 02 33 26 33 60
Mail : communication.mobilier@culturegouv.fr
Site web : http://www.mobiliernational.culture.gouv.fr/fr/nous-connaitre/les-manufactures/dentelle-alencon

Découvrir Alençon

Alençon, préfecture du département de l’Orne, en Normandie, se situe à la confluence de la Sarthe et de la Briante, en bordure des forêts d’Ecouves et de Perseigne et aux pieds des Alpes Mancelles.
La région a été occupée dès le Néolithique mais il n’existe aucune trace ou mention de la ville elle-même avant l’Antiquité.
Il est probable qu’au cours des premiers siècles de l’ère chrétienne, durant la période romaine, plusieurs grandes exploitations agricoles sont bâties à proximité de la ville actuelle qui fait partie de la province de la Gaule Lyonnaise.
Lorsque la province est divisée par l’empereur Constantin, Alençon est intégrée dans la Lyonnaise Seconde, correspondant approximativement à la Normandie.
Un premier centre urbain est fondé, vraisemblablement par les grands propriétaires terriens, au niveau du quartier de Montsort vers le 4ème siècle.
Parallèlement, le christianisme se développe et les évêques prennent de plus en plus de pouvoir. Alençon devient un chef-lieu administratif appelé « pagus alencionnensis » rattaché à l’évêché de Sées au 7ème siècle.

Après avoir connu des heures sombres durant les raids vikings au début du 10ème siècle, Alençon est intégrée à la Seigneurie de Bellême qui parvient à préserver une certaine indépendance vis-à-vis des Ducs de Normandie jusqu’au 12ème siècle.
Lorsque le fils de Guillaume-le-Conquérant, Henri 1er Beauclerc, s’empare du trône d’Angleterre en 1100, il doit affronter son frère, Robert Courteheuse de Normandie qui revendique lui aussi la couronne anglaise.
Après avoir vainement tenté d’envahir l’Angleterre, Robert est contraint de reconnaître la légitimité de son frère en échange d’une rente annuelle.
Henri qui se méfie des barons anglo-normands restés fidèles à son frère confisque un grand nombre de comtés anglais appartenant notamment à Robert II de Bellême.
En 1105, Henri 1er traverse à son tour la Manche et s’empare du Duché de Normandie en moins d’un an après avoir capturé Robert de Normandie. La Seigneurie de Bellême est anéantie.
A la mort du roi d’Angleterre, sa fille unique Mathilde l’Emperesse, épouse de Geoffroy V d’Anjou dit Plantagenêt est dépossédée du trône et du duché par son cousin Étienne de Blois. Elle parvient cependant à reconquérir le Duché de Normandie et l’Angleterre, fondant ainsi l’Empire Plantagenêt.

Le roi de France Philippe II Auguste et son fils Louis VIII entreprennent de reconquérir les terres anglaises situées sur le continent, dont la Normandie, au 13ème siècle. Le comté d »Alençon est donné en apanage à Charles de Valois en 1286.

En 1414, le comté est érigé en duché-pairie et est donc vassal direct du Roi de France.

Au 16ème siècle, la ville profite de la présence de Marguerite d’Angoulême, sœur de François 1er et épouse de Charles IV d’Alençon, pour se développer et devenir un centre culturel rayonnant mais également une terre d’accueil pour les partisans de la Réforme.

La mort de Marguerite devenue entre-temps reine de Navarre entraîne le rattachement définitif du duché au domaine royal.
Les guerres de religion n’épargnent pas Alençon qui est un important fief protestant avant d’être pris par la Sainte-Ligue catholique.

En 1636, Louis XIII divise la Normandie en différentes circonscriptions administratives et Alençon perd son statut de duché pour devenir une « généralité » contrôlée par des intendants nommés par le roi pour représenter son autorité sur le plan de la justice, de la police et des finances.

La ville bénéficie de l’implantation de la manufacture royale de dentelle fondée par le ministre de Louis XIV, Colbert, en 1665.
Malheureusement, la révocation de l’Édit de Nantes plonge la ville dans le chaos et de nombreux protestants préfèrent s’exiler en Angleterre ou aux Pays-Bas ce qui provoque un véritable désastre économique.

La ville peine à se relever malgré les efforts des intendants lorsque la Révolution éclate, en 1789. La région connaît des heures difficiles notamment durant la « Grande Peur » et lors des affrontements entre Girondins et Montagnards et du soulèvement des Chouans et des Vendéens.

Si la ville est relativement épargnée durant la guerre franco-allemande de 1870 et la Première Guerre mondiale, Alençon est occupée par les Allemands dès juin 1940 et de nombreux résistants sont exécutés. Le camp de prisonniers Frontstalag 201 est construit sur son territoire.

Prémices du débarquement en Normandie, les infrastructures de la ville, notamment la gare, sont bombardées par les Alliés faisant plus de 200 victimes.
Alençon est libérée le 12 août 1944.

En visite à Alençon et dans sa région

Le château des Ducs d’Alençon

Le château des Ducs d’Alençon construit au Moyen-Âge sur le site du premier château des seigneurs de Bellême. Il a servi de prison de 1804 à 2010.
Depuis janvier 2018, la ville d’Alençon est propriétaire du château et des travaux vont être entrepris afin de réaménager les cours intérieures en parc public qui devrait ouvrir ses portes en juin 2019.
En attendant, des visites sont régulièrement organisées uniquement sur réservation (02 33 32 40 58).

La Maison d’Ozé

La Maison d’Ozé bâtie en 1450 par Jean de Mesnil. Cette demeure médiévale abrite désormais l’office de tourisme d’Alençon.

Maison d’Ozé
Place de la Magdeleine
61000 Alençon
Tel : 02 33 80 66 33
Mail : contact@visitalencon.com
Site web : https://www.visitalencon.com

Le sanctuaire d’Alençon et la maison natale de Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus

Maison Famille Martin
50 rue Saint-Blaise
61000 Alençon
Tel : 02 33 26 09 87

L’église gothique Notre-Dame d’Alençon

L’église gothique Notre-Dame d’Alençon édifiée au 14ème siècle et érigée en basilique en 2009 suite à la béatification des parents de Sainte-Thérèse, Louis et Zélie.

Basilique Notre-Dame d’Alençon
Grande Rue
61000 Alençon

La Halle au Blé

La Halle au Blé a été édifiée au début du 19ème siècle mais la coupole en verre date de 1865. Transformé en hôpital durant la Première Guerre mondiale, le bâtiment abrite aujourd’hui différents événements culturels.

Halle au Blé
Place de la Halle au Blé
61000 Alençon
Mail : contact@visitalencon.com
Site web : https://www.visitalencon.com

Le Parc des Promenades

Conçu en 1783 il propose quatre hectares d’espaces verts et d’aires de jeux en plein cœur d’Alençon. Il est ouvert tous les jours de 7hr30 à 21hr.

Le Musée du Vélo

Le Musée du Vélo retraçant l’histoire du cyclisme à partir de 1890. Le musée est ouvert tous les jours en juillet et en août ainsi que du mercredi au dimanche en avril, mai, juin et septembre.

Musée du Vélo, La belle échappée
8 rue de la Forêt de Perseigne
La Fresnaye-sur-Chedouet
72600 Villeneuve-en-Perseigne
Tel : 02 43 34 39 11
Mail : musee@fresnayechedouet.fr
Site web : http://www.lemuseeduvelo.fr

Le village de Saint-Céneri-le-Gérei

Le village de Saint-Céneri-le-Gérei classé parmi les plus beaux villages de France et labellisé « Petite Cité de Caractère de l’Orne ». On y découvre notamment « l’Auberge des Sœurs Moisy », un lieu de rencontre des peintres au 19ème siècle (à visiter entre avril et octobre).

Que manger à Alençon ?

Alençon propose à ses visiteurs de déguster quelques-unes de ses spécialités gastronomiques :

  • L’andouillette d’Alençon était autrefois à base de fraise de veau mais celle-ci a été remplacée par de la panse de veau en raison de l’épidémie de la « vache folle ». Elle est servie grillée ou braisée, accompagnée de pommes de terre.
  • La sanguette d’Alençon préparée avec du sang de volaille mélangé à de l’ail, du pain, éventuellement des lardons et du persil.
  • Le Bouchon Alençonnais, un biscuit croquant en forme de bouchon fourré de praliné aux amandes.
  • Les Pierres de Notre-Dame en pâte d’amande à l’orange et nougatine en forme de pavé.

Depuis 1973, la « Commanderie des Fins Goustiers du Duché d’Alençon » a pour mission de défendre les produits de terroir de la ville. Elle propose différents événements comme une marche gourmande, un concours ou encore un marché annuel.

Commanderie des Fins Goustiers du Duché d’Alençon
25 rue Demées
61000 Alençon
Tel : 02 33 29 86 97
Mail : confrerie@finsgoustiers.com
Site web : https://www.finsgoustiers.com

La dentelle d’Alençon
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