Les Halles de paris -@Xavier Bentes CC0 Creative Commons

Les halles de Paris, ancêtres du marché de Rungis

Avec une population toujours plus importante, la ville de Paris est un énorme consommateur de denrées alimentaires.
Cette préoccupation n’est pas nouvelle et dès le Moyen-Âge, il a fallu approvisionner les marchés et commerces de la capitale afin de subvenir aux besoins de ses habitants.
Aujourd’hui, nous vous proposons de découvrir l’histoire des Halles centrales de Paris qui se sont peu à peu transformées pour céder finalement la place au marché international de Rungis.

Un peu d’histoire

L’Île de la Cité vraisemblablement déjà occupée avant l’intégration du territoire des Parisii à l’Empire romain prend rapidement de l’importance, ses habitants profitant du fleuve pour développer différentes activités dont la pêche et le commerce. Un port est construit tout au début de notre ère. La confrérie des nautes de Lutèce en profite pour se développer et surtout s’enrichir.
Le problème de l’approvisionnement de la ville se pose dès l’Antiquité et se poursuit au Moyen-Âge.
Le tout premier marché de la cité est tout naturellement installé sur l’Île de la Cité. Il s’agit du « marché du Palu » qui se tient à proximité de l’église Saint-Germain le Vieux, elle-même fondée sur l’emplacement d’un baptistère.
Très vite, le volume des marchandises débarquées à Paris dépasse les capacités des infrastructures et des petits espaces sont établis le long de la Seine. Les rives non stabilisées deviennent impraticables et il se révèle primordial de construire des quais mieux adaptés au commerce fluvial. C’est ainsi que le port de Saint-Landry voit le jour.
Parallèlement, les « marchands de l’eau » réunis en une hanse probablement depuis le 9ème siècle, obtiennent le monopole de l’approvisionnement de Paris et contrôlent tout le trafic des marchandises transportées sur le fleuve et cela sur une distance de vingt kilomètres de part et d’autre de la capitale.
Au 12ème siècle, ces marchands font l’acquisition de l’autre côté du fleuve d’un vaste espace sablonneux correspondant à l’actuelle place de l’Hôtel-de-Ville afin d’y aménager le « port de Grève » qui va se développer au détriment du port de Landry. Cet espace est partagé entre les bords de Seine, lieu de débarquement des marchandises, et le marché où celles-ci sont écoulées. C’est ainsi que prend naissance un nouveau quartier de Paris.
C’est également à cette époque que le roi Louis VI dit le Gros décide de consacrer au commerce des terrains marécageux cédés par l’évêque de Paris, Étienne de Senlis, et situés au « Fossé de Champeaux » également appelé « Fossé l’Évêque ».
En effet, les deux marchés existants ne parviennent plus à assurer le ravitaillement de la ville et il faut donc créer un espace plus important. C’est pour cette raison, qu’il choisit, en 1137, un lieu situé en dehors de l’enceinte mais desservi par plusieurs grands axes de circulation.

Les Halles de Paris

Les Champeaux assainis se transforment donc en Halles qui vont alimenter la capitale pendant plus de 800 ans.
Ce marché attire une grande foule de commerçants et d’acheteurs ce qui entraîne inévitablement le développement du quartier qui porte encore aujourd’hui le nom de « quartier des Halles ». Les rues au tracé bien droit se multiplient et les anciens marécages représentent désormais des biens d’investissement très recherchés.
Si les Halles ont envahi ce secteur de la capitale, l’évêque, et plus tard l’archevêque, de Paris, conserve ses droits de censive (redevance obtenue en échange de la cession d’une terre) et de justice sur les biens qu’il partageait autrefois avec Louis VI. L’épiscopat de Paris a par ailleurs conservé le droit juridique sur la plus grande partie du quartier jusqu’en 1674. Seule la censive royale qui existait déjà avant 1137 ainsi que quelques fiefs acquis ultérieurement échappent donc à son contrôle.
Le plus ancien de ces fiefs date de 1137. En effet, lorsque Louis VI transforme les Champeaux en marché, une dame du nom d’Adelente Genta, avait déjà fait bâtir une maison et un four sur ce site.  Elle obtient de Louis VII dit le Jeune, fils et successeur de Louis VI, une immunité, c’est à dire un bien concédé à un feudataire, généralement en échange d’obligations. Cette immunité également appelée « fief de la Râpée (ou de la Rappée) » lui donne le droit exclusif de cuire le pain dans les Champeaux et de tirer des revenus de son exploitation sans payer de droits. Après sa mort, elle est léguée au Prieuré Saint-Martin-des-Champs appartenant à l’Ordre de Cluny.
Sous le règne de Philippe-Auguste, à la fin du 12ème siècle, le marché s’agrandit encore et accueille dorénavant l’ancienne foire Saint-Lazare créée en 1110 par Louis le Gros afin de couvrir, du moins en partie, les besoins de la léproserie.
Celle-ci peut cependant continuer à profiter des revenus d’une nouvelle foire annuelle installée dorénavant dans l’enclos Saint-Laurent après le rachat de la foire Saint-Lazare par Philippe-Auguste, en 1181.
Deux ans plus tard, les premiers bâtiments en bois des Halles de Paris sortent de terre afin de permettre aux marchands de profiter d’emplacements plus sains. Ce premier marché central concerne dans un premier temps les aliments de première nécessité c’est à dire le pain et la viande ainsi que le vin. Dorénavant, le marché central de la capitale a un emplacement fixe.
C’est à la même époque que le souverain se porte acquéreur de la « Terre de Thérouanne » ou « Fief de Thérouanne » , un terrain bâti d’une trentaine de maisons et situé le long des Halles qui appartenait à Adam, archidiacre de Paris et évêque de Thérouanne, localité alors prospère de l’Artois.
Or, à cet endroit se trouve un vaste bazar regroupant des marchands de denrées alimentaires mais également d’autres produits comme les tissus, les vêtements, …
Quelques échoppes ambulantes voisinent déjà avec les boutiques permanentes des artisans installés au rez-de-chaussée des habitations. Elles sont très vite rejointes par de nouveaux stands tenus par des négociants soucieux de profiter du succès des Halles.
De nouvelles halles sont alors construites afin de regrouper les commerçants par profession. On retrouve ainsi les halles à la lingerie, aux poissons, au blé, aux légumes,… .
Rappelons-nous que le règne de Philippe-Auguste est surtout marqué par la rivalité entre le roi de France et les Plantagenêt. En effet, Richard Coeur-de-Lion est à la fois roi d’Angleterre, duc de Normandie et d’Aquitaine et comte du Maine, de Poitiers et d’Anjou. L’empire Plantagenêt s’étend donc sur une grande partie de la France actuelle.
Si les deux souverains participent ensemble à la troisième croisade, en 1190, ils n’ignorent pas que les tensions sont de plus en plus vives, Philippe-Auguste étant bien décidé à récupérer les possessions anglaises situées sur le continent.
C’est dans ce contexte difficile que Philippe-Auguste fait construire avant son départ une nouvelle enceinte (troisième enceinte ou deuxième enceinte médiévale) autour de Paris afin de prévenir toute attaque anglaise contre sa capitale.
Et c’est donc ainsi que les Halles de Paris autrefois situées hors-les-murs, se retrouvent au cœur de la cité.

L’évolution

Le succès est toujours au rendez-vous et toutes les rues adjacentes au marché accueillent désormais des halles et échoppes. Les drapiers, les artisans du cuir et les merciers ont désormais leur propre espace.
Les Halles de Paris ne cessent donc de s’étendre de manière un peu anarchique si bien qu’il est indispensable de réorganiser l’ensemble et surtout d’élargir les différentes artères devenues bien trop étroites pour accueillir à la fois les marchands et les acheteurs.
C’est probablement en raison de cette situation chaotique que les halles sont peu à peu délaissées vers la fin du 14ème siècle. Le manque d’entretien devient flagrant et les bâtiments se dégradent peu à peu. Il devient urgent de prendre des décisions afin de redonner vie au quartier.

La réformation

Nous sommes au 16ème siècle, sous le règne de François 1er, lorsque le projet de transformation du marché central prend forme.
Le roi, inlassable bâtisseur, souhaite à la fois résoudre le problème récurrent d’approvisionner la ville de Paris toujours plus peuplée et embellir sa capitale, symbole de l’autorité et du pouvoir des rois de France.
Légitimant sa décision en s’appuyant sur le principe de l’utilité publique, il signe l’ « Édit de Sainte-Menehould » en septembre 1543. Ce document est le point de départ de la « Réformation des Halles » puisqu’il mentionne la destruction des anciennes halles mais également de plusieurs hôtels particuliers qui sont dans le même état de délabrement, le réaménagement de la voirie et enfin la reconstruction des bâtiments. L’espace consacré aux Halles s’étend dorénavant entre les rues de la Tonnellerie, de la Lingerie, Saint-Honoré, du marché aux Poirées et de la Fromagerie.
Or, à cette époque, les finances de la France sont au plus bas. Le roi dépense des sommes folles pour construire des châteaux toujours plus beaux et gigantesques dont Chambord et Fontainebleau. De plus, les guerres menées contre le Saint-Empire de Charles-Quint et l’Angleterre ont vidé les caisses du royaume.
C’est pour cette raison que François 1er utilise un stratagème pour que la transformation du marché ne lui coûte quasi rien et va même renflouer ses finances.
Il rachète à prix bas les terrains et les immeubles faisant l’objet d’une expropriation et les revend sans plus attendre en engrangeant un substantiel bénéfice. En effet, si ces expropriations sont en principe destinées à permettre le creusement de nouvelles artères et la reconstruction des halles, elles vont rapidement s’étendre à des rues non concernées par le nouveau tracé des rues. Il s’agit donc d’un acte purement spéculatif et, il faut bien l’admettre, à la limite de l’illégalité. Le quartier bénéficie ainsi d’une totale réhabilitation sans devoir puiser dans les réserves de l’état.
Si le plan orthogonal et les consignes de construction suggèrent une grande unicité architecturale du quartier des Halles, il faut cependant rappeler que l’espace était déjà partiellement construit ce qui a entraîné des contraintes impossibles à éviter. Les parcelles diffèrent donc même si ce n’est que légèrement les unes des autres et n’ont par conséquent pas la même valeur. Pour déterminer celle-ci, plusieurs critères sont pris en compte, notamment la localisation et la proximité des artères les plus animées, la facilité d’accès et bien entendu la superficie. L’adjudication des lots mis aux enchères montre par conséquent un très grand écart de prix puisque les investisseurs potentiels s’arrachent les terrains les plus rentables.
Les nouveaux propriétaires sont dans l’obligation de construire leurs parcelles en se soumettant à des règles strictes afin de se conformer au plan urbanistique préétabli mais également de participer activement à l’édification des halles proprement dites.
Les maisons particulières doivent être alignées, s’élever sur trois étages (un rez-de-chaussée en arcades de pierre et deux étages en pans de bois) et avoir un toit en ardoises. Si ces constructions doivent être de qualité, la sobriété est de mise et aucune extravagance des façades n’est autorisée.
En réalité, si les ventes aux enchères sont ouvertes à tous, la plupart des acheteurs sont des marchands qui souhaitent soit devenir propriétaires de leurs espaces de vente, soit agrandir ceux-ci, soit mettre leurs nouveaux biens en location et profiter ainsi d’un revenu intéressant.
On assiste également à des regroupements d’acheteurs qui ont dès lors plus de poids pour obtenir des modifications des règlements auprès des commissaires chargés de les faire respecter.
La réussite du projet étant primordial, la plupart des revendications qui ne dénaturent pas le plan urbanistique de base sont acceptées.
Paradoxalement alors que les première halles sont principalement occupées par des marchands de produits de bouche, ce sont les fripiers qui sont dorénavant majoritaires.
Le quartier des Halles se modifie rapidement, du moins dans un premier temps. Les nouveaux propriétaires souhaitent en effet profiter de leur investissement dans les délais les plus brefs et construisent les parcelles vides ou restaurent les bâtiments existants afin de les mettre aux normes exigées.
Cependant, certaines parcelles restent vides car leurs propriétaires rencontrant des difficultés financières n’ont pas les moyens de les bâtir ou sont dans l’obligation de les revendre ce qui retarde les constructions.
La qualité exigée n’est pas toujours non plus au rendez-vous pour réduire les devis de constructions. Enfin, certains investisseurs n’hésitent pas à construire plus de logements que prévus afin d’accroître les revenus locatifs de leurs biens.
Malgré ces quelques retards et coups de canif dans le projet initial, le quartier tel que voulu par François 1er et son successeur Henri II sort de terre dans la première moitié du 16ème siècle.

Les guerres de Religion

Ce qui semble être un succès montre cependant très vite ses faiblesses. N’oublions pas que la seconde moitié du 16ème siècle est marquée par les « guerres de Religion » qui entraînent la France dans une guerre civile opposant catholiques et protestants et affaiblissent l’autorité et le pouvoir du roi.
Les guerres de religion du 16ème siècle sont à l’origine d’une grave crise politique mais également économique ce qui a des répercussions sur les nouvelles Halles de Paris. Les bâtiments y compris les plus récents sont négligés et le quartier  habité majoritairement par les marchands de textile n’a plus le même attrait et est même considéré comme mal famé par les habitants de Paris.
Parallèlement, la belle harmonie souhaitée par les concepteurs du projet n’est plus qu’un lointain souvenir et l’anarchie a refait surface, conséquence de la perte d’autorité du roi. Les parcelles se sont divisées au fil des ventes, de nombreuses maisons individuelles ont été bâties dans le moindre espace libre afin de rentabiliser les terrains. Le quartier s’assombrit dans un dédale de ruelles longées par des immeubles plus hauts que les échoppes prévues initialement. Les halles elles-mêmes s’obscurcissent, leurs fenêtres masquées par les nouvelles constructions ne parvenant plus à les éclairer suffisamment.
On pourrait penser que les terrains perdent en conséquence de la valeur mais il n’en est rien car le quartier des Halles profite de sa situation dorénavant centrale, au sein de la capitale.
La situation du marché n’évolue guère durant le 17ème siècle.
Sous le règne de Louis XIV, le blé est vendu soit au marché de la Grève soit dans l’une des Halles de Paris. Les ventes sont gérées par le Châtelet qui s’occupe du blé acheminé par voie terrestre et par l’Hôtel de Ville qui a en charge le blé venu par transport fluvial.
L’approvisionnement de Paris est l’une des préoccupations majeures des autorités et devient un véritable problème durant les conflits, les guerres civiles et les mauvaises récoltes.
Des ordonnances sont d’ailleurs émises afin d’obliger les marchands établis dans les campagnes voisines d’envoyer tout le blé disponible dans la ville.

«Ledict jour 20ème aoust 1649, quatre heures de relevée, ont esté mandez au bureau de la Ville plusieurs marchans de grains de cette ville, cy-après nommés, ausquels M. le prévost des marchans a dict qu’il désiroit savoir d’eux ce qu’ils avoient de blez acheptez sur les rivières, et où ils faisoient estat d’en pouvoir recouvrer pour la provision de Paris »

« Ce faict, a esté enjoinct ausdicts marchans de bledz de faire incessamment voiturer en cette ville tous et chacuns les grains qu’ils ont à la campagne, et à eux faict deffences d’augmenter le pris des grains d’un bateau lorsqu’il aura ésté entamé, à peinde de confiscation, suivant l’ordonnance. »

(comparutions des marchands de blé à l’Hôtel-de-Ville)
Cette obligation a pour but d’éviter des émeutes en cas de manque de pain. En réalité, les marchands s’empressent d’obéir mais les prix fluctuent malgré tout au rythme des événements politiques et s’envolent parfois pour atteindre des tarifs indécents.
Autre conséquence, le blé devient une denrée recherchée pour sa valeur pécuniaire et les vols sont de plus en plus nombreux. Les convois doivent être escortés et les entrepôts gardés en permanence.

De nouvelles halles

Vers le milieu du 18ème siècle, le blé est alors toujours débarqué et vendu devant l’Hôtel-de-Ville, sur la place de Grève. Le nombre grandissant de convois nécessaires pour nourrir les Parisiens provoque cependant des embarras dans ce quartier déjà très animé, il faut trouver une autre solution pour écouler le blé au cœur de Paris.
C’est ainsi que la construction d’une Halle aux blés est envisagée sur le site de l’ancien hôtel de Soissons, un terrain ayant appartenu à Catherine de Médicis avant d’accueillir la Bourse de Paris en 1720. Le choix est dicté principalement par la proximité de la propriété avec la Seine.
Nous sommes en 1763 lorsque le chantier incluant la construction de la halle mais également l’aménagement des rues voisines et supervisé notamment par le prévôt des marchands Jean-Baptiste de Pontcarré de Viarmes démarre sur les plans de l’architecte Nicolas Le Camus de Mézières.
La Halle aux blés se présente sous la forme d’un rond de 122 mètres de circonférence entourant un espace à ciel ouvert. Cet anneau constitué de vingt-quatre arcades est recouvert d’un grenier voûté percé de fenêtres. L’ensemble permet à la fois de profiter d’un espace couvert et de la lumière naturelle. La cour intérieure sera cependant couverte par une coupole vitrée, une vingtaine d’années plus tard, afin de garantir une meilleure conservation du grain.
La coupole détruite par un incendie en 1802 est remplacée par un ouvrage similaire mais en fonte et feuilles de cuivre. Ces dernières sont finalement enlevées au profit de vitres en 1838.
Une rue également circulaire, la rue de Viarmes, est construite autour de la halle afin de desservir cinq artères. A l’heure actuelle cette rue n’est plus que semi-circulaire et mesure seulement 125 mètres.
Vers le milieu du 19ème siècle, la halle de moins en moins utilisée est à nouveau sinistrée. Elle ferme définitivement ses portes en 1873.
Le bâtiment est fort heureusement conservé et transformé en Bourse de commerce en 1885.
Contemporain de la Halle aux Blés, le marché aux fleurs, fruits et légumes s’installe sur l’emplacement de l’ancien cimetière des Innocents qui était contigu aux Halles. C’est par mesure de sécurité et d’hygiène que le cimetière et ses charniers sont détruits en 1780 après le transfert des ossements dans les catacombes de la Tombe-Issoire. L’espace ainsi dégagé est rebaptisé « Place du marché des Innocents ». Celui-ci laisse la place à un square de dimensions nettement moins importantes (actuelle place Joachim du Bellay) à la fin du 19ème siècle, lorsque le marché est intégré aux nouvelles halles.

Au 19ème siècle

Au début du 19ème siècle, il s’avère nécessaire de réaménager les espaces réservés aux marchands de Paris afin de désencombrer les rues adjacentes. Il devient également impératif de mieux réglementer les marchés notamment en ce qui concerne l’hygiène.
Ces mesures concernent non seulement les halles mais également l’ensemble de la capitale et sont les prémices de la « transformation de Paris » orchestrée par le baron Haussmann sous Napoléon III. Elles répondent notamment aux principes chers aux « hygiénistes » qui affirment que les rues étroites bordées de maisons hautes empêchent l’air et la lumière de pénétrer au cœur des quartiers insalubres et donc d’éliminer les miasmes générateurs d’épidémies.
C’est pour cette raison que les nouvelles artères percées à la fin du 18ème siècle sont déjà plus larges.
Claude-Philibert Barthelot, comte de Rambuteau nommé préfet de la Seine en 1833 se penche sur le problème d’un Paris surpeuplé et embouteillé. Il veut non seulement assainir les quartiers populaires mais aussi améliorer la circulation et la sécurité dans les rues de la capitale. En effet, les émeutiers et brigands s’accommodent mieux de petites ruelles sombres et tortueuses que de grandes artères.
Sous le mandat du comte de Rambuteau, Paris se modernise. La ville bénéficie d’un meilleur réseau d’égouttage, de nouvelles fontaines publiques, d’espaces verts, de la plantation d’arbres le long des artères, de la généralisation de l’éclairage au gaz, de l’installation de vespasiennes, de l’augmentation du nombre de lits d’hôpitaux et de la construction ou rénovation de ponts et bâtiments.
En ce qui concerne les halles, le préfet nomme une commission chargée de déterminer s’il faut les réorganiser ou les déplacer. C’est à la fin de son mandat, en 1848, qu’un concours est ouvert aux architectes afin de choisir de nouvelles Halles pour Paris.

Victor Baltard

Après avoir remporté le « grand prix de Rome » qui lui permet d’intégrer l’ « Académie de France à Rome », à la Villa Médicis, de 1834 à 1838, Victor Baltard nommé architecte de la ville de Paris gagne le concours. Il conçoit les halles centrales, secondé par l’architecte Félix Callet, l’un des fondateurs de la Société centrale des architectes, ancêtre de l’Académie d’architecture.
Le projet est dès le début fort controversé et plusieurs plans sont soumis avant le début du chantier, en 1851. Lorsque le premier des douze pavillons prévus est construit, son aspect massif du à la couverture d’une charpente métallique par une structure en pierre déplaît fortement ce qui signe l’arrêt du chantier et, finalement, la destruction du bâtiment surnommé « Fort des Halles » en 1866.
Entre-temps, Baltard et Callet construisent deux nouveaux pavillons mettant mieux en valeur la structure qui est simplement remplie de briques et non plus dissimulée sous la pierre. Ils sont officiellement inaugurés en 1857, soit trois ans après le décès de Félix Callet.
Victor Baltard est désormais seul aux commandes pour terminer le chantier qui se poursuit jusqu’en 1874. Seuls dix des douze pavillons prévus sont cependant construits à cette époque et il faut attendre 1936 pour que les deux derniers sortent de terre.
Dorénavant, chaque type de marchandises a son espace dédié. La plupart des marchands intègrent les différents pavillons, seuls les fruits et légumes sont vendus dans les espaces à ciel ouvert ou sous les allées couvertes tandis que quelques secteurs d’activité sont installés dans les caves.
L’histoire, dit-on, est un perpétuel recommencement et les Halles de Paris ne vont pas démentir cette vérité puisque vers la moitié du 20ème siècle, les bâtiments ne répondent plus à la demande des Parisiens et des provinciaux qui préfèrent faire leur marché dans des lieux situés à proximité des gares voire en dehors du centre de la capitale.
C’est ainsi que les pavillons des Halles centrales de Baltard sont abandonnés et rasés au début des années 1960 au profit des marchés d’intérêt national de la Villette et de Rungis. Seul l’ancien pavillon 8 réservé aux œufs et à la volaille échappe à la destruction. Il est néanmoins démonté et remonté à Nogent. Le « pavillon Baltard » est classé monument historique en 1982 et accueille depuis différents événements privés de grande envergure (concerts, salons, émissions de télévision, …).

La Villette

La « grande halle de la Villette » située dans le 19ème arrondissement de Paris correspond en réalité aux abattoirs et au marché à bestiaux inaugurés en 1867 afin de réunir en un seul lieu les abattoirs autrefois installés à Ménilmontant, Montmartre, Roule, Grenelle et Villejuif ainsi que les marchés de Poissy et de Sceaux. Or, ces abattoirs et marchés apportent des nuisances peu compatibles avec le centre-ville. Il faut donc les déplacer dans un lieu situé en dehors de Paris mais accessible facilement. La Villette est dès lors desservie par les gares aujourd’hui désaffectées de Paris-Bestiaux et Paris-Abattoirs.
Les infrastructures de la Villette trop vétustes, à la limite de l’insalubrité et ne répondant plus aux lois sur l’abattage des animaux et sur l’hygiène, doivent être reconstruites au milieu du 20ème siècle. De plus, les abattoirs ne sont pas équipés pour conserver la viande et des quantités énormes de nourriture sont jetées ce qui augmente considérablement le prix de la viande à l’étal.
En 1959, la construction d’un « marché d’intérêt national de la viande » démarre mais le chantier est interrompu en 1967, en raison de problèmes techniques et surtout économique. Un véritable scandale entoure cette affaire qui s’avère être un gouffre financier révélé par la Cour des comptes.
« Dans l’affaire de La Villette, il convient tout d’abord — j’essaie de rassembler tous les éléments pour être clair et précis — de distinguer trois périodes : la période de la conception vague du début, qui partait d’une idée exacte selon laquelle on ne pouvait pas laisser les abattoirs de La Villette dans l’état presque préhistorique où ils se trouvaient ; celle d’un projet qui prenait forme et qui, dans les années 1955-1956 — on ne sait pas exactement — devenait celui, disait-on, du plus bel abattoir du monde ; enfin la dernière période, celle de la liquidation.
Au cours de ces trois périodes, des responsabilités de trois ordres doivent être dégagées : des responsabilités politiques, des responsabilités de gestion et des responsabilités d’administration. (…)
Je dois vous rappeler, en effet, que toutes les opérations que l’on a tentées pour sauver les abattoirs de La Villette ont été vaines. Et il ne s’écoulera pas deux ans — rappelez-vous ce que je dis — avant que l’on ne soit obligé de « brader » l’ensemble de ces constructions, qui ont coûté un milliard de francs ! (…) (extrait des comptes-rendus du Sénat du 30 juin 1972).
La fermeture définitive des abattoirs est décidée en mars 1974. Malgré cette décision, un milliard de francs supplémentaire va encore être dépensé afin d’entretenir, gérer et restaurer les bâtiments existants ou d’accueillir quelques activités.
Les bâtiments construits une dizaine d’années plus tôt mais déjà fortement dégradés sont démolis en 1980 ;
Le lieu est ensuite réaménagé afin d’y installer le « Parc de la Villette » où l’on peut toujours voir la « Grande Halle », dernier abattoir du site devenu aujourd’hui un centre culturel de 20.000 m² ainsi que la « Halle aux cuirs » qui étaient autrefois utilisées pour stocker les peaux ainsi que la « Petite Halle », à la fois salle de spectacle et restaurant.
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Rungis

Si la Villette n’a plus rien à voir avec le commerce, il en est tout autre de Rungis qui est considéré comme le plus important marché de produits agricoles du monde.
Rungis est idéalement situé le long de nombreuses voies de communication et à quelques kilomètres de la capitale. Lorsque les pouvoirs publics décident le transfert des halles centrales, leur choix se pose sur les vastes terrains constructibles et accessibles facilement situés sur les communes de Rungis, de Thiais et de Chevilly-Larue.
La construction du marché d’intérêt national débute en 1964 et Rungis est inauguré cinq ans plus tard.
Le déménagement des halles vers les nouveaux bâtiments est une opération de grande envergure qui a lieu en février 1969. Plus de 1.000 grossistes, 20.000 salariés, 5.000 tonnes de marchandises sont acheminés en quelques jours vers les quinze nouveaux pavillons ( poisson – fruits et légumes – produits laitiers et fleurs coupées).
Ce n’est qu’en 1973, que les viandes, volailles, gibiers, …. rejoignent également Rungis après la fermeture définitive de la Villette.
Enfin, depuis 2016, un pavillon consacré à l’agriculture biologique a lui aussi ouvert ses portes.
Les installations de Rungis sont régulièrement réaménagées et modernisées afin de répondre aux exigences de plus en plus strictes en ce qui concerne la sécurité alimentaire.

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