Statue, Vallée des Saints, Bretagne - ©eric FlickR Creative Commons

Les Saints Bretons ont leur vallée

La Bretagne est connue pour ses fées et ses korrigans, ses galettes et ses coiffes bigoudènes mais également ses innombrables saints.
Outre les sept saints fondateurs, on comptabilise plusieurs centaines de saints dont la plupart ne sont pas officiellement reconnus par l’Église
Fiers de ce patrimoine unique, les Bretons se devaient de leur offrir un lieu digne d’eux. C’est dorénavant chose faite à Carnoët, dans le département des Côtes d’Armor.
Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir la Vallée des Saints, un site qui ne cesse d’évoluer au fil des ans.

Un peu d’histoire

La préhistoire

La Bretagne est habitée dès le Paléolithique inférieur comme en témoignent les différents sites occupés durant l’acheuléen ancien, il y a 700.000 ans.
Il faut cependant attendre le Néolithique pour que cette occupation s’intensifie suite au changement des conditions climatiques qui permettent à la forêt de se développer et aux hommes de découvrir l’agriculture et l’élevage.
Autrefois nomades, les tribus se sédentarisent et construisent les premiers villages. Ils établissent également des relations commerciales avec d’autres peuplades parfois très éloignées. C’est ainsi que les haches polies fabriquées principalement dans les Côtes-d’Armor s’exportent dans une grande partie de l’Europe. Il est probable que celles-ci servaient non seulement d’outils et d’armes mais intervenaient également dans les rites. Les mégalithes qui sont devenus l’un des symboles de la Bretagne font également leur apparition durant le Néolithique. La présence de ces immenses pierres est à l’origine de nombreux débats concernant leur fonction et de légendes tout aussi nombreuses.

Petit à petit les tribus s’organisent et se hiérarchisent. La découverte de nouvelles techniques, notamment le travail du cuivre, du bronze et de l’étain ainsi que l’intensification du commerce provoquent en effet l’apparition de nouvelles classes sociales, les artisans et les marchands.

Les Celtes

Durant le 1er millénaire précédant notre ère, des tribus d’origine celte appartenant aux civilisations de Hallstatt et de La Tène migrent vers l’ouest de l’Europe et s’établissent dans la plus grande partie de la France actuelle.
C’est ainsi que cinq peuples celtes armoricains s’installent en Bretagne, les Osismes (Carhaix), les Vénètes (Vannes), les Coriosolites (Corseul), les Redones (Rennes) et les Namnètes (Nantes).

Les Romains

Lorsque les Romains franchissent pour la première fois les Alpes pour s’emparer des territoires correspondant aux actuelles régions Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes et PACA, en 122 avant JC, les Armoricains en profitent pour établir des relations commerciales.
Les relations avec Rome sont donc profitables lorsque les légions de Jules César entament la « Guerre des Gaules » quelques décennies plus tard.
Les Romains sont même autorisés à traverser leur territoire pour établir leurs quartiers d’hiver dans la région d’Angers.
La situation se détériore lorsque les soldats affamés s’emparent des réserves de grain en Bretagne. Les différentes tribus se coalisent contre eux et une guerre menée à la fois sur terre et sur mer est déclenchée. Même si les Romains sortent victorieux de ces affrontements, les Bretons se soulèvent encore à de nombreuses reprises contre leurs anciens partenaires commerciaux.

Il faut attendre 27 avant JC, année de la réorganisation des provinces romaines par Auguste pour que la Bretagne apaisée profite pleinement de la Pax Romana. Cette période permet au pays de se développer au même rythme que la construction des routes reliant les différentes cités qui sont dotées des monuments traditionnels romains à savoir, les thermes, les théâtres ou encore les forums.
Bien que profitant largement des « bienfaits » de la romanisation, les Bretons conservent cependant une plus grande indépendance que les autres régions gauloises.

Le christianisme

Cette particularité explique qu’aujourd’hui encore, la Bretagne a conservé une identité s’inspirant largement de la culture celtique. Seule l’élite de la société apprend le latin tandis que la grande majorité des Armoricains ne modifie quasi pas sa manière de vivre. Il faut par ailleurs attendre le 4ème siècle pour voir apparaître le christianisme dans les différentes régions bretonnes.
A cette époque, l’empire romain est fortement affaibli en raison de guerres civiles et de manigances au sein de la classe dirigeante ce qui laisse le champ libre aux tribus germaniques pour effectuer des raids au-delà du Rhin tandis que les Saxons et les Jutes attaquent la province romaine de Bretagne, c’est à dire l’Angleterre, les Cornouailles et le Pays-de-Galles.
Parallèlement, l’Armorique devenue elle aussi la proie des envahisseurs accueille les Bretons insulaires fuyant la Grande-Bretagne.
Forte de ce renfort, la région parvient à prendre de plus en plus d’indépendance par rapport dans un premier temps à Rome et dans un second temps à la dynastie franque des Mérovingiens.

La vague d’immigration a également pour conséquence l’adoption d’un christianisme celtique qui favorise l’établissement de nombreuses petites communautés religieuses dirigées par des moines et des ermites. On est loin des puissants évêchés établis dans le reste du royaume franc.

Les Saints fondateurs

Entre le 5ème et le 6ème siècle, la Bretagne est divisée en sept diocèses fondés selon la tradition par des membres du clergé, les clercs, probablement des ermites ou des membres des grandes familles exilées de la Bretagne insulaire. Ce n’est que plus tard que les Bretons ont donné le « titre » de saints à ces fondateurs légendaires. Leur histoire s’est peu à peu enrichie de miracles et d’anecdotes pour la plupart sorties de l’imagination populaire.

Saint-Maclou

Saint Maclou également appelé Saint-Malo est originaire du Pays de Galles et plus particulièrement de Glamorgan. Obéissant à Dieu, il quitte son pays pour franchir la Manche, une traversée qui dure plusieurs années. Il accoste finalement sur l’île de Cézembre située dans la baie de Saint-Malo en 538. Il rejoint un ermite également gallois du nom d’Aaron et vit en sa compagnie sur un rocher où sera fondée la cité d’Aleth (actuellement Saint-Servan, un quartier de la ville corsaire).
Après avoir été le premier évêque d’Aleth, Malo se retire à Archingeay, dans la province historique de la Saintonge (Charentes) où il décède entre 620 et 649, selon les différentes sources.

Saint-Samson

Fondateur légendaire de la ville de Dol, est également originaire du Pays-de-Galles. Après avoir été successivement élève de Saint Ildut considéré comme le fondateur du christianisme celtique, abbé au monastère Ynys Bŷr sur l’île de Caldey et ermite dans une grotte des Cornouailles, il franchit à son tour la Manche et s’installe à Plougasnou, dans le Finistère. Il fonde un monastère à Lanmeur avant de s’établir définitivement à Dol (aujourd’hui Dol-de-Bretagne), dans le département d’Ille-et-Vilaine, où il fonde une abbaye. Cette ville devient l’un des premiers évêchés de Bretagne. Nominoë considéré comme le fondateur du royaume de Bretagne y est sacré en 848.

Saint-Brieuc

Saint-Brieuc ou Brioc toujours originaire du Pays-de-Galles est né au début du 5ème siècle. Il débarque sur le continent peu avant 450 afin d’évangéliser l’Armorique. Il fonde un monastère à Tréguier, dans les Côtes-d’Armor avant de s’établir à l’embouchure du fleuve côtier le Gouët qui se jette dans la Manche. Il fonde un nouveau monastère au « Champ-du-Rouvre », un lieu-dit situé à proximité de l’actuelle chapelle Notre-Dame-de-la-Fontaine de Saint-Brieuc. Ce site devient par la suite la ville de Saint-Brieuc.

Saint-Tugdual

Saint-Tugdal, comme la plupart des saints fondateurs bretons est né au Pays-de-Galles vers la fin du 5ème siècle ou a début du siècle suivant. Il débarque à Trébabu, dans le Finistère, en compagnie d’autres évangélisateurs. En 550, il crée l’évêché de Tréguier, dans les Côtes-d’Armor. Il en est le premier évêque et y décède aux alentours de 560.

Saint-Pol-Aurélien

Saint-Pol-Aurélien est né au Pays de Galles, à Boverton, en 490. Il passe son enfance au monastère de Saint-Iltud avant d’être ordonné prêtre. Il s’établit en Armorique en 517. Selon la légende, il sauve l’Île de Batz des griffes d’un dragon. En remerciement, il reçoit cette île qui fait partie des Îles du Ponant et y fait construire un monastère en 530.
Le roi mérovingien Childebert 1er, fils de Clovis, le nomme évêque de Saint-Pol-de-Léon, dans le Finistère.

Saint-Corentin

Il est né vers la fin du 5ème siècle ou au début du 6ème en Cornouaille, région armoricaine à ne pas confondre avec les Cornouailles britanniques. Il vit en ermite à Plomodiern. Remarqué par sa grande bonté et ses « miracles », il est placé à la tête de l’évêché de Quimper par le roi légendaire armoricain Gradlon.

Saint-Patern

D’origine gallo-romaine il naît au Pays-de-Galles où il fonde plusieurs monastères avant de partir en Armorique. La légende raconte qu’il a été nommé vers 465 évêque de Vannes par Caradoc Briefbras, héros arthurien et chevalier de la Table Ronde devenu souverain du royaume armoricain du Broërec.

Le Tro-Breiz

Afin d’honorer comme il se doit les sept saints fondateurs, un pèlerinage en sept étapes est organisé dès le 9ème siècle. Les pèlerins catholiques partent à cette époque pour un périple reliant les sept villes où reposaient les reliques des saints à savoir, Saint-Malo, Dol-de-Bretagne, Saint-Brieuc, Tréguier, Saint-Pol-de-Léon, Quimper et Vannes.

Le Tro Breiz ou Pèlerinage des Sept Saints de Bretagne ou encore Tour de Bretagne se déroule à Pâques, à la Pentecôte, à la Saint-Michel et à Noël et dure un mois. Selon les époques, les fidèles sont plus ou moins nombreux. Il est quasi abandonné à partir du 17ème siècle avant de connaître un regain d’intérêt en 1993 suite à l’initiative d’une association, La Route Historique du Tro Breiz.
Ce circuit touristique et culturel en sept étapes est aujourd’hui proposé par différentes associations dont celle des Chemins du Tro Breiz.
Renseignements sur le site http://www.trobreiz.com

Les saints bretons

La plupart des saints bretons ne sont pas reconnus officiellement par l’Église, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas bénéficié de la canonisation. Plusieurs d’entre eux n’ont même jamais existé ailleurs que dans les contes et légendes populaires si chers au cœur des Bretons.
C’est vers la fin du Moyen-Âge que le nombre de saints explose en Bretagne probablement lorsque des familles importantes de la région affirment appartenir à la lignée de ces héros légendaires. Ceci explique que les mentions les plus anciennes relatant la vie des saints bretons ne datent que du 10ème siècle.
De plus, le culte de ces saints ne dépasse souvent pas les limites d’un diocèse même si certains sont vénérés dans toute la Bretagne comme Sainte-Anne ou Saint-Yves.

La Vallée des Saints

C’est en 2008 qu’un projet un peu fou prend naissance…. offrir une vallée aux saints bretons. L’objectif est de rassembler un millier de statues monumentales mesurant approximativement 4 mètres de haut et sculptées dans du granit.
Bien entendu, cette réalisation va prendre du temps mais après dix ans d’existence une centaine de statues sont déjà dressées sur le site de Carnoët, à un jet de pierre de Carhaix.

Le site en lui-même est une véritable page d’histoire puisqu’il s’agit d’une ancienne motte féodale. De mai à octobre, des artistes sculptent de nouvelles sculptures au cours des chantiers installés in situ.
Le projet est soutenu par de nombreux mécènes privés ou des entreprises généralement bretonnes qui souhaitent ainsi participer à cet événement. Il est également possible de faire des dons plus ou moins importants selon son budget. Chaque statue coûte entre 10 et 15.000 euros.
Si leur taille et la matière première utilisée restent constantes, les statues ont chacune leur propre style, reflet de l’imagination et du ressenti des différents artistes. Le granit provient des carrières bretonnes. Cette pierre si souvent utilisée dans la région offre une riche palette de couleurs aux belles nuances de gris et de bleu.

La visite

La Vallée des Saints est ouvert gratuitement au public toute l’année sauf les 1er mai, 1er et 11 novembre et 25 et 31 décembre :

  • de 10 à 17hr30 de janvier à avril et d’octobre à décembre
  • de 10 à 18hr30 de mai à septembre

Le site est accessible aux personnes à mobilité réduite (un chemin de terre est aménagé tout autour de la « vallée ») et les chiens sont acceptés mais doivent être obligatoirement tenus en laisse.
Les statues sont réparties sur un site de huit hectares. La découverte de la totalité des œuvres peut en conséquence se révéler fatigante pour les personnes peu habituées à marcher. Il est toutefois possible d’en apercevoir un grand nombre depuis le chemin aménagé.

La visite se fait librement à l’aide d’un plan et d’un guide de présentation des œuvres et des saints.
Des tables de pique-nique sont mises à disposition des visiteurs sur le site
Des visites guidées payantes d’une durée approximative d’une heure sont également organisées durant les vacances scolaires et les Journées du Patrimoine.
En dehors de ces dates, il est également possible de bénéficier d’une visite commentée pour des groupes de 10 à 50 personnes et uniquement sur réservation.

La Vallée des Saints
Quénéquillec
22160 Carnoët
Tel : 02 96 62 26
Site web : http://www.lavalleedessaints.com

Que visiter dans la région ?

Profitez de votre passage dans la région pour découvrir la ville de Carhaix.
Le site a été occupé dès la préhistoire mais il faut attendre la période gallo-romaine pour assister à la naissance d’une cité relativement importante, Vorgium.
Comme les autres villes construites par les Romains, elle a probablement bénéficié des infrastructures traditionnelles comme le forum ou les thermes et des fouilles sont toujours en cours afin de retrouver les traces de ces bâtiments. A l’heure actuelle, plusieurs vestiges témoignent de l’existence d’un aqueduc.
Profitant de son emplacement au carrefour de plusieurs voies romaines et de la Pax Romana, la cité s’est développée.
Au Moyen-Âge, la ville devient la capitale du Poher, une région comprise entre les monts d’Arrée et les Montagnes Noires. Elle ne bénéficie toutefois pas du même aura que les villes choisies pour accueillir les sièges épiscopaux.
De plus, Carhaix souffre durant la Guerre de Succession de Bretagne au 14ème siècle et des guerres de religion au 16ème siècle.
Se relevant difficilement de ses cendres, Carhaix a mauvaise réputation. Au 18ème siècle, elle est décrite comme une ville sale bâtie de maisons pauvres et délabrées. Ses habitants ne sont pas mieux considérés. On les juge malpropres et nonchalants, froids et indifférents.
La Révolution française de change pas la donne et au début du 19ème siècle, les conditions de vie restent précaires notamment en raison de l’éloignement du réseau routier.
Le manque d’hygiène est également à l’origine d’épidémies dévastatrices.
Il faut attendre le début du 20ème siècle et l’arrivée du chemin de fer pour voir Carhaix se moderniser et s’équiper en électricité, en eau courante et en système d’égout.
Petit à petit Carhaix sort de l’ombre et sa notoriété s’est accrue en 1995 lorsque le Festival des Vieilles Charrues de Landeleau est déplacé sur son territoire.

Que manger dans la région ?

Nous vous proposons également de découvrir quelques spécialités culinaires du Poher :

  • Le fars pod, une pâte à base de blé noir et de froment cuite dans un sac plongé dans une marmite de bouillon. On le déguste avec du lard ou émietté dans le pot-au-feu à la manière de la semoule orientale. Il existe également des versions améliorées à la crème, aux œufs, aux oignons, à la chair à saucisse et une version sucrée aux raisons de Corinthe ou aux pruneaux.
  • Le kig-ha-fars, un pot-au-feu à base de différentes viandes et de légumes qui se déguste avec le fars pod.
    Le pain chapeauappelé ainsi car il est formé de la superposition de deux boules de pâte rappelant la forme d’un couvre-chef.
  • La bouillie d’avoine ou « yod kerc’h » à base de farine délayée dans du lait et cuite pendant une heure. Elle se sert avec du sel ou du sucre et se déguste chaude avec un peu de beurre fondu. Le lendemain, lorsque la bouillie refroidie s’est solidifiée, elle est coupe en tranches qu’on fait dorer dans une poêle.
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