L'hôtel de ville de Paris, anciennement Place de Grève - ©Graham-H CC0 Creative Commons

La place de grève, port des marchands de l’eau et lieu d’exécutions

Habitant ou visiteur de Paris, vous connaissez certainement la Place de l’Hôtel de Ville rebaptisée depuis peu « Esplanade de la Libération ».
Ce bel espace sert régulièrement de décor à des animations les plus diverses, de terrain de volley en été à patinoire en hiver en passant par les rassemblements autour des écrans géants installés à l’occasion des grands événements sportifs.
Cet endroit aujourd’hui festif  a pourtant été le théâtre de moments tragiques puisqu’il a longtemps servi de lieu d’exécutions. Gibet, bûcher ou guillotine s’élevait alors sur la place et de nombreuses personnes condamnées à mort y ont rendu leur dernier soupir.
La place a également été prise d’assaut à plusieurs reprises par les émeutiers et révolutionnaires qui ont perdu la vie au nom de leurs principes et revendications .
Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir l’histoire de l’Esplanade de la Libération, anciennement Place de Grève.

Un peu d’histoire

Dès l’Antiquité, la Seine connaît une activité fluviale importante et la confrérie des nautes de Lutèce rassemble de nombreux armateurs enrichis grâce au commerce. En effet, le fleuve permet de transporter des marchandises dans l’ensemble des Gaules et, de là, vers les autres civilisations antiques puisqu’il rejoint un vaste réseau de cours d’eau navigables.
Pendant très longtemps, les historiens ont affirmé que l’Île de la Cité était le berceau de Paris et que la tribu gauloise des Parisii y avaient installé leur capitale dans la seconde moitié du 1er millénaire avant JC, profitant ainsi des eaux poissonneuses du fleuve et des forêts giboyeuses. Or, des découvertes archéologiques récentes donnent aujourd’hui la préférence à Nanterre puisque cette cité possédait déjà un atelier monétaire, signe de son importance.
Lutèce aurait donc été un petit village au moment de la conquête romaine.
Il n’est cependant pas mis en doute que l’Île de la Cité était peuplée avant l’arrivée des légions de Jules César. Il n’est simplement pas possible de déterminer son degré de développement.
Quoiqu’il en soit, la Seine joue un rôle primordial dans l’accroissement de Lutèce à l’époque gallo-romaine.
Le « Pilier des Nautes » découvert sous la cathédrale Notre-Dame de Paris lors du réaménagement de l’autel en 1711 date de cette époque. On y retrouve côte à côte des divinités celtes et romaines, témoignage de la mixité cultuelle des deux civilisations.
Composé de quatre blocs superposés au-dessus d’un piédestal, le pilier comporte différents bas-reliefs ainsi qu’une dédicace à l’empereur Tibère. Parmi les différentes gravures, on discerne nettement les nautes représentés en armes ce qui témoigne de leur influence puisque ce privilège n’est alors accordé qu’aux Romains.
Il est probable que le pilier qui devait à l’origine être surmonté d’une statue et mesurer au moins 5 mères se dressait près du port, sur l’Île de la Cité. Il est actuellement visible dans le frigidarium des thermes romains du musée de Cluny.
Un projet de reconstitution du plus ancien monument de Paris est par ailleurs lancé par l’Association Gladius Scutumque.
Si la Seine permet aux Parisii de profiter d’un commerce lucratif, elle va également mener les Vikings jusqu’aux portes de Paris au 9ème siècle de notre ère.
La ville va en effet subir quatre sièges entre 845 et 887. Roi des Francs, Charles III le Gros met fin au siège en acceptant de payer une rançon aux Normands et en les autorisant à traverser son territoire pour s’attaquer à la Bourgogne. Cet aveu de faiblesse est à l’origine de la révolte de la noblesse franque qui destitue le roi et met ainsi fin à la dernière réunification des territoires de l’empire carolingien.  Eudes, fils aîné du marquis de Neustrie, devient roi de Francie occidentale tandis qu’Arnulf de Carinthie, petit-fils de Louis II de Germanie, est mis à la tête de la Francie orientale.

Le port de Grève

Au Moyen-Âge, le transport fluvial se poursuit et permet à la ville de Paris de se développer et de s’enrichir.
Les marchandises arrivant ou transitant par Paris sont débarquées dans des ports établis le long de la Seine. A l’origine, ceux-ci sont de simples espaces non aménagés et donc parfois difficilement praticables. Il devient rapidement indispensable de solidifier les berges et de construire des quais de débarquement. Le premier véritable port parisien est celui de Saint-Landry (ou Saint-Landri)  situé sur l’Île de la Cité.

La Hanse parisienne des marchands de l’eau

Les « marchands de l’eau » se réunissent pour former une hanse, c’est à dire une communauté de commerçants donnant plus de poids à ses membres, à l’instar de la ligue hanséatique ou ligue teutonique qui rassemble les villes marchandes situées autour de la mer du Nord et de la mer Baltique.
L’origine de cette hanse de marchands de l’eau remonte probablement au 9ème siècle même si elle n’est officiellement mentionnée qu’à partir du 11ème. En effet, il paraît vraisemblable qu’elle est la conséquence de la nécessité de faire entrer des marchandises dans la ville de Paris menacée par les raids vikings. Cette hypothèse est confirmée par le fait que les marchands originaires de Normandie ne sont autorisés à traverser Paris que sous une étroite surveillance.
Ces marchands sont souvent considérés comme les « héritiers » des nautes de l’époque gallo-romaine. On observe effectivement plusieurs similitudes dans l’organisation des deux corporations ce qui tendrait à prouver que le commerce fluvial n’a jamais été interrompu sur la Seine même s’il a souffert par période en raison de l’insécurité, conséquence des invasions normandes.
Toutefois, les membres de la hanse se différencient des nautes puisque la charge n’est plus héréditaire. De plus, les nautes étaient exclusivement des mariniers tandis que les marchands de l’eau ne le sont que très rarement. On retrouve en effet des merciers, drapiers, épiciers ou encore poissonniers dans les listes des membres de la hanse. On peut en conclure que si les nautes étaient les propriétaires des bateaux assurant le transport des marchandises, les membres de la hanse sont, eux, propriétaires des marchandises transportées.
La hanse parisienne des marchands de l’eau prend de l’importance et obtient non seulement le monopole de l’approvisionnement de la ville et de l’expédition des marchandises depuis la capitale par voie fluviale mais également de nombreux privilèges de la part des rois. C’est ainsi que dès 1121, elle peut prélever une taxe sur chaque cargaison de vin transportée sur la Seine, soit soixante sous par « navée ».
Elle joue également un rôle important en qualité de « police de l’eau», héritage du contrôle sur les Normands. Cette fonction s’exerce sur une distance approximative de 20 kilomètres de part et d’autre de Paris afin d’assurer la sécurité du transport sur cette portion du fleuve.
Le « Parloir aux bourgeois » est alors seul compétent pour appliquer les peines prévues pour les différentes infractions au règlement.
Les commerçants également appelés « burgenses hansati », c’est à dire bourgeois hansés, sont protégés mais doivent également respecter les règles de la hanse déterminées par le « Parloir des marchands ».  Ils sont liés par un contrat de forme sacramentelle et enregistré par le Prévôt des marchands de Paris ou par l’un de ses quatre échevins qui sont dès lors chargés de le faire respecter. En échange, ils reçoivent leurs « lettres de hanse ».
Contrairement au « Prévôt de Paris » qui représente le roi et qui a notamment pour mission de faire respecter la justice et d’organiser la surveillance du guet, la fonction du prévôt des marchands concerne, du moins à l’origine, uniquement le commerce fluvial.
Nous avons vu que la hanse est ouverte aux bourgeois de Paris quelles que soient leurs professions. Il faut également préciser que les femmes et les forains peuvent également être hansés. On entend alors par « forain » une personne étrangère à Paris par opposition au « bourgeois » originaire de la capitale.
Les limites territoriales du monopole de la hanse, du pont de Mantes aux ponts de Paris, sont définies en 1170. Des litiges sont cependant fréquents et le Parlement n’hésite pas à faire saisir les marchandises amenées à Paris par des personnes non hansées.
Pour acheminer des marchandises, les forains hansés ou non doivent « prendre compagnie française » avant de pénétrer dans le secteur contrôlé par la hanse. Cette compagnie est accordée -ou refusée- par le prévôt qui désigne alors les bourgeois servant de compagnons ou socii aux forains. Les femmes même hansées et originaires de Paris ne peuvent pas accompagner les forains.
A l’origine, le compagnon est chargé de surveiller le forain durant le trajet, entre l’entrée à la sortie des limites de la hanse. Au fil du temps, cette surveillance devient plus légère et le compagnon français se contente de contrôler le déchargement ou la vente des marchandises. C’est à ce moment qu’il récupère son dû, soit la moitié des bénéfices engrangés après déduction des frais.
En principe, les sommes récoltées doivent servir à l’entretien des ports et des fleuves et à protéger le commerce à Paris. Le système est également censé garantir l’approvisionnement en suffisance des Parisiens puisque la moitié des marchandises transitant par la ville leur est attribuée.
Il faut bien reconnaître que la réalité est toute autre et les compagnons sont plus préoccupés par leur propre bénéfice que par les besoins de leurs concitoyens. En effet, une libre circulation des marchandises serait nettement plus favorable puisque les commerçants assurés de pouvoir conserver l’entièreté de leurs marchandises inonderaient la capitale de leurs produits. De plus, aucun document ne prouve que les sommes récoltées ont effectivement été utilisées au bon entretien des infrastructures fluviales.
Vers le milieu du 15ème siècle, le droit des bourgeois sur les marchandises traversant leur secteur est transféré à la ville. Ces droits sont dorénavant fixés par un acte et sont nettement plus avantageux pour les forains.
En 1672, Louis XIV abolit la hanse des marchands de l’eau :

Pour laisser l’entière liberté au commerce et exciter d’autant plus les marchands trafiquants sur les rivières, d’amener en cette ville de Paris toutes les provisions nécessaires, seront et demeureront les droits de compagnie française esteins et supprimés, sans préjudice du droit de hanse, et sans qu’il soit fait autre distinction que de forains et de marchands de Paris ès cas portés par les règlements

(Ordonnance de Louis XIV concernant la juridiction des Prévôts des Marchands)

Le port et la place de Grève

En 1141, les marchands de la Hanse achètent un espace sablonneux situé le long des berges, à l’emplacement de l’actuelle place de l’Hôtel de Ville, et aménagent le « port de Grève ».
Pour l’anecdote le terme « grève » désigne à l’origine le gravier, le sable ou les galets qui recouvrent les rives d’un cours d’eau ou le bord d’une mer. C’est en référence au port de Grève que ce mot prend une seconde signification. En effet, à cette époque, les ouvriers en quête de travail s’installaient en cet endroit dans l’espoir d’être engagé pour débarquer ou embarquer les marchandises. On disait alors qu’ils faisaient grève. Au fil du temps, le sens du mot a évolué et a désigné non plus le lieu où les hommes sans emploi venaient offrir leur main d’œuvre mais bien l’arrêt de travail.
Revenons au 12ème siècle, lorsque le port de Grève sert à décharger le bois, le charbon et le blé. A cette époque, l’espace occupe approximativement un quart de l’actuelle esplanade et est séparé en deux, la grève à proprement parler qui descend jusqu’à la Seine et la partie plus élevée baptisée « Place de Grève » où se tenait auparavant un marché.
Le débarquement des marchandises est relativement facile et ce port remplace peu à peu le port de Landry.
Très rapidement, des îlots de maisons sont construits à proximité donnant naissance à un nouveau quartier.

Le procès du Talmud

En revanche, le marché est déplacé sur demande des bourgeois et la place est dorénavant réservée aux événements publics aussi variés que les réjouissances (feux de la Saint-Jean, naissance au sein de la famille royale, …) et les exécutions publiques des peines.
C’est notamment là que de nombreux exemplaires du Talmud, recueil des textes fondamentaux du judaïsme, sont détruits en 1242.
N’oublions pas que le pays vient de vivre la croisade des Albigeois lancée par le pape inquiet de perdre du pouvoir face aux cathares qu’il accuse d’hérésie. Parallèlement, la communauté juive subit de plus en plus de contraintes et doivent respecter de nombreux « interdits ». Ils doivent également porter des signes distinctifs comme la rouelle afin d’être facilement reconnaissables par le reste de la population.
Cette discrimination est à l’origine de nombreuses exactions commises contre la communauté accusée de tous les maux de la terre.
Or, à cette époque, Louis IX dit Saint-Louis qui a reçu une éducation pieuse de sa mère Blanche de Castille est roi de France. Proche de l’Église catholique, il fait construire de nombreux édifices religieux et tente d’instaurer un pouvoir et une justice plus équitables. Convaincu que son royaume court à sa perte en raison du désintérêt pour les valeurs morales et chrétiennes, il prend un grand nombre de décisions comme l’interdiction des jeux de hasard et de la prostitution.
Toujours dans le but de restaurer le pouvoir d’une Église vacillante, il combat le judaïsme en incitant ses adeptes à se convertir.
Pendant ce temps, le pape Grégoire IX souhaite établir la souveraineté absolue du souverain pontife, prônant la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. C’est à ce titre qu’il excommunie l’empereur du Saint-Empire Frédéric II de Hohenstaufen pour son manque d’empressement à lancer une croisade.
Il fonde également l’Inquisition,  une juridiction relevant du droit canonique, afin de combattre l’hérésie. Il s’en prend aussi bien aux sorcières … qu’aux Juifs.
C’est ainsi qu’en 1239, il émet une bulle ordonnant la saisie et la destruction des « livres dans lesquels on trouverait des erreurs de la sorte » ce qui inclut le Talmud.
Si les souverains ignorent pour la plupart cet ordre, Saint-Louis obéit et fait saisir tous les exemplaires du livre, le 3 mars 1240.
Il accorde cependant aux Juifs le droit de se défendre.
Le procès du Talmud s’ouvre donc le 24 juin, la cour est présidée par Blanche de Castille en présence de l’évêque de Paris Guillaume d’Auvergne, de l’inquisiteur Henri de Cologne, de l’archevêque de Sens et de différents maîtres de l’Université. Ils font face aux rabbins qui doivent répondre des accusations.
Deux ans plus tard, le verdict tombe.

Il faut savoir tout d’abord, que, par un secret dessein de la Providence, les erreurs, les blasphèmes et les outrages contenus dans le Talmud avaient échappé jusqu’à ce jour aux yeux des docteurs de l’Église. Le mur est enfin percé, le jour s’est fait, et l’on a vu ces reptiles, ces idoles abominables qu’adore la maison d’Israël.

Malgré les arguments des rabbins, le Talmud est considéré comme « livre infâme » et c’est ainsi que vingt-quatre tombereaux chargés de tous les exemplaires saisis s’acheminent vers la Place de Grève pour  être brûlés. Le Prévôt des marchands, des représentants du clergé, les écoliers de l’Université ainsi qu’une foule considérable de Parisiens assistent à cet événement.
Pendant plusieurs années encore, des perquisitions sont menées un peu partout en France afin de « traquer » les « méchants livres » jusqu’au dernier.

Étienne Marcel

En 1354, Étienne Marcel issu d’une famille de drapiers qui a fait fortune grâce au commerce des tissus de Flandre et à divers investissements dans l’immobilier, devient Prévôt des marchands de Paris. Il est également membre des confréries de Notre-Dame aux prêtres et bourgeois de Paris et de Saint-Jacques aux Pèlerins.
Si, à l’origine, la fonction de prévôt des marchands se limite, comme nous l’avons vu, au commerce fluvial, elle prend à cette époque de plus en plus d’importance dans la vie politique de la ville.
C’est ainsi qu’Étienne Marcel va notamment être à la tête d’un contingent de l’armée royale ou encore réorganiser le système défensif de la capitale en élevant des murailles sur la rive droite de la Seine.
Alors que la prévôté et le Parloir aux bourgeois sont installés successivement quai de la Mégisserie et Montagne-Sainte-Geneviève, Étienne Marcel se porte acquéreur de la « Maison aux piliers », une bâtisse située Place de Grève, en 1357. Elle devient le siège de la municipalité de Paris.
Le prévôt qui entend protéger les plus faibles des abus de la royauté devient chef de file d’un mouvement réformateur destiné à mettre en place une monarchie mieux contrôlée qui serait confiée à Charles II de Navarre dit le « Mauvais ».
En effet, le roi de France Jean II le Bon a été fait prisonnier par les Anglais en 1356 et les États Généraux devant notamment discuter de la rançon du roi se tiennent la même année à Paris. Étienne Marcel et l’évêque de Laon Robert Le Coq y jouent un rôle important, exhortant le peuple à mettre Charles de Navarre sur le trône. Les régions suivent rapidement le mouvement et s’alignent derrière le Prévôt.
Cependant, le dauphin, futur Charles V dit le Sage, entend garder le trône français aux Valois.
Nous sommes le 22 février 1358 lorsque plus de 3.000 Parisiens révoltés par le « premier traité de Londres » se rassemblent derrière Étienne Marcel. Le traité signé par Jean le Bon toujours prisonnier et par Édouard III d’Angleterre permet en effet à ce dernier de récupérer  les anciennes possessions des Plantagenêts sur le territoire français et de recevoir une importante somme d’argent.
Les émeutiers réussissent leur coup d’état, investissent le Palais de la Cité et prennent le pouvoir à Paris. Plusieurs maréchaux de France fidèles au dauphin sont tués. Ce dernier jugé malléable et peu dangereux est épargné. On l’oblige cependant à porter la coiffe rouge et bleue,  symbole de la rébellion.
Étienne Marcel retourne place de Grève toujours accompagné par une foule de Parisiens avant de se placer à la tête du Conseil de tutelle. Le dauphin est nommé régent du royaume en l’absence de son père.
Or, Étienne Marcel a commis une erreur qui va lui être fatale. Il a non seulement sous-estimé le jeune dauphin mais il s’est également aliéné le soutien de la noblesse indignée de l’exécution des maréchaux.
Charles quitte Paris pour assister aux États Généraux de Provins et parvient à retourner la situation à son avantage. Avec l’aide  de la noblesse, il organise un blocus de la ville de Paris qui doit dès lors se préparer à se défendre.
Le dauphin doit malgré tout affronter la « Grande Jacquerie », un soulèvement des paysans qui refusent de payer des impôts supplémentaires pour sa défense.
Étienne Marcel peut donc compter sur de nouveaux renforts qui pourraient venir à bout des troupes de Charles installées aux abords de la capitale.
Ce plan est bien prêt de réussir mais l’attaque de la forteresse de Meaux où s’est réfugiée la famille royale est facilement repoussée par les troupes du régent.
C’est alors que Charles le Mauvais tente de reprendre avantage et lance ses hommes ainsi que des mercenaires anglais en contre-attaque.
Les « Jacques » sont exterminés et Charles de Navarre n’a plus qu’à rentrer triomphalement à Paris, le 14 juin 1358. A sa surprise, une partie de la noblesse qui l’a accompagné dans sa lutte contre la Jacquerie l’abandonne et retourne se ranger derrière le dauphin.
Entre-temps, Étienne Marcel tente à son tour de tirer profit de la situation et demande aux cités de France de reconnaître la victoire de Charles de Navarre. Il engage à son tour des Anglais pour défendre Paris toujours assiégée. Cette main tendue aux Anglais en pleine guerre de Cent Ans déplaît aux Parisiens et les tensions voire les conflits se multiplient.
Étienne Marcel accompagné de l’évêque de Laon et de Charles de Navarre se rendent une fois encore place de Grève afin de calmer la foule qui exige le renvoi des Anglais.
Lorsque les mercenaires placés en embuscade massacrent la population, la situation échappe à tout contrôle. Étienne Marcel considéré dorénavant comme un traître est assassiné. Le dauphin est victorieux sans avoir eu à se salir les mains. Il entre dans Paris et peut se montrer clément envers la population.
Ces événements poussent le souverain à restreindre le pouvoir des prévôts des marchands qui n’ont désormais plus qu’une fonction honorifique.

Les exécutions

Si le nom de la Place de Grève a traversé le temps et est encore connu aujourd’hui c’est principalement parce qu’elle a longtemps servi de lieu d’exécutions de peine.
Bien entendu, il ne s’agit pas uniquement de mise à mort et de nombreuses personnes, auteurs d’un ou plusieurs méfaits sont seulement attachées au carcan installé sur la place. Un écriteau est alors apposé devant le condamné mentionnant le ou les délits commis, vol, mendicité, bigamie, insolence, violence, … . Le supplicié reste parfois exposé pendant plusieurs jours avant d’être généralement banni ou envoyé aux galères.
La première victime d’une exécution capitale en Place de Grève est Marguerite Porete, une béguine accusée d’hérésie. La religieuse est en effet l’auteur du livre:

Mirouer des ämes simples anienties et qui seulement demourent en vouloir et desir d’amour.

Cet ouvrage paru en 1295 en vieux français parle de l’amour divin. L’église l’interdit et fait brûler les copies déjà parues. Marguerite Porete qui refuse de renier ses écrits comparaît devant l’inquisiteur Guillaume de Paris qui la condamne à mort.
Elle est brûlée vive sur le bûcher de la Place de Grève le 1er juin 1310. Paradoxalement, son livre lui survit et est même traduit en plusieurs langues dont le latin probablement par des membres du clergé plus tolérants que les inquisiteurs.
Marguerite Porete est considérée comme le symbole et une martyre du Libre-Esprit.
Cette première mise à mort en Place de Grève est suivie de beaucoup d’autres. Selon le rang et/ou le délit commis, le mode d’exécution diffère. Les « petites gens » sont pendues, les nobles sont décapités à l’épée ou à la hache.
Les coupables d’hérésie ainsi que les sorciers sont brûlés vifs tandis que les personnes accusées de régicides et de crimes de lèse-majesté sont d’abord soumises au supplice de la roue avant d’être écartelées par quatre chevaux de trait ou sur un chevalet.

La Révolution

Sous la Révolution, le député Joseph Ignace Guillotin propose d’adopter le même mécanisme de décapitation pour tous les condamnés à mort, quel que soit leur rang social, en vertu du principe d’égalité.
Le 6 octobre 1791, plusieurs articles du code pénal sont adoptés et notamment :

  • La peine de mort consistera dans la simple privation de la vie, sans qu’il puisse jamais être exercé aucune torture envers les condamnés
  • Tout condamné à mort aura la tête tranchée

Ces lois mettent un terme aux tortures et permettent aux condamnés de mourir dignement. De plus, leurs familles n’ont plus à subir le déshonneur.
Il restait à construire cette machine sensée mettre fin à une vie, sans souffrance et sans intervention de la main de l’homme.
Si on attribue la paternité de celle-ci à Guillotin, il faut cependant préciser que ce mode d’exécution mécanique est loin d’être innovant et on trouve de nombreux exemples de décapitation par « tranche-tête » à travers l’histoire. Appelée « diele » en Allemagne, « mannaia » en Italie ou « maiden » en Écosse, le principe reste le même.
En France, ce procédé est cependant peu connu ce qui explique que Guillotin est considéré comme l’inventeur de la machine qui porte son nom. Par contre, on passe souvent sous silence l’apport du chirurgien Antoine Louis qui a été consulté en qualité d’expert. On ignore également que le premier nom de la guillotine était « louisette ».
Des tests sur des animaux et des cadavres sont réalisés à Bicêtre mais c’est sur la place de Grève que la première exécution par guillotine a lieu, le 25 avril 1792.
Condamné à mort pour vol avec violence, Nicolas-Jacques Pelletier est décapité devant une foule de curieux. La rapidité de l’exécution provoque la colère du « public » privé du spectacle habituel pendant lequel le condamné agonise dans de terribles souffrances parfois pendant plusieurs heures. Ils réclament le retour des anciennes méthodes mais la guillotine est définitivement adoptée. Seuls les militaires coupables de crimes commis pendant leur engagement sont passés par les armes par un peloton d’exécution.
Contrairement à la légende, Joseph Ignace Guillotin est décédé de mort naturelle à l’âge de 75 ans.
En revanche, un certain docteur JMV Guillotin originaire de Lyon a bien été guillotiné durant la Terreur, cette période noire qui a suivi la Révolution. C’est cette exécution qui est à l’origine de la rumeur voulant que le député qui a fait adopter la « décapitation pour tous » a été victime de sa propre machine.
La Place de Grève rebaptisée Place de l’Hôtel-de-Ville depuis 1803, est pour la dernière fois le théâtre d’une exécution le 22 juillet 1830.
Durant les journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830, les « Trois Glorieuses », elle est prise d’assaut par les Parisiens qui se rendent maîtres de l’Hôtel de Ville. De nombreux combats se déroulent sur la place avant l’arrivée du duc d’Orléans Louis-Philippe qui prend la place de Charles X et écarte ainsi, provisoirement, la République.
A partir de cette date, les exécutions publiques se déroulent rue du Faubourg Saint-Jacques. Les autorités estiment en effet qu’il faut respecter le lieu où sont morts tant de patriotes au nom de la liberté.
Les exécutions cessent d’être publiques et se déroulent au sein des établissements pénitenciers après 1939. Le tueur en série coupable de six meurtres, Eugène Weidmann est le dernier à être guillotiné en place publique le 17 juin de cette année-là.
Le dernier condamné à mort et exécuté par guillotine en France est Hamida Djandoubi. Condamné à mort pour proxénétisme, viol, torture et homicide volontaire, il meurt décapité le 10 septembre 1977 à la prison des Baumettes à Marseille.
La Place de Grève a donc été le principal lieu d’exécution de Paris pendant plus de cinq siècles.
Parmi les condamnés à mort et suppliciés les plus célèbres de la place, citons François Ravaillac, assassin de Henri IV, la Voisin et la marquise de Brinvilliers toutes deux impliquées dans l’affaire des poisons, Robert-François Damiens qui a tenté de tuer Louis XV ou encore le bandit Cartouche ainsi que plusieurs huguenots, royalistes ou au contraire anti-royalistes.
Elle est cependant parfois un lieu de réjouissance, notamment lorsqu’un enfant naît au sein de la famille royale et que la ville offre au souverain  feu d’artifice et banquet.
Sous l’Ancien Régime, une croix en pierre et fer forgé est dressée sur la place afin de permettre aux condamnés de s’adresser une dernière fois à Dieu. Ce petit monument est également utilisé pour surveiller la montée des eaux en cas d’inondation.

La visite

Lorsque Napoléon III devient empereur des Français en 1852, il confie au préfet de Paris, le Baron Georges Eugène Haussmann, le réaménagement de la ville. En effet, Paris est restée très longtemps une ville à l’aspect médiéval, aux rues étroites, sinueuses et sales, sans aucune commodité et surtout surpeuplées.
L’empereur souhaite transformer et moderniser sa capitale et on lui doit les larges boulevards bordés de maisons « haussmanniennes » ainsi que les nombreux espaces verts.
C’est donc dans le cadre de la transformation de Paris que la place de l’Hôtel-de-Ville est réaménagée et agrandie pour devenir le vaste espace que nous connaissons aujourd’hui.
Devenue en grande partie piétonne en 1982, elle est rebaptisée en 2013 « Place de l’Hôtel-de-Ville – Esplanade de la Libération » en souvenir de la libération de la ville en août 1944.
De nombreuses animations sont désormais organisées sur l’ancienne Place de Grève.
Passants ou touristes, lorsque vous traversez l’esplanade, lorsque vous visitez l’une ou l’autre exposition ou assistez à un concert, tendez bien l’oreille, vous entendrez peut-être encore les cris des suppliciés et des révolutionnaires qui ont rougi de leur sang le sable et les pavés de la place ou les applaudissements du peuple assistant aux feux d’artifice tiré en l’honneur de la naissance d’un héritier du roi de France.

L’Hôtel de Ville

Au 16ème siècle, la Maison aux Piliers devient trop vétuste et le roi François 1er autorise l’édification d’un nouveau bâtiment. Le chantier débute en 1533 sur les plans de l’architecte Domenico Bernabei da Cortona.
La construction de l’Hôtel de Ville de style Renaissance s’étale sur près d’un siècle, en raison d’un arrêt des travaux durant les guerres de religion.
Le bâtiment plusieurs fois agrandi et restauré est le théâtre de nombreux événements.
En 1871, durant la Commune de Paris, l’édifice est incendié par les émeutiers, une véritable catastrophe car non seulement le bâtiment est détruit mais la bibliothèque et les archives partent également en fumée.
L’Hôtel de Ville est reconstruit dans la décennie qui suit en style néo-renaissance assez proche du bâtiment d’origine. Les décors intérieurs sont somptueux.
Plusieurs salons de réception dont  la Salle des fêtes rappelant la Galerie des Glaces de Versailles et la salle du Conseil sont accessibles au public.
L’entrée est gratuite après inscription obligatoire auprès du service des Relations publiques (comptez deux mois d’attente). La visite dure approximativement 1 heure.
Des expositions temporaires sont régulièrement organisées dans ses murs.
Enfin, les salons de réception peuvent être réservés pour accueillir des événements privés  (pas de particulier et sous réserve d’acceptation).

Que manger dans la région ?

Ne repartez pas de Paris sans vous être attablé dans une brasserie parisienne proche de l’Hôtel de ville afin de déguster quelques plats indissociables de la capitale :

  • Le croissant à la pâte feuilletée légère et craquante
  • Le croque-monsieur … ou le croque-madame
  • Le macaron parisien aux 1001 saveurs et aux jolies couleurs pastels ou acidulées
  • La soupe à l’oignon gratinée et ses croûtons
  • Le Paris-Brest ou l’Opéra, des fabuleux desserts

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