Musée national du moyen age , Thermes de Cluny - Paris 5e Arrondissement - ©Norbert Bourhis via Communes.com

Le musée de Cluny fait peau neuve

Idéalement situé au cœur de Paris, dans le Quartier Latin, le musée de Cluny ne répondait plus aux attentes des visiteurs en terme de visibilité, de parcours et d’accessibilité. Un vaste projet de rénovation et de réaménagement baptisé « Cluny 4 » a été entrepris en 2015 afin de faire entrer ce musée consacré à la période médiévale au sein du 21ème siècle.

L’ensemble du site comprenant l’ancien hôtel des abbés de Cluny et les thermes gallo-romains de Lutèce ont ainsi bénéficié d’un programme de restauration confié à Paul Barnoud, architecte en chef et inspecteur général des monuments historiques.
Cette première phase des travaux a été suivie en 2018 par l’inauguration d’un nouvel espace d’accueil offrant une accessibilité optimale aux personnes à mobilité réduite qui peuvent découvrir les collections et les expositions dans les meilleures conditions.
Ce nouveau bâtiment abrite non seulement la billetterie mais également une boutique, des vestiaires et bientôt un espace pédagogique. Véritable trait d’union entre le passé et le présent, il s’intègre parfaitement dans l’environnement tout en offrant au musée une nouvelle identité et un attrait capable d’éveiller l’intérêt des passants et des touristes.
Si les visiteurs doivent patienter jusqu’en 2021 pour découvrir l’ensemble du nouveau parcours muséographique entièrement repensé afin de lui donner plus de cohérence, ils peuvent dès à présent visiter le frigidarium et les autres espaces des thermes gallo-romains et ont accès à une partie de la collection permanente du musée ainsi qu’aux nombreuses expositions temporaires.

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir l’histoire des thermes et de l’hôtel de Cluny transformés en musée.

Un peu d’histoire

Lutèce

Les Celtes

Au cours du 1er millénaire avant notre ère, les peuples celtes originaires de l’est de l’Europe et appartenant aux civilisations de Hallstatt et de La Tène migrent en direction de l’ouest et s’installent par petits groupes dans la quasi-totalité des régions françaises actuelles.
C’est ainsi que les Parisii, les Véliocasses, les Carnutes et les Sénons se partagent l’Île-de-France.

Intéressons-nous de plus près aux Parisii qui vont très vite se développer et profiter du commerce avec les tribus voisines mais également avec les peuples du sud du pays et du nord de la péninsule italienne. Ils établissent leur capitale baptisée Lutetia qui devient un oppidum important, sur une île de la Seine.
Très longtemps, les historiens ont soutenu que Lutetia était bâtie sur l’Île de la Cité et donc au cœur du Paris actuel. Cependant, des découvertes plus récentes faites lors de la construction de l’autoroute A86 formant une boucle autour de Paris bouleversent cette théorie.
En effet, d’importants vestiges datant de l’époque gauloise ont été retrouvés à Nanterre alors que rien ne prouve que l’Île de la Cité a bel et bien été habitée avant la conquête des Gaules par Jules César.
Ces découvertes laisseraient donc penser que la capitale des Parisii se trouvait à Nanterre qui est aujourd’hui englobée dans la banlieue ouest de Paris, une théorie vraisemblable mais non encore certifiée par les historiens.
Quoiqu’il en soit, une importante cité comprenant notamment un atelier monétaire, différents quartiers résidentiels et un port sur la Seine se trouvait à cet endroit au 4ème siècle avant JC. Pouvait-il y avoir deux villes d’une telle importance fondées à quelques kilomètres l’une de l’autre ? Une question qui n’a pas encore obtenu de réponse !

Les Romains

Repartons en 53 avant JC lorsque les Aulerques, les Sénons et les Parisii placés sous le commandement du chef Camulogène s’unissent pour s’opposer aux légions romaines après avoir refusé de participer à une assemblée des chefs gaulois conviée par Jules César.
Profitant de l’absence de César qui se rend à Rome durant l’hiver 53-52 avant JC, les Gaulois se soulèvent, répondant à l’appel du chef arverne Vercingétorix.
C’est ainsi que Camulogène est chargé de défendre Lutèce, l’oppidum des Parisii.
César revient rapidement en Gaule à l’annonce du mouvement de révolte et surtout du massacre des citoyens romains installés à Cénabum (actuellement Orléans). Il envoie l’un de ses plus fidèles lieutenants, Titus Labienus, afin de combattre les Sénons et les Parisii pendant que lui-même se dirige vers Gergovie. C’est donc à la tête de quatre légions que Labienus marche sur Lutèce.

Dans un premier temps, les Gaulois parviennent à ralentir la progression des Romains qui ne parviennent pas à avancer dans les marais de la Bièvre. Labienus change alors de tactique et s’empare de Metlosedum (actuellement Melun), une ville des Sénons, ce qui lui permet de franchir la Seine après avoir rebâti le pont détruit auparavant par les Gaulois.

La situation devient désespérée pour Camulogène qui brûle Lutèce afin d’éviter que la ville ne tombe entre les mains des Romains. Les Gaulois pratiquent en effet la politique de la « terre brûlée » afin d’empêcher leurs ennemis de se réapprovisionner.
Labienus use alors d’un stratagème qui va lui donner la victoire. Une partie de ses troupes s’agite, laissant croire à un départ imminent, tandis que cinq cohortes réparties sur une cinquantaine de bateaux descendent silencieusement la Seine.
Lorsque le chef Gaulois se rend compte de son erreur, il est trop tard et la bataille est inévitable. Les deux armées se rencontrent.
Le site de cet affrontement n’a pas encore été déterminé avec certitude. Si certains historiens le placent dans la Plaine de Grenelle ce qui correspond actuellement à la zone s’étendant des Invalides au quartier de Javel (15ème arrondissement de Paris), d’autres lui préfèrent un espace situé entre Vitry et Ivry. Il est également possible que la rencontre a eu lieu à Nanterre ce qui confirmerait l’emplacement de Lutèce à cet endroit.
Malgré une défense acharnée, les Gaulois sont vaincus par Labienus.

Après cette victoire, Lutèce est reconstruite, sur son ancien emplacement selon les défenseurs de l’implantation antérieure sur l’Île de la Cité, sur un nouvel emplacement selon ceux qui optent pour une implantation antérieure, à Nanterre.

Si la reconstruction d’une cité sur un nouveau site n’est pas une situation inédite durant la conquête des Gaules, ce qui peut paraître étonnant c’est que les Romains ne lui donnent pas un nouveau nom et garde son appellation gauloise.

Une autre théorie est avancée …. A l’arrivée de César, Lutèce n’aurait été qu’un petit village sans grande importance alors que Nemetodurum (Nanterre) servait de capitale aux Parisii.
Lorsque les troupes romaines et gauloises s’affrontent en 52 avant JC, ils sont bel et bien à Lutèce et c’est en ce lieu que les légionnaires s’installent. Le camp devient une cité de plus en plus florissante et prend de l’ampleur au détriment de Nemetodurum qui est petit à petit délaissée.
Bon si cette hypothèse est alléchante et pourrait mettre tout le monde d’accord, cela sous-entendrait que Jules César lui-même aurait confondu les deux cités puisqu’il cite à plusieurs reprises Lutèce mais jamais Nemetodurum. …. A voir !

Les thermes

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b103034147/f1.item.r=thermes%20paris
Les Thermes – Auteur : Imbart, Etienne François, Dessinateur. Date d’édition 1822 – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France

Quoiqu’il en soit, Lutèce devient une ville gallo-romaine importante même si elle n’a pas le statut de capitale puisqu’elle est intégrée dans la province de la Gaule Lyonnaise (capitale Lugdunum). Prospère, elle est dotée des monuments romains traditionnels, forum, théâtre et thermes.

Ces thermes qui font aujourd’hui partie du musée de Cluny sont construits à l’aube du 2ème siècle de notre ère. Ils couvrent à cette époque un espace de 6.000 m² délimité par les actuels boulevards Saint-Michel et Saint-Germain et les rues de Cluny et des Écoles.
Bien plus que des simples bains publics, ils regroupent différents lieux de rencontre, des boutiques et des gymnases ainsi que plusieurs bâtiments cultuels et administratifs.
Les infrastructures des bains proprement dits sont prodigieuses. L’eau est acheminée via un aqueduc depuis un bassin situé à Wissous, dans l’Essonne, et récoltant les eaux des sources locales ainsi que celles de Rungis et de Chilly-Mazarin. 2.000 m³ d’eau arrive alors chaque jour à Lutèce.

Les thermes sont entourés par un système d’égouttage et les eaux vidangées sont récoltées au niveau du Boulevard Saint-Michel.

A l’origine, les thermes comprennent les traditionnelles pièces des bains romains, à savoir le frigidarium ou pièce froide, les deux caldarium ou pièces chaudes, le tepidarium ou bain tiède et une fontaine. Des galeries souterraines situées sous les différentes installations servent au personnel technique des thermes, notamment pour vidanger les bains.

Dès le troisième siècle, la Gaule est victime des raids effectués par les peuples germaniques qui profitent de l’affaiblissement de l’empire romain. Des complots et des tentatives d’usurpation du trône minent en effet le pouvoir des empereurs qui ne parviennent plus à contrôler la situation.
Les coups d’État se succèdent et les généraux soutenus par leurs légions n’hésitent pas à s’autoproclamer empereurs, s’opposant ainsi ouvertement au Sénat. Ils ne règnent cependant que très rarement plus de quelques mois et bon nombre d’entre eux sont assassinés. Cette période baptisée « Anarchie militaire » provoque une grave crise politique et économique et profite aux envahisseurs.
Malgré les tentatives de réunification de l’Empire entreprises par Claude II le Gothique et continuées par Aurélien, l’ « Empire des Gaules » est toujours contrôlé par des généraux qui se considèrent comme des empereurs légitimes. De 260 à 274, Postume, Marius, Victorin, Domitianus et Tetricus se succèdent à la tête de cet empire séditieux.

En 274, Aurélien qui poursuit sa politique d’unification entreprend de reconquérir la Gaule et rencontre Tetricus à Châlons-en-Champagne. Il sort victorieux de cet affrontement mais la dissolution des troupes de Tetricus laisse les frontières rhénanes sans défenses. Les peuples germaniques, et en particulier les Francs et les Alamans, s’engouffrent dans cette brèche et ravagent la Germanie inférieure ainsi que la Gaule Belgique.
C’est ainsi que la ville de Paris est pillée en 275. Au cours de ce raid, les thermes de Cluny sont en grande partie détruits. Un palais appelé « Palais des Thermes » est alors édifié et sert de résidence temporaire à plusieurs empereurs dont Julien qui est gouverneur des Gaules en 355 avant de devenir empereur cinq ans plus tard.

Peu après les raids laissent la place à une véritable implantation germanique en Gaule. Les Francs saliens fondent un royaume et Clodion le Chevelu devient le premier roi de la dynastie mérovingienne, aux alentours de 428.
En 481, Clovis monte à son tour sur le trône. Il réunit tous les Francs avant de partir à la conquête du sud de la Gaule qui est alors entre les mains des Wisigoths.
A sa mort, en 511, son royaume est partagé entre ses fils et c’est Childebert qui devient roi de Paris. Il s’installe avec son épouse Ultrogothe dans le Palais des Thermes dont la splendeur est vantée par les poètes.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10303514m.r=thermes%20cluny?rk=128756;0
Palais des Thermes – [dessin] / Genillion Auteur : Génillion, Jean-Baptiste-François (1750-1829). Dessinateur – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France

La dynastie mérovingienne cède la place aux Carolingiens lorsque Pépin-le-Bref est sacré roi en 754. Le Palais des Thermes est délaissé, les rois carolingiens préférant s’établir à Aix-la-Chapelle. Il tombe peu à peu dans l’oubli et est morcelé en plusieurs lotissements.
La ville de Paris est assiégée à plusieurs reprises par les Vikings au cours du 9ème siècle et par Otton II du Saint-Empire en 978 ce qui précipite encore sa ruine. Les lieux deviennent même un repaire de brigands où il ne fait pas bon s’aventurer.
Le palais est offert en gage de gratitude par Philippe-Auguste à son chambellan, en 1218, à l’occasion de la construction de sa nouvelle enceinte. Le bâtiment n’en retrouve pas pour autant son éclat.

L’ordre de Cluny

Remontons quelques siècles en arrière et arrêtons-nous en 910. Cette année-là, le duc d’Aquitaine et comte d’Auvergne Guillaume le Pieux est abbé laïque de l’église Saint-Julien de Brioude (édifice remplacé au 12ème siècle par l’actuelle basilique). Guillaume fait en effet partie de la famille des « Guihelmides » parfois appelés « Wilhelmides » issue de la noblesse franque et dont la lignée remonte au milieu du 8ème siècle. Ces seigneurs occupaient la fonction d’abbés laïques de petites églises rurales et sont de ce fait les collecteurs de la dîme, un impôt obligatoire prélevé sur les produits des paysans et artisans afin d’assurer les revenus de l’Église

Très attaché à la spiritualité, Guillaume fonde l’ordre monastique de Cluny, en Saône-et-Loire , un ordre qui obéit à la règle de Saint-Benoît.
Très vite, l’abbaye Saint-Pierre et Saint-Paul de Cluny, la plus grande église chrétienne de son temps, s’impose comme l’un des principaux centres culturels et spirituels du Moyen-Âge en Europe. Elle est également le foyer du renouveau de la règle bénédictine.
Bénéficiant de l’appui du pape, elle préserve son indépendance par rapport aux seigneurs et aux membres du clergé local et profite de nombreux privilèges. C’est ainsi que les moines peuvent choisir librement leur abbé et gérer leurs biens sans devoir rendre des comptes à une quelconque autorité.
C’est l’Abbé Bernon originaire de La Baume (Haute-Savoie) qui devient le premier abbé de Cluny.
Durant les siècles suivants, l’ordre de Cluny connaît une incroyable expansion et réunit sous son autorité plus d’un millier de monastères et prieurés répartis en France mais également en Espagne, en Angleterre et en Allemagne.
Malgré sa puissance, l’ordre ne parvient pas à s’imposer face aux nouveaux ordres. Les cisterciens et les chanoines réguliers de Prémontré au 12ème siècle, les franciscains et les dominicains au 13ème siècle font très vite de l’ombre aux clunisiens à qui l’on reproche de s’être trop éloignés de la règle de Saint-Benoît et de vivre dans le luxe.
Petit à petit Cluny perd de son aura même si l’ordre conserve son indépendance.
Il survit tant bien que mal jusqu’à la Révolution française lorsque l’Assemblée nationale constituante ordonne la suppression des ordres monastiques et la constitution civile du clergé. L’abbaye de Cluny devenue bien national est pillée et détruite par les révolutionnaires tandis que le domaine est vendu. Ses pierres sont récupérées pour construire des maisons.
Les vestiges des édifices datant des 17ème et 18ème siècles, soit un peu moins de 10% des bâtiments d’origine, sont protégés au titre de monument historique depuis 1862.

L’Hôtel de Cluny

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10302724f/f1.item.r=h%C3%B4tel%20cluny
[Hôtel de Cluny] 1829, Paris (France) 5ème Arrondissement – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France
Faisons une fois encore un bond en arrière pour nous retrouver en 1340. Pierre de Chaslus (ou de Châtelus)est abbé de Cluny depuis 18 ans lorsqu’il achète pour le compte de l’ordre le domaine et les vestiges de l’ancien palais mérovingien.
Les abbés souhaitent en effet avoir leur propre logement lors de leurs visites au collège clunisien de Paris qui s’élevait à l’époque place de la Sorbonne.
Un premier hôtel est bâti sur les ruines du Palais des Thermes. Il prend appui sur certaines portions des anciens murs romains. Parallèlement, plusieurs maisons de commerce sont construites de l’autre côté du terrain et les anciens thermes sont dès lors enclavés et dissimulés aux yeux des passants.
A la fin du 15ème siècle, l’abbé Jacques d’Amboise le remplace par un bâtiment plus grand, plus confortable et plus luxueux correspondant à son rang. Une fois encore, la bâtisse intègre les constructions romaines qu’il aurait été trop coûteux de détruire … fort heureusement !

Le nouvel hôtel de Cluny est construit en style gothique flamboyant et porte fièrement les armes de Jacques d’Amboise, « Trois pals alternés d’or et de gueules ». Le logis central est flanqué de deux ailes, l’une abritant les cuisines et l’autre caractérisée par sa galerie soutenue par des arcades. La tour centrale abrite un imposant escalier à vis qui dessert les différentes salles du logis.
Le jardin accessible depuis la loggia et la chapelle situées dans une aile perpendiculaire au logis principal devient un véritable lieu de promenade, un havre de paix au sein de la ville bruyante.
L’hôtel est plus proche d’un château que d’un simple pied à terre parisien.

Alors que leur ordre a déjà commencé son lent mais inexorable déclin, les abbés de Cluny cessent de séjourner à Paris au début du 16ème siècle.
En 1515, Marie d’Angleterre (Marie Tudor) devenue veuve du roi de France Louis XII après trois mois de mariage y est enfermée pour s’assurer qu’elle ne porte pas d’héritier de la couronne.
Une grossesse écarterait François d’Orléans (futur François 1er) de la succession.
Or, celui-ci la surprend dans les bras de Charles Brandon, favori du roi d’Angleterre Henri VIII qui lui avait octroyé le titre de duc de Suffolk afin qu’il puisse épouser Marguerite de Habsbourg. Cette dernière assure la gouvernance des Pays-Bas pour le compte de son neveu, Charles-Quint.
La fureur de Henri VIII est à son comble lorsqu’il apprend que sa sœur Marie et le duc de Suffolk se sont mariés en mars 1515 à l’Hôtel de Cluny, soit deux mois après le décès de Louis XII, sans son consentement. Cette union ruine tous ses projets matrimoniaux et le duc passe à deux doigts de l’exécution pour trahison. Finalement le couple s’en sort après avoir reversé des sommes importantes au roi, notamment la dot de Marie donnée à Louis XII ainsi que les cadeaux offerts par ce dernier à son épouse.

Au 17ème siècle, l’hôtel sert à accueillir les nonces du Pape.

Le musée

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b90277258.r=mus%C3%A9e%20cluny?rk=21459;2
Musée Cluny, Paris 1935 : [photographie de presse] / Agence Meurisse – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France

Jusqu’au 19ème siècle, seuls les passionnés d’histoire se souviennent encore de l’existence des ruines romaines et de l’ancien palais. Rares sont ceux qui prennent la peine de frapper à la porte du n° 63 de la rue de la Harpe afin de les redécouvrir en passant par une petite cour.
Quelques projets sont bien étudiés par Louis XVI afin de les réhabiliter et d’en faire -déjà- un musée mais la Révolution de 1789 les a jetés aux oubliettes. L’hôtel devenu bien national est vendu par les révolutionnaires et un imprimeur installe des presses dans la chapelle.

Il faut attendre 1819 pour que les projets soient remis sur le tapis. Louis XVIII ordonne de dégager et de remettre en valeur les Thermes et la maison qui permettait d’y accéder est démolie et remplacée par une simple grille.
A la même époque, l’archéologue Alexandre Du Sommerard a déjà entrepris de rassembler des œuvres d’art mais également des objets du quotidien ainsi que du mobilier du Moyen-Âge et de la Renaissance dédaignés par ses contemporains.

Afin de leur offrir un cadre adéquat, Du Sommerard loue des pièces à l’imprimeur, s’installe à l’Hôtel de Cluny en 1833 et prend plaisir à faire découvrir sa collection à ses visiteurs. C’est ainsi que prend naissance le « Musée de Cluny ».
A sa mort en 1842, l’État français s’en porte acquéreur. Edmond Du Sommerard, fils d’Alexandre, devient le premier conservateur. Sous sa direction, le musée prend une importance accrue et, en 1878, le nombre de pièces dépasse les 10.000.

Parallèlement, le bâtiment profite d’une entière restauration et est classé monument historique en 1846. Les thermes romains qui ont également été achetés par l’État à la ville de Paris devront attendre 1862 pour bénéficier du même classement.

Durant le Second Empire, le réaménagement de la ville de Paris est confié au préfet de la Seine, le baron Haussmann. Les différent bâtiments formant le musée de Cluny profitent d’une meilleure visibilité grâce au percement des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain.

En 1992, le musée est rebaptisé « Musée national du Moyen-Âge » et ses collections dépassent déjà les 23.000 œuvres, objets et documents retraçant l’histoire depuis la conquête romaine de la Gaule jusqu’au 16ème siècle.

La visite

Le musée de Cluny est aussi remarquable par ses collections uniques au monde que par son architecture. Regroupant sur un même site des thermes romains et un hôtel particulier de style gothique flamboyant, il nous offre à lui seul un résumé de l’histoire de Paris.

Après avoir admiré toute l’ingéniosité des thermes antiques et la splendeur des façades de l’hôtel des abbés de Cluny, les visiteurs découvrent les pièces exceptionnelles réunies par Alexandre et Edmond Du Sommerard ainsi que par leurs successeurs.

Parmi les plus célèbres, notons la célèbre tenture de « La Dame à la licorne », un extraordinaire ensemble de six tapisseries mille-fleurs datant de la fin du 15ème siècle ou du début du 16ème, les têtes des rois de Juda décapités par les révolutionnaires dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, une partie du suaire mortuaire de Charlemagne, le « Pilier des Nautes », une colonne gallo-romaine découverte sous l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris au 18ème siècle ainsi qu’une impressionnante collection de vitraux dont certains datent du 12ème siècle.

L’ancien jardin des abbés qui avait complètement disparu bénéficie de la restructuration des abords de l’hôtel transformés en 2000 en jardin médiéval. Actuellement, 5.000 m² de jardins ont ainsi été créés et sont accessibles par le boulevard Saint-Germain et par la rue Du Sommerard. On peut y découvrir un potager, des herbes médicinales, des parterres de fleurs ainsi qu’un jardin de l’amour courtois.

En pratique :

Le musée de Cluny est ouvert tous les jours sauf le mardi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre de 9hr15 à 17hr45.
Actuellement et jusqu’en début 2021, l’hôtel et la cour sont en travaux et donc non accessibles au public. En revanche, les thermes gallo-romains et une partie de la collection dont la Dame à la licorne font partie du parcours de visite restreint proposé durant la rénovation du musée. Des expositions temporaires ainsi que des ateliers thématiques et des concerts (sur réservation) sont également proposés.
Des visites-conférences d’une durée approximative de 1hr30 abordent différents thèmes.
Les visites en groupe doivent toujours faire l’objet d’une réservation au 01 53 73 78 30.

Le musée est accessible aux personnes à mobilité réduite grâce aux ascenseurs et rampes d’accès mis en place durant la rénovation.

Musée de Cluny, musée national du Moyen-Âge
28 rue Du Sommerard
75005 Paris
Tel : 01 53 73 78 00 ou 01 53 73 78 16
Mail : contact.musee-moyenage@culture.gouv.fr
Site web : https://www.musee-moyenage.fr

Le jardin médiéval du Musée de Cluny est ouvert tous les jours:

  • en avril et en septembre de 8 à 20hr30
  • de mai à août de 8 à 21hr30

A noter : par temps de grand vent ou durant de fortes intempéries, le jardin est fermé par mesure de sécurité.

La plus grande partie du jardin est facilement accessible aux personnes à mobilité réduite.
Les chiens ne sont pas autorisés.
Deux plaines de jeux sont prévues pour les enfants

Jardin médiéval du Musée de Cluny
24, rue du Sommerard
75005 Paris
Site web : https://www.paris.fr/equipements/jardin-medieval-du-musee-de-cluny-2443#acces

Le musée de Cluny fait peau neuve
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