Ville Collonges-la-Rouge, Corrèze - ©Maryanick Gaultier via Communes.com

Collonges-la-Rouge, un joyau dans un écrin de verdure

Blottie dans la Vallée de la Dordogne, à quelques kilomètres de Brive-la-Gaillarde, sous-préfecture de la Corrèze, la petite cité de Collonges-la-Rouge entraîne les voyageurs au cœur du Moyen-Âge et de la Renaissance.
Afin de préserver ce cadre de vie unique et son patrimoine historique et naturel, les fils électriques ou téléphoniques ont été bannis de ses rues et rien ne vient nous rappeler que nous sommes bien au 21ème siècle.

Aujourd’hui, nous vous invitons à découvrir l’histoire de l’un des plus beaux villages de France qui doit son nom à la couleur du grès utilisé pour construire les maisons et châteaux de la commune.

Un peu d’histoire et de géographie

La Corrèze, département de la région Nouvelle-Aquitaine, se caractérise par ses trois types de relief, la Montagne culminant à 987 mètres d’altitude, les plateaux au relief accidenté creusés par les cours d’eau qui rejoignent la vallée de la Dordogne et enfin le bassin de Brive qui profite d’un climat agréable. Collonges-la-Rouge est nichée dans ce bassin, au pied d’une colline de grès rouge, dans le sud de la Corrèze.

La Corrèze est occupée dès le Paléolithique comme en témoigne la découverte de la tombe d’un Néandertalien dans une grotte de La Chapelle-aux-Saints, en 1908.
Lorsque des peuples issus des civilisations de Hallstatt et de La Tène quittent l’Europe Centrale au cours du 1er millénaire avant notre ère et migrent vers l’ouest, des tribus s’installent dans les différentes régions de la France actuelle.
C’est ainsi que les Lémovices s’installent dans le Limousin. L’oppidum de Villejoubert situé sur le territoire de Saint-Denis-des-Murs devient leur capitale. Il est considéré comme le plus grand oppidum de l’ensemble de la Gaule. Briva (actuellement Brive-la-Gaillarde) n’est alors qu’un simple pont permettant de traverser la Corrèze. Il faut attendre la création d’une voie romaine reliant Poitiers à Cahors pour voir se développer une première localité (Briva Curretia).

En 27 avant JC, Auguste réorganise les provinces et la Corrèze est incluse dans l’Aquitaine.
Après une période de paix, la Pax Romana, les peuplades germaniques profitent de l’instabilité politique et de l’affaiblissement du pouvoir au sein de l’Empire romain pour franchir les frontières de la Gaule.
Au 5ème siècle, les Wisigoths s’installent en Corrèze mais doivent à leur tour céder leur place aux Francs saliens menés par Clovis 1er, au siècle suivant.
Après avoir subi les attaques des Sarrasins (Musulmans) et des Normands respectivement aux 8ème et 9ème siècle, la Corrèze est intégrée à l’Empire Plantagenêt au 12ème siècle, conséquence du mariage d’Aliénor d’Aquitaine et d’Henri Plantagenêt.
Celui-ci est en effet le petit-fils du duc de Normandie et roi d’Angleterre, Henri 1er. Lorsque ce dernier décède en 1135, le trône anglais est usurpé par Étienne de Blois au détriment du seul enfant survivant et légitime du roi défunt, Mathilde l’Emperesse.
Mariée une première fois à l’empereur des Romains, Henri V du Saint-Empire, Mathilde devenue veuve a épousé en secondes noces Geoffroy d’Anjou dit Plantagenêt, en 1128 et le couple a trois fils, Henri, Geoffroy et Guillaume.

Or, c’est Étienne de Blois, un cousin de Mathilde, qui monte sur le trône avec le soutien des barons anglais et du pape qui refusent de reconnaître Mathilde comme reine ou même comme régente d’Angleterre.

Mathilde et son époux n’acceptent pas la situation et entrent ouvertement en conflit avec Étienne afin de récupérer à la fois le royaume d’Angleterre et le Duché de Normandie.
En 1141, Étienne est fait prisonnier tandis que Mathilde devient la « Domina Anglorum », c’est à dire la Dame des Anglais. Le duché de Normandie tombe à son tour dans l’escarcelle de Mathilde en 1144. Elle est alors proclamée « Angliae Normanniaeque Domina » la Dame des Anglais et des Normands.
Mathilde n’est cependant jamais couronnée reine car Étienne qui refuse d’abandonner le trône conserve de trop nombreux soutiens. Il accepte cependant de désigner Henri comme son successeur.

En revanche, Geoffroy d’Anjou devient Duc de Normandie en 1144. A sa mort, en 1151, son fils Henri hérite par conséquent du duché ainsi que des comtés d’Anjou et du Maine.
L’année suivante, Henri épouse Aliénor d’Aquitaine ce qui lui permet d’être à la tête d’un vaste territoire pouvant rivaliser avec le royaume de France.

Étienne décède à son tour le 25 octobre 1154. Henri devient roi d’Angleterre sous le nom de Henri II, jetant ainsi les bases de l’Empire Plantagenêt qui s’étend dorénavant de l’Écosse aux Pyrénées.

Histoire de Collonges

Remontons le temps pour nous arrêter en 785. A cette époque, le Limousin fait partie du royaume franc de Charlemagne.
Le territoire qui s’étend entre Périgueux, Brive-la-Gaillarde et Limoges forme la vicomté de Limoges (ou vicomté de Ségur).
Le comte Roger de Limoges et son épouse Euphrasie d’Auvergne fondent l’abbaye bénédictine Saint-Sauveur de Charroux avec l’assentiment de Charlemagne et lui octroient des terres dans le Périgord, le Poitou, le Limousin et en Auvergne.
C’est ainsi que le prieuré mentionné sous le nom de Colongis est rattaché à l’abbaye.

Au début du 9ème siècle, on mentionne les premiers seigneurs de Turenne appartenant à la famille Comborn.
Le prieuré est à cette époque intégré dans leur vicomté et bénéficie ainsi de la protection des seigneurs. Un village bientôt doté de fortifications s’y développe rapidement.
Après avoir participé aux Croisades, les vicomtes de Turenne obtiennent de nombreux privilèges de la part des rois de France ce qui leur permet de devenir de plus en plus puissants.

Le bourg qui est dorénavant mentionné sous le nom de « Colongas » profite également du passage des pèlerins en route vers Saint-Jacques de Compostelle.

Au 14ème siècle, cette cité obtient une charte de franchise et peut exercer le droit de juridiction seigneurial. Ce droit inclut les trois degrés de justice accordés aux seigneurs (jugement et prononcé des peines dans toutes les affaires/jugement des délits échappant à la peine de mort/jugement des délits mineurs).
Parallèlement, la cité devient florissante notamment grâce au commerce du vin produit dans les environs du village.

Alors que de nombreuses villes et bourgades souffrent des guerres de religion du 16ème siècle, Colongas continue à prospérer Catholiques et protestants se côtoient et se tolèrent.
Les nombreuses habitations cossues construites à cette époque témoignent de cet âge d’or.

Malheureusement, le 18ème siècle apporte son lot de malheurs.
Dès 1738, Colongas perd ses privilèges après la vente de la vicomté de Turenne à Louis XV. Le dernier vicomte appartenant à la maison de La Tour d’Auvergne, Charles-Godefroy, doit en effet se résoudre à perdre son fief afin de rembourser des dettes de jeu.
Dorénavant, les habitants de Turenne et des villages dépendant autrefois de la vicomté sont désormais soumis à l’impôt.

La révolution n’épargne pas plus Colongas lorsque le prieuré est détruit. Le village est déserté par ses habitants et de nombreux bâtiments sont abandonnés voire démantelés afin de récupérer les pierres.
En 1838, le nom du village devient Colonges (avec un seul l). A cette époque, les villageois tentent de retrouver l’abondance d’autrefois en intensifiant la culture de la vigne mais une épidémie de phylloxéra ruine tous leurs espoirs.
Les pieds de vigne sont arrachés afin de diversifier les ressources et de permettre la plantation de noyers, la culture de tabac et de céréales ou l’élevage bovin.
Cette économie basée sur l’agriculture ne parvient cependant pas à enrayer le phénomène d’exode rural.
C’est alors que quelques habitants qui refusent de laisser mourir leur village proposent, avec le soutien de la mairie, de valoriser leur patrimoine architectural.
En 1942, Colonges est inscrite à l’ « Inventaire supplémentaire des monuments historiques ».
Afin d’attirer les touristes, le nom de la localité devient Collonges la Rouge en 1969.
La localité est transformée afin de plonger ses visiteurs dans un livre d’histoire. La disparition des fils électriques et téléphoniques aériens, le pavage des rues ou encore l’interdiction de circuler en voiture durant la saison sont autant de mesures permettant au bourg de devenir un site touristique incontournable.
Aujourd’hui, les ruelles bordées de boutiques de souvenirs ont retrouvé leur animation.

La visite de Collonges-la-Rouge

La première chose qui frappe les visiteurs de Collonges-la-Rouge est l’omniprésence de la couleur rouge des pierres qui ont servi à la construction des maisons et édifices publics.
Ce phénomène est la conséquence de la haute teneur en fer du grès extrait du Puy de Valège surplombant de village, dans la faille géologique de Meyssac.
Les grès rouges baptisés « terre de Collonges » forment le dernier contrefort du Massif central. Ils contiennent 2,2% d’oxyde de fer et sont le résultat de la lente érosion du massif.

Comme tous les matériaux naturels, les grès de Collonges n’ont pas une couleur uniforme mais présentent une gamme complète de rouges plus ou moins sombres contrastant avec bonheur avec le gris des ardoises de Corrèze et se détachant sur le vert des collines avoisinantes et le bleu du ciel pour nous offrir un spectacle inoubliable.
N’oublions pas que c’est l’un des maires de Collonges, Charles Ceyrac, qui est à l’origine du label « Plus beaux villages de France » !

Tout autour du village, on retrouve les terres de culture, témoins de l’activité agricole qui a fait les beaux jours de Collonges. Noyers, vignes, champs et vergers ponctuent le paysage.

En vous promenant dans les rues de Collonges, laissez-vous surprendre par la beauté des maisons et édifices du petit village, véritable musée à ciel ouvert qui a servi de décor à de nombreux films et court-métrages dont Capitaine Fracasse (1928), Poil de Carotte (1932), le Chevalier de Pardaillan (1962) ou La Grande Peur (1974).
Nous vous conseillons cependant de visiter le bourg durant la basse saison ou du moins en dehors des heures d’affluence afin d’éviter la grande foule de touristes.

Si le village mérite amplement son nom de Collonges-la-Rouge, il mérite tout autant son surnom de Cité aux 25 tours. Rappelons-nous que Collonges a connu un véritable âge d’or grâce à sa production de vin. Ses habitants s’enrichissent et bâtissent des maisons, manoirs et hôtels particuliers qui témoignent de leur opulence. C’est pour cette raison que ces édifices sont flanqués ou surmontés de tours, signes ostentatoires de la fortune de leurs propriétaires. Les visiteurs attentifs ne comptent cependant que 17 tours … les aurait ont trompés?

Et bien non, il y a bel et bien 25 tours à Collonges, voire même un peu plus. Les tours manquantes sont simplement dissimulées, recouvertes par la toiture ou arasée.
En effet, les tours qui faisaient autrefois la fierté des Collongeois deviennent un véritable problème à l’époque du Directoire lorsqu’une loi est édictée afin de taxer les habitants d’après les signes extérieurs de leur richesse, à savoir les portes, les fenêtres et … les tours.
Ceci explique que certaines ouvertures sont murées et que les tours sont cachées afin de tromper les percepteurs.
Il reste cependant des vestiges de toutes ces tours disparues … à vous de jouer au détective durant votre séjour !

Les amateurs de randonnée découvrent également avec plaisir les différents sentiers balisés comme La chaise du Diable (un rocher de grès qui rappelle la forme d’un fauteuil… ou plutôt du trône de Satan!), Au long des lavoirs collongeois ou encore le Circuit des Petites Crêtes qui permettent de découvrir la région.

Parmi les monuments incontournables de Collonges, notons :

L’église Saint-Pierre

L’église Saint-Pierre construite au 11ème siècle domine le petit bourg. Elle surprend par ses fortifications qui ont été édifiées durant la Guerre de Cent Ans.
Durant les Guerres de Religion, le tympan de l’église a été intégré au mur du pignon, probablement un compromis accordé aux catholiques par leur seigneur huguenot afin de sauvegarder la paix au sein du village alors que partout ailleurs, protestants et catholiques s’opposent farouchement.
En 1924, le tympan représentant pour les uns le Retour du Christ et pour les autres l’Ascension (le débat reste ouvert) a été remis à la place qu’il occupait sept siècles auparavant.

La Maison de la Sirène

La Maison de la Sirène, demeure du 16ème siècle, abrite le musée d’art et de traditions populaires de la localité et le siège de l’Association des Amis de Collonges.
Le musée est ouvert tous les jours de 10hr30 à 12hr30 et de 14hr30 à 17hr30 en juillet et août. On y découvre la reconstitution d’un logis de blanchisseuse du 19ème siècle et une exposition regroupant des meubles, objets et documents relatifs à l’histoire et à la géologie de la région.

Rue de la Barrière
19500 Collonges-la-Rouge
Tel : 07 82 41 39
Mail : contact@amisdecollonges.fr
Site web : http://www.amisdecollonges.fr

La Chapelle des Pénitents

bâtie au 13ème siècle, elle sert de lieu de sépulture pour les défunts issus de la noblesse avant d’être utilisée lors des rassemblements de la confrérie des Pénitents noirs.

Le Castel de Vassinhac

Datant du 16ème siècle il appartenait aux gouverneurs de la vicomté de Turenne. Aujourd’hui habitation privée, il n’est pas accessible au public. On peut toutefois admirer cette bâtisse depuis la rue de la Garde et du lavoir.

Le Château de Maussac

Surmonté d’une tour du 17ème siècle recouverte d’une échauguette, il est également une demeure privée fermée au public. On peut l’apercevoir depuis le lavoir.

La halle

La halle aux grains et aux vins et son four à pain qui servait autrefois à tous les habitants du village.

L’ancienne gare du « Tacot »

Elle accueillait autrefois la locomotive à vapeur tractant quelques wagons de voyageurs et de marchandises. Le Tacot a accompli son dernier trajet en 1932.

En pratique

Afin de préserver le caractère unique de Collonges-la-Rouge, la circulation des véhicules motorisés est interdite entre 10 et 19hr (une autorisation est toutefois accordée aux riverains et aux clients de l’hôtel).
Plusieurs parkings sont prévus afin de permettre aux visiteurs de stationner en toute sécurité (payants en haute et moyenne saison de 10 à 20hr).
Des emplacements sont réservés aux personnes à mobilité réduite (en face de la mairie, à côté du lavoir et à proximité de l’ancienne gare).
Des aires réservées aux camping-cars et aux pique-nique sont également à la disposition des visiteurs.

Que manger dans la région ?

Visiter Collonges-la-Rouge donne l’occasion de savourer quelques spécialités culinaires du Pays de Brive :

  • La tarte à la caillade ou tarte à la caillée proposée en version sucrée ou salée
  • Le milhassou ou mounassou, un gâteau de pommes de terre râpées au lard, ail, oignon et persil. Cuit à la poêle, il se savoure avec une salade.
  • L’andouille de viande à la corrézienne, à manger froide accompagnée de moutarde ou chaude avec une potée limousine.
  • La flognarde, sorte de clafoutis aux poires, pommes et raisins secs macérés dans de l’eau-de-vie ou du rhum
  • La mique, du pain levé poché dans un bouillon de cuisson, était autrefois le « plat du pauvre ».
  • Le boulaigou, crêpe épaisse aromatisée de vanille, de rhum ou d’eau-de-vie et éventuellement de morceaux de pommes ou de poires. Elle se sert avec du sucre ou de la confiture.
  • Le vin de noix
Collonges-la-Rouge, un joyau dans un écrin de verdure
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