Exposition d'horticulture, palmarium du jardin d'acclimatation, Paris, Juin 1920 - ©Gallica, Bibliothèque Nationale de France, Photographie Agence Rol

Le jardin d’acclimatation de Paris, 160 ans d’histoire

Situé au cœur de Paris, le Jardin d’Acclimatation accueille ses visiteurs pour passer un agréable moment de détente en famille dans un environnement imaginé et créé en 1860.

Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir l’histoire du Jardin d’Acclimatation, le plus ancien parc de loisirs de France, qui a fait peau neuve en 2017.

Un peu d’histoire

En 1848, Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de l’empereur Napoléon Bonaparte, devient le premier président officiel de la République française. Très vite, il prend une série de mesures à l’encontre notamment de l’extrême gauche, de la presse et des associations qui lui valent le soutien de l’Armée. Alors que son mandat touche à son terme, le président veut changer la Constitution afin de pouvoir en briguer un second. L’Assemblée s’y oppose farouchement.
Qu’à cela ne tienne, Louis-Napoléon Bonaparte fomente un coup d’État, le 2 décembre 1851.
La Constitution est donc modifiée, la durée du mandat présidentiel est portée à dix ans et le chef de l’État détient désormais le pouvoir exécutif.
En 1852, la République est dissoute et son président devient l’empereur des Français sous le nom de Napoléon III. Il sera l’unique souverain du Second Empire.

Si les premières années de son règne sont placées sous le signe de l’autoritarisme, Napoléon III adopte une politique plus tolérante et plus libérale dès 1860. Il accorde notamment davantage de pouvoir aux corps institutionnels et plus de libertés à la presse. Les conditions de vie s’améliorent grâce à la création de nouvelles écoles désormais accessibles aux jeunes filles, de logements sociaux ou encore du système de retraites et de caisses d’assurance.

La transformation de Paris

C’est également sous son règne que Paris se métamorphose sous la houlette du Préfet de la Seine, le Baron Georges Eugène Haussmann.
Il est en effet urgent d’assainir, de sécuriser et de moderniser la capitale qui accuse un net retard par rapport aux autres grandes villes européennes.
Tout est étudié dans les moindres détails. Les constructions sont soumises à une stricte réglementation, les boulevards et les rues sont élargis quitte à raser des quartiers entiers, la ville se dote de réseaux d’eau potable et d’égouts. De grands chantiers sont entrepris dont la construction de la gare de Lyon, de l’Opéra Garnier, de l’Hôtel-Dieu et de plusieurs églises.

Les espaces verts

A cette époque, le centre de Paris ne compte que quelques espaces verts de taille réduite. Or, Napoléon III et son épouse Eugénie ont découvert les parcs londoniens et souhaitent offrir à la capitale des lieux de promenade et de loisirs similaires.
Cette tâche est confiée à Jean-Charles Adolphe Alphand nommé en 1853 ingénieur en chef au service des promenades. Il dessine et crée de nombreux parcs et jardins et s’attelle également à l’agencement des bois de Boulogne et de Vincennes.

En réalité, le projet d’aménagement du Bois de Boulogne avait été confié dans un premier temps à l’architecte Jacques Ignace Hittorff et au paysagiste Louis-Sulpice Varé.
Des erreurs de nivellement commises par celui-ci poussent le Baron Haussmann à remplacer cette équipe par Jean-Charles Alphand et le paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps.

Le Jardin d’Acclimatation

En 1854, le zoologiste Isidore Geoffroy Saint-Hilaire fonde la « Société zoologique d’acclimatation » qui devient un an plus tard la « Société impériale zoologique d’acclimatation ».
Reconnue d’utilité publique, cette société a pour mission d’ « introduire, d’acclimater et de domestiquer des espèces d’animaux utiles ou d’ornement ainsi que de perfectionner et de multiplier les races nouvellement introduites ou domestiques ». Ce but est par la suite élargi à la protection des espèces animales et végétales sauvages et des milieux naturels.

En 1858, l’empereur lui cède un terrain de quinze hectares situées le long du Bois de Boulogne afin d’y créer un « jardin d’agrément et d’exposition d’animaux utiles de tous pays dans leur environnement naturel ».

Le chantier supervisé par Jean-Pierre Barillet-Deschamps et Gabriel Jean Antoine Davioud devenu architecte en chef au service des promenades et plantations va bon train.
Il faut à peine quinze mois de travaux pour que les Parisiens puissent profiter de leur Jardin d’Acclimatation inauguré en grandes pompes par l’empereur en présence de nombreuses personnalités, le 6 octobre 1860. Alexandre Dumas, Théophile Gautier, Prosper Mérimée, … assistent à cet événement.
Ce jardin botanique à vocation scientifique et divertissante est destiné à présenter en métropole les plantes et animaux exotiques comme les chameaux, les kangourous, les girafes, … dans un décor paysager comprenant notamment des bambous et des bananiers. L’année suivante, un aquarium vient compléter l’ensemble.

Exposition d’aviculture au jardin d’acclimatation, Paris 1925 – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France, Agence photographique Rol

Très vite, plus de 100.000 animaux sont installés dans le nouveau lieu de loisirs de la capitale qui attire une foule toujours plus nombreuse.

La guerre de 1870 contre la Prusse met un terme à dix années de prospérité. Le jardin est dorénavant interdit au public et est destiné à accueillir du bétail afin d’assurer le ravitaillement des Parisiens. 30.000 bœufs et 180.000 moutons mais également 1.500 pigeons voyageurs devant assurer les communications avec l’extérieur remplacent ours et girafes.
De nombreux animaux sont expédiés dans des zoos étrangers mais Paris est encerclée en septembre 1870. Le siège qui va durer plus de quatre mois isole la ville. Les habitants souffrent de la faim et les derniers animaux du Jardin d’Acclimatation sont sacrifiés pour les nourrir. Pas un seul n’échappe à ce destin.

En 1872, le jardin renaît de ses cendres et se repeuple notamment grâce à plusieurs donations. Le public est séduit par les nouveautés, chenil, promenades à dos d’animaux pour les enfants, écuries, concerts, conférences, musée, colombier militaire, … . La foule se presse et le jardin est pris d’assaut chaque dimanche par un public familial.
En 1878, un petit train permet aux visiteurs de traverser le bois de Boulogne et de visiter le Jardin d’Acclimatation de la plus agréable des façons. Autrefois tiré par des poneys, il est équipé d’un moteur au 20ème siècle avant de devenir électrique à l’aube du 21ème siècle.

Le train du jardin d’acclimatation, Paris 1929 – ©Gallica, Bibliothèque Nationale de France, photographie Agence Meurisse

Les zoos humains

Si la mission pédagogique du jardin est dans un premier temps respecté, certaines expositions soulèvent bien des questions.
En effet, un groupe de Nubiens est exhibé en 1877 entre deux pavillons d’animaux. Les visiteurs sont si enthousiastes que pendant plusieurs décennies, des expositions d’êtres humains considérés comme des « sauvages » sont organisés au Jardin d’Acclimatation.

Affiche Jardin zoologique d’acclimatation. Nubiens – ©Gallica Bibliothèque Nationale de France

On peut lire dans un guide du début du 20ème siècle :

Les exhibitions ethnographiques, dont le Jardin d’Acclimatation a comme le monopole, ont le double mérite d’éveiller la curiosité de la foule et de l’instruire en mettant sous yeux des races humaines.

Affiche Jardin zoologique d’Acclimatation. Somalis – ©Gallica, Bibliothèque Nationale de France

Véritables zoos humains, elles présentent des hommes et des femmes généralement enlevés dans les colonies françaises et enfermés derrière des barreaux au même titre que les animaux. Ils sont exhibés sous prétexte d’études anthropologiques. La dernière d’entre elles se tient en 1931 à l’occasion de l’ « Exposition coloniale internationale de Paris ».
Huit millions de visiteurs découvrent deux cents pavillons répartis sur plusieurs sites de la capitale. Des cases, souks et villages indigènes sont reconstitués et leurs habitants sont obligés d’interpréter leurs propres rôles afin de divertir le public.
Ces expositions soulèvent de nombreuses protestations soutenues notamment par la « Ligue française pour la défense des droits de l’homme et du citoyen ». Ce n’est cependant pas l’indignation du public mais bien sa lassitude qui marque le déclin de ces « villages » même si de temps en temps, des reconstitutions « animées » sont encore organisées… provoquant à chaque fois de vives polémiques.

Le parc zoologique

Bien entendu, le Jardin d’Acclimatation est à l’origine avant tout un parc zoologique permettant au public de découvrir principalement des animaux d’Afrique. Il est cependant fermé l’hiver car aucun bâtiment n’est prévu pour servir d’abris aux animaux durant la mauvaise saison.

Ours au Jardin d’acclimatation, Paris 1919 – ©Gallica, Bibliothèque Nationale de France, Photographie Agence Rol

C’est une des raisons de son transfert en 1932 dans le bois de Vincennes, un emplacement qu’il occupe encore aujourd’hui. Seuls des animaux de ferme restent les pensionnaires du Jardin.

Les attractions

Si pendant tout le 19ème siècle, le Jardin d’Acclimatation est le principal rendez-vous des Parisiens et attire plus de 800.000 visiteurs par an, il perd petit à petit de son attrait dans les années 1890 et au début du siècle suivant.

En effet, les habitants de la capitale sont à la recherche de nouveaux loisirs et délaissent le jardin pour les attractions proposées par Magic City situé depuis 1900 en face du pont de l’Alma ou par le Luna Park qui a ouvert ses portes en 1909 près de la porte Maillot.

Cabarets parisiens Magic City – ©Gallica, Bibliothèque Nationale de France, Photographie agence Rol

Ces parcs d’attraction proposent des spectacles, des bals, des expositions temporaires, des montagnes russes, des gondoles vénitiennes, des parcours scéniques, … avec lesquels les plantes et les animaux du Jardin d’Acclimatation ne peuvent rivaliser.

Il faut donc réagir au plus vite et c’est ce que fait le directeur Albert Hertel qui décide d’installer différentes attractions dans le parc. Des manèges, des projections de film, des spectacles, des pataugeoires, un théâtre de marionnettes, un zoo pour les tous petits parviennent à raviver l’intérêt des familles.

Après une interruption pendant la Seconde Guerre Mondiale, le Jardin d’Acclimatation connaît une nouvelle évolution et devient un « parc de promenades, de loisirs de plein air dont les attractions doivent avoir un caractère instructif, sportif et familial ».

Après un bref retour en grâces, le Jardin d’Acclimatation qui est dorénavant concédé au groupe Boussac tombe progressivement dans l’oubli à partir des années 1950.
La télévision qui envahit chaque foyer, les grands parcs d’attraction comme Disneyland, les jeux vidéo accélèrent ce déclin. Des bâtiments, véritables chefs d’œuvre sont détruits dont le merveilleux palmarium et les sous-concessionnaires qui doivent assurer sa gestion ne font preuve d’aucune initiative… le jardin est-il dès lors condamné ?

Le sauvetage

C’est le Groupe d’entreprises LVMH (Moët Hennessy Louis Vuitton) qui vient au secours du Jardin d’Acclimatation lorsqu’il en obtient la concession pour une durée de vingt ans en 1995.
Sa fonction est clairement définie : « un parc modèle, lieu de détente et d’agrément pour les visiteurs prioritairement pour la jeunesse ».
Le jardin conserve également son caractère éducatif et pédagogique dans quatre domaines, la nature, la culture, le sport et les jeux.
Des espaces de jeux libres d’accès sont installés au milieu d’un écrin de verdure totalement réinventé. Des animations et événements sont régulièrement organisés. Les visiteurs parisiens mais également étrangers retrouvent enfin le chemin du Jardin d’Acclimatation.

En 2015, ce sont plus de deux millions de personnes qui franchissent ses portes. Face à un tel succès, des grands travaux sont entrepris en 2017, lorsque le groupe LVMH obtient une nouvelle concession de 25 ans.
Le nouveau Jardin d’Acclimatation est inauguré en mai 2018.
Les manèges sont modernisés et répondent aux normes de sécurité les plus strictes tout en séduisant le public par leur originalité. Ils côtoient dix-sept nouvelles attractions adaptées à tous les âges. Parallèlement, le tracé originel du jardin est restauré afin de sauvegarder cet inestimable patrimoine historique de Paris.
Des spectacles et animations donnent vie au parc, chaque jour de l’année.

Le Jardin d’Acclimatation, bien plus qu’un parc d’attraction

Assimiler le Jardin d’Acclimatation à un simple parc d’attraction serait réducteur. Il offre en effet à ses visiteurs de nombreuses possibilités afin de faire de chaque visite un moment d’émerveillement.
Bien entendu, les attractions fortes, le théâtre de Guignol, les stands de jeux de foire font toujours la joie des petits et des grands.

Après une journée de promenades et de rires, différents restaurantsaccueillent les visiteurs :

  • Le Café à vapeur situé dans le Village des Manèges propose de savoureux sandwichs dans un décor de cabinet des curiosités.
  • Les Délices de la Rotonde séduit petits et grands par ses nombreux parfums de glace ou ses gaufres
  • La Crêperie Eugénie est situé au cœur de la ferme des enfants
  • La Table de Jules Gouffé propose un buffet à l’italienne à volonté le samedi et pour le brunch du dimanche (réservation au 01 40 67 96 99)
  • Le manège gourmand et ses casse-croûtes salés ou sucrés selon vos envies

Des ateliers sont organisés pour les enfants sur réservation (01 40 67 99 05 ou ateliers@jardindacclimatation.fr)

Vous cherchez un lieu d’exception pour vos réceptions ? Le Jardin d’acclimatation propose de les organiser :

  • L’Orangerie offre un vaste espace en verre et métal
  • Le Théâtre Rouge, endroit idéal pour les conférences, projections privées, …
  • La Grande Verrière de style Second Empire et sa terrasse arborée
  • La table de Jules Gouffé et sa vue sur le lac

Renseignements et réservations : 01 40 67 99 99 ou evenementiel@jardindacclimatation.fr

Mais le Jardin d’Acclimatation est surtout un lieu de promenade, un havre de paix et de calme au cœur de la ville bourdonnante.
Les badauds redécouvrent le tracé du parc dessiné au 19ème siècle par Barillet-Deschamps.
Plus de 1.800 arbres, des prairies herbeuses, des belvédères, les courbes sinueuses de la rivière, la Grande Volière, tout participe au charme de ce lieu empli de magie.

Informations pratiques :

Le Jardin d’Acclimatation est ouvert tous les jours :

  • de 11 à 18hr les lundis, mardis, jeudis et vendredis
  • de 10 à 18hr les mercredis, samedis, dimanches, jours fériés et pendant les vacances scolaires de la zone C

Le Jardin d’Acclimatation
Rue du Bois de Boulogne
75116 Paris
Tel : 01 40 67 90 85
Site web : https://www.jardindacclimatation.fr

Le jardin d’acclimatation de Paris, 160 ans d’histoire
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