Architecture en France -@Jessica Lee, CC0 Creative Commons

Du Baron Haussmann au Corbusier, l’histoire de l’architecture moderne en France

Alors que la plupart des pays européens se dissocient des schémas traditionnels pour rejoindre le mouvement de l’architecture moderne au début du 20ème siècle, la France reste encore fortement attachée à ses habitudes.
Quelques architectes vont cependant émerger et imprimer leurs propres styles aux bâtiments notamment en utilisant de nouveaux matériaux comme le béton armé, le verre ou le fer.
Auguste Perret, Tony Garnier et surtout Charles-Edouard Jeanneret-Gris dit Le Corbusier vont bouleverser les codes de l’architecture académique de la France.
Aujourd’hui, nous vous invitons à découvrir l’histoire de l’architecture moderne française.

Un peu d’histoire

L’architecture a été, de tous temps, étroitement liée à l’histoire puisqu’elle a évolué au rythme des changements politiques, sociaux et culturels. La sédentarisation provoque l’éclosion des villages, la hiérarchisation sociale est à l’origine de la construction de différents types d’habitat, la croisade contre les Albigeois donne naissance aux bastides, …. les exemples sont nombreux
Le 19ème siècle est marqué par la révolution industrielle. Pour la première fois, l’agriculture et l’artisanat ne sont plus les principales sources de revenus. L’industrie devient petit à petit la première force économique du pays.
Les jeunes désertent les campagnes où l’emploi se raréfie pour tenter leur chance dans les villes où se sont implantées ces industries. La classe ouvrière devient de plus en plus importante ce qui provoque une véritable explosion démographique.
Il faut alors non seulement procurer des logements à cette nouvelle population mais également construire des bâtiments publics et des routes, sans compter les usines en elles-mêmes.
Il s’avère rapidement nécessaire de réorganiser complètement la morphologie des villes afin de l’adapter à ces nouveaux besoins et jeter ainsi les bases de l’urbanisme moderne.

Le Palais de l’Industrie

C’est ainsi que Paris se métamorphose sous le Second Empire lorsque Napoléon III confie les travaux d’aménagement au préfet de la Seine, le Baron Georges Eugène Haussmann. Des quartiers entiers sont rasés afin de laisser la place aux grands boulevards bordés d’immeubles cossus et à des espaces verts.
C’est dans ce contexte que le Palais de l’Industrie est inauguré en 1855 par l’empereur. Ce bâtiment construit le long des Champs-Élysées, sur l’ancien « Carré-Marigny », fait la part belle au fer et au verre et est, à cette époque, le plus grand édifice à structure métallique construit sans pilier intermédiaire. Symbole de l’Exposition Universelle qui se tient cette année-là à Paris, il est surtout le reflet de la volonté de Napoléon III de rivaliser avec le « Crystal Palace » présenté quatre ans plus tôt lors de l’Exposition londonienne.
Le palais mesure 208 mètres de long sur 47 de large et 35 de haut et est percé de 408 fenêtres. Il est destiné à devenir un haut lieu culturel permanent de la capitale et à accueillir les expositions des ingénieurs français mais également étrangers. Très vite ses dimensions s’avèrent trop petites pour remplir cette fonction et les foires agricoles, les fêtes publiques ou les expositions de peintres contemporains remplacent les innovations techniques.
En 1897, il devient même chapelle ardente afin d’accueillir les corps des 120 victimes de l’incendie du « Bazar de Charité », une vente de bienfaisance organisée au profit des classes défavorisées.
Le palais est cependant encore utilisé pour l’exposition de 1889 et est à cette occasion relié à la Galerie des Machines, un bâtiment long de 420 mètres et de 115 mètres de large, une halle de verre et de métal s’élevant à près de 50 mètres de haut.
A l’approche de l’Exposition de 1900, le Palais de l’Industrie est démoli et deux nouveaux bâtiments sont construits. Le Grand Palais édifié le long des Champs-Élysées est séparé du Petit Palais par l’avenue Alexandre III (actuelle avenue Winston Churchill).
La Galerie des Machines est cependant conservée afin d’accueillir l’Exposition française de l’agriculture et de l’alimentation et, plus tard, le Vélodrome d’Hiver de Paris ainsi que le Concours général agricole. Le bâtiment est finalement détruit en 1909 afin de mettre en valeur le Champ-de-Mars.
Si le Palais de l’Industrie peut être considéré comme un précurseur de l’architecture moderne en raison de l’utilisation de nouveau matériaux et surtout de son immense nef centrale. Ses façades en pierre dissimulent cependant cette structure aux yeux des passants et conservent un style classique caractérisé par sa double série d’arcades et son entrée monumentale ornée d’un arc de triomphe et d’une sculpture représentant « La France distribuant des couronnes au commerce et à l’Industrie », une œuvre d’Elias Robert.
Par contre, la Galerie des Machines ne se cache plus sous une façade, sa structure s’impose dorénavant comme l’œuvre architecturale en elle-même. Rappelons que ce bâtiment malheureusement détruit est contemporain de la Tour Eiffel, vitrine du savoir-faire français, tant décriée durant sa construction et qui est devenue le symbole de Paris.
Pour vous accompagner vous pouvez consulter le guide voyage à Paris

François Coignet

Le fer et le verre ne sont pas les seuls matériaux capables de concurrencer la pierre. En effet, en 1853, l’industriel François Coignet est le premier Français à utiliser du béton pisé coulé dans des coffrages pour construire sa maison située Boulevard de la Libération à Saint-Denis. Il dépose un brevet pour son « béton économique », un mélange de matières peu onéreuses et facile à utiliser.
Il fait également construire avec le même procédé une maison de logement pour les ouvriers de son usine dans la rue Charles Michel, en 1856.
Il écrit alors :

« (…) par ce moyen on pourrait opérer à peu de frais la régénération des quartiers pauvres, en y construisant des maisons qui, tout en conservant l’élégance de la forme, le confortable intérieur, tout en sauvegardant l’intérêt du propriétaire, permettraient de donner aux ouvriers, pour un taux de loyer inférieur, des logements plus gais, plus sains, plus vastes que ceux que la bourgeoisie obtient à prix d’or dans la rue de Rivoli. »

Le procédé est cependant vivement critiqué par les entrepreneurs parisiens qui parlent d’un véritable danger, d’un manque de solidité.
Les deux immeubles sont classés depuis 1998 en qualité de Monuments historiques. Malheureusement, si la maison de François Coignet est dorénavant protégée de la démolition, le manque d’entretien est flagrant et elle se trouve dans un état lamentable, envahie par la végétation. Une association milite actuellement afin d’obtenir sa réhabilitation ainsi que celle de l’ancienne usine de l’industriel.

L’Art Nouveau

Nous sommes à la fin du 19ème siècle, les artistes se détournent de plus en plus des styles traditionnels et tentent de trouver de nouvelles idées et de nouvelles techniques. La peinture est la première touchée par cette vague novatrice et l’architecture lui emboîte rapidement le pas.
A Bruxelles, le cercle artistique avant-gardiste baptisé le « Groupe des XX » est fondé en 1883 par Octave Maus, avocat, écrivain et critique d’art. Octave Maus se veut le défenseur de tout ce que les différentes disciplines artistiques peuvent comporter de nouveau et prône la rupture avec les habitudes. Ce concept séduit de nombreux artistes français, notamment Toulouse-Lautrec, Camille Pissarro, Paul Cézanne, Auguste Renoir ou encore Paul Gauguin.
Le Groupe des XX devient « La Libre Esthétique » en 1894. Des expositions appelées « Salons de la Libre Esthétique » sont organisés chaque année et accueillent des œuvres refusées dans les salons officiels. On peut non seulement y voir des peintures, des dessins et des sculptures mais également, et c’est une première, des objets décoratifs.
Les architectes belges Henry Van de Velde, Victor Horta et Paul Hankar adhèrent également à ces principes qui donnent naissance à l’ « Art Nouveau ».
L’Hôtel Tassel construit par Horta en 1893 à Bruxelles est considéré comme la première œuvre architecturale appartenant à ce mouvement. Toutes les normes habituellement appliquées sont jetées aux oubliettes. L’agencement des pièces est entièrement remanié, la lumière rentre à flots dans la maison grâce à un puits de lumière central et à de grandes fenêtres en « bow-windows », l’escalier ne se dissimule pas, il devient une œuvre d’art. Ferronnerie, vitraux, mosaïques s’invitent comme éléments décoratifs aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des maisons. Horta va même plus loin puisque c’est lui qui dessine les meubles, les tapis et la décoration.
Deux ans plus tard, en 1895, Paris accueille une nouvelle Exposition Universelle. A cette occasion, le marchand d’art japonais d’origine allemande, Siegfried Bing, qui a eu l’occasion de visiter la demeure bruxelloise d’Henry Van de Velde transforme avec l’aide de Victor Horta sa galerie située rue de Provence en « Maison de l’Art nouveau ». Malheureusement l’hôtel Bing est détruit en 1922.
Paradoxalement, c’est donc en France que le terme « art nouveau » s’impose réellement même s’il a déjà été utilisé en 1894 dans la revue belge « L’art Moderne » par le journaliste et juriste Edmond Picard.
Le mouvement s’étend en Europe à l’aube du 20ème siècle. En France, ses détracteurs restent nombreux mais des réalisations Art nouveau fleurissent aux quatre coins de la capitale.
Les architectes Eugène Gaillard et André Arfvidson, le designer et affichiste Georges de Feure ou encore Hector Guimard connu pour avoir conçu les édicules des entrées du métro parisien en sont les plus célèbres représentants.
L’Art nouveau est victime de son succès lorsque le style est imité pour produire en masse des bibelots sans réelle valeur. L’esprit art nouveau se perd inexorablement et ses propres créateurs le délaissent pour adopter de nouvelles idées, notamment l’Art déco aux lignes plus sobres, peu avant la Première Guerre mondiale. Si le mouvement a été éphémère, il a jeté les bases d’une nouvelle conception de l’art qui se tourne dorénavant vers la recherche de nouveautés.

Auguste Perret

Né à Bruxelles parce que son père a dû quitter la France après avoir pris part à la Commune de Paris en 1871, Auguste Perret s’intéresse très tôt aux méthodes et aux matériaux de construction.
Revenu en France, il devient élève de l’École des Beaux-Arts de Paris mais ne termine pas son cursus et intègre l’entreprise familiale de maçonnerie avec ses frères Gustave et Claude.
Il se passionne pour les possibilités offertes par le béton armé et réalise sa première grande œuvre, dans un premier temps en collaboration avec Henry Van de Velde, le « Théâtre des Champs-Élysées » sur l’Avenue Montaigne, dans le 8ème arrondissement.
Le bâtiment au style combinant Art déco et classicisme est réalisé en béton mais est habillé de travertin et de bas-reliefs en marbre blanc, œuvre du sculpteur Antoine Bourdelle.
Auguste Perret veut imposer le béton qu’il considère comme plus beau que les matériaux dits nobles. Il dessine des immeubles dénués d’ornement afin de rompre complètement avec les arabesques de l’Art nouveau.
Il réalise aussi bien des bâtiments industriels que des résidences privées ou des édifices religieux comme l’église Notre-Dame-de-la-Consolation de Raincy.
Après la Seconde Guerre mondiale, on lui confie également la reconstruction du Centre-ville du Havre, un exemple représentatif de l’architecture moderne du milieu du 20ème siècle.
Auguste Perret entouré de 18 architectes choisit non pas de reconstruire à l’identique les quartiers détruits lors des bombardements mais de faire table rase, tout en préservant les quelques monuments historiques épargnés par les bombes. Il veut édifier une ville nouvelle en béton armé. Seules les grandes artères et quelques rues adjacentes suivent approximativement leur tracé d’origine.
Le plan d’ensemble est géométrique et les rues sont bordées de maisons de quatre à six étages et à toit-terrasse ponctuées de quelques tours monumentales. Les espaces intérieurs des immeubles sont lumineux et équipés du confort moderne comme le chauffage collectif, les vide-ordures, des garages réservés aux vélos et landaus ainsi que des ascenseurs si le nombre d’étages est supérieur à quatre.
Depuis 2006, l’ « Appartement témoin Perret » permet de découvrir l’intérieur reconstitué d’un logement imaginé par l’architecte, soixante ans auparavant .
Passant de la gloire à l’oubli après la période de Reconstruction, l’œuvre de Auguste Perret a été redécouverte et réhabilitée dans les années 2000.

 Tony Garnier

A la même époque qu’Auguste Perret, Tony Garnier (à ne pas confondre avec l’architecte de l’Opéra de Paris, Charles Garnier) intègre également l’École nationale des Beaux-Arts de Paris.
A la différence de son confrère, il termine ses études et obtient même le Prix de Rome en 1899 pour son étude « un hôtel pour le siège central d’une banque d’État ». Cette bourse d’étude lui permet d’étudier pendant trois ans à la Villa Médicis, l’Académie de France située à Rome.
Il travaille sur un projet de « Cité industrielle » modèle. Si celui-ci ne voit jamais le jour, il comprend tous les grands principes caractéristiques de l’œuvre de Garnier, c’est à dire le fonctionnalisme, la luminosité, l’espace et la verdure. On peut les découvrir dans les villas Tony Garnier, Madame Garnier et Mademoiselle Bachelard situées rue de la Mignonne, dans le quartier Saint-Rambert-l’Île-Barbe, à Lyon.
Il réalise quelques œuvres monumentales lyonnaises comme les Abattoirs de la Mouche, l’Hôpital Edouard-Herriot ou encore le Stade de Gerland.
On considère souvent que Tony Garnier est à l’origine d’avancées importantes pour l’architecture moderne.

Le Corbusier

Charles-Edouard Jeanneret-Gris bien mieux connu sous son pseudonyme « Le Corbusier » naît en 1887 en Suisse, à La Chaux-de-Fonds. Son surnom vient d’un de ses ancêtres belges appelé Corbésier probablement transformé en Corbusier en référence au totem indien du corbeau (Corbu).
Dès l’âge de treize ans, il suit une formation de graveur-ciseleur afin de travailler avec son père, propriétaire d’une petite entreprise d’émaillage de cadrans et boîtiers de montres.
Il est très vite reconnu pour son talent mais sa mauvaise vue l’empêche de continuer dans cette voie. Il se tourne alors vers sa passion, la peinture, mais son professeur Charles L’Eplattenier lui conseille de choisir l’architecture et la décoration d’intérieur.
Il n’a pas encore vingt ans lorsqu’il participe en 1906 à la construction et à l’aménagement de la « Villa Fallet » à La Chaux-de-Fonds, sous la direction de René Chapallaz. Ce jeune architecte originaire de Nyon s’inspire du « style sapin » initié par Charles L’Eplattenier, un mélange d’Art nouveau adapté à la tradition locale du Jura bernois, tout en y ajoutant par petites touches des matériaux modernes comme le béton.

 Les œuvres de jeunesse en Suisse

Dès la fin de ses études, Charles-Édouard Jeanneret voyage dans de nombreux pays dont la France. A cette occasion, il travaille notamment pour les frères Perret en qualité de dessinateur et fait ainsi la connaissance d’Auguste Perret.
Le Corbusier ramène de ses périples de nombreux croquis qui vont influencer sa vision de l’architecture.
De retour en Suisse, il participe à la réalisation de plusieurs autres villas à La Chaux-de-Fonds.
En 1912, il réalise sa première œuvre personnelle, la « Villa Blanche » ou « Villa Jeanneret-Perret, destinée à ses parents.
Il rompt avec le style sapin et on y découvre des éléments glanés durant ses séjours à l’étranger. Contrairement à la plupart des architectes de l’époque, Le Corbusier privilégie l’intérieur des maisons qu’il dessine. Il veut offrir des espaces répondant parfaitement aux besoins et aisément modulables. Il dessine même une partie du mobilier.
La Villa Blanche est vendue en 1919. Elle est reconnue Monument historique en 1979 et est restaurée en 2005. Elle ouvre ses portes au public les vendredis, samedis et dimanches, de 10 à 17 hr, ou sur demande et peut également être louée pour des événements.
Les débuts de Le Corbusier en qualité d’architecte indépendant sont cependant laborieux et le jeune homme essuie plusieurs échecs. Il vit principalement de la décoration.
De plus, misant sur la qualité, il dépasse fréquemment les coûts prévus ce qui effraie sa clientèle potentielle.
En 1917, il construit la « Villa Schwob » surnommée la « Villa Turque », également à La Chaux-de-Fonds. Il applique les principes de la maison Dom-ino, un brevet qu’il a déposé en 1914.
Ce système de construction sans fondation et en béton permet d’élever rapidement une structure composée d’un escalier et de planchers et de l’habiller librement. Cette technique sera notamment utilisée pour reconstruire les villes détruites durant la guerre.
La Villa Schwob est résolument de style moderne et combine béton armé et briques.
Cette œuvre qui fait aujourd’hui partie du patrimoine de la Suisse est cependant à l’origine du départ de son architecte pour la France. En effet, son propriétaire, l’horloger Anatole Schwob n’apprécie pas les aménagements extérieurs et reproche le coût élevé de la construction qui dépasse largement le devis.

La France

Alors que Le Corbusier est en litige avec le propriétaire de la Villa Turque, il signe un contrat pour l’élaboration d’une cité ouvrière pour le compte de la société Réveils Bayard.
Le contrat prévoit la construction de 25 logements répartis en trois catégories dans une cité-jardin à Saint-Nicolas-d’Aliermont, en Normandie. Une première maison est bâtie en 1918 mais des problèmes techniques surgissent créant des différends entre Le Corbusier et le commanditaire.
Le projet tombe aux oubliettes mais il est gravé dans la mémoire de l’architecte qui reste attaché à son idée de cité-jardin.
La Première Guerre mondiale s’achève et de nombreuses villes de France ne sont plus que des champs de ruines. Le Corbusier décide de s’établir à Paris et de participer à la reconstruction du pays.
Il ouvre un bureau d’architecte au numéro 29 de la rue d’Astorg. Il retrouve Auguste Perret et rencontre par son intermédiaire le peintre Amédée Ozenfant avec qui il fonde le « purisme ».
Cette doctrine rejette le cubisme et ses formes complexes et prône un retour à la simplicité, au nombre d’or et aux lignes épurées.
Parallèlement, Ozenfant, Le Corbusier ainsi que l’écrivain belge Paul Dermée lancent le magazine « L’esprit Nouveau » entièrement consacré à l’esthétisme dans les différentes formes d’art. En 1920, il utilise pour la première fois son surnom pour signer certains de ses articles.
En attendant de pouvoir vivre de son art, Le Corbusier multiplie les boulots temporaires pour les industries du bâtiment.
Il se brouille avec Ozenfant dont il ne partage plus la même conception de l’art mais se rapproche d’autres artistes dont les cubistes Fernand Léger ou Pablo Picasso.
En 1921, le bureau d’architecture de la rue d’Astorg fait faillite.

L’essor

L’année suivante, un événement va changer le cours des choses. Son cousin Pierre Jeanneret fraîchement sorti de l’École des Beaux-Arts de Genève le rejoint à Paris.
Les deux cousins s’associent pour faire redémarrer le bureau d’architecture Jeanneret qui ouvre ses portes 35, rue de Sèvres.
Le Corbusier publie « Vers une architecture », un recueil de ses articles parus dans l’Esprit Nouveau qui va devenir l’un des manifestes de l’Architecture Moderne.
Cette fois-ci, le succès est au rendez-vous et les Jeanneret multiplient les réalisations, villas, cités-ouvrières, ateliers dont la Maison La Roche et la Maison Jeanneret qui abrite la Fondation Jeanneret. Les deux maisons jumelées se situent dans le 16ème arrondissement de Paris, square du Docteur Blanche.
Notons également la réalisation de la Cité Frugès à Pessac (Bordeaux) réunissant 51 habitations destinées aux ouvriers et caractérisées par les façades polychromes et les toits-terrasses.
Les Jeanneret s’entourent de collaborateurs et notamment de fournisseurs de meubles mais Le Corbusier ne trouve pas le mobilier répondant exactement à ses idées. Il dessine alors ses propres créations qu’il veut sobres, élégantes et économiques. Il est également séduit par le travail de la designer Charlotte Perriand qui rejoint l’atelier en 1927.
En 1929, les Jeanneret, Charlotte Perriand et l’architecte Jean Prouvé fondent l’UAM (Union des Artistes Modernes) rassemblant des architectes et décorateurs s’éloignant des diktats de l’époque dans le but de créer des œuvres adaptées à la vie contemporaine.
Le Corbusier obtient la naturalisation française en 1930.

L’entre-deux-guerres

Si les années 1920 permettent à Le Corbusier de se faire un nom dans le monde de l’architecture moderne, la crise économique de 1929 va fortement influencer sa vision de la ville.
Sa notoriété internationale lui permet d’échapper à la crise. Alors que de nombreux collègues sont touchés, il continue à travailler et à multiplier ses projets.
Il faut répondre à de nouveaux besoins en matière d’urbanisme. Les Jeanneret réalisent notamment la Cité-Refuge baptisée Refuge Singer-Polignac et destinée à accueillir les différents services de l’Armée du Salut, logements et réfectoires pour les démunis, blanchisserie, crèche, dépôts de vêtements de seconde main et dispensaire.
C’est également leur bureau qui est chargé de dessiner des plans de la « Fondation suisse », une résidence estudiantine de la Cité internationale universitaire de Paris. Le Corbusier et Charlotte Perriand conçoivent également le mobilier adapté à la fois à l’espace et aux besoins des étudiants.
On retrouve dans ces deux bâtiments tous les éléments que Le Corbusier préconise pour l’habitat collectif et social.

La Seconde Guerre mondiale

A l’aube de la Seconde Guerre Mondiale, Le Corbusier et son épouse Yvonne se réfugient à Ozon, dans les Pyrénées tandis que leur cousin part à Grenoble.
Il publie en 1941 « La Ville fonctionnelle » qui reprend les principes de la « Charte d’Athènes » basée sur les quatre fonctions à savoir la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures de transport.
Le Corbusier séjourne ensuite à Vichy et à Vézelay avant de rentrer à Paris en 1943.
On lui reproche ses engagements au sein du « Faisceau », un parti fasciste français qui a brièvement existé de 1925 à 1928, et du « Parti fasciste révolutionnaire ». Il collabore notamment à la revue considérée comme pro-fasciste, « Plans ». Il signe également des textes parus dans la revue « Prélude », organe du « Comité central d’action régionale et syndicaliste ».

L’après-guerre

Accusé d’antisémitisme et de collaboration avec le fascisme, Le Corbusier n’est cependant pas inquiété grâce aux soutiens d’André Malraux et d’Eugène Claudius-Petit.
Dans une France en ruines, les commandes affluent au bureau de l’architecte qui réunit autour de lui de nombreux collègues ainsi que des techniciens et ingénieurs formant l’ « AtBat » » ou « Atelier des Bâtisseurs ».
Le Corbusier est également l’architecte de Chandigargh, la nouvelle capitale des États indiens du Pendjab et de l’Haryana. Il peut donner libre cours à ses idées et c’est ainsi qu’on retrouve dans cette ville sortie de terre entre 1947 et 1966, ses principes fondamentaux comme la division de la ville en plusieurs quartiers reliés par d’importantes voies de circulation. Chaque secteur possède ses logements, ses commerces, ses zones de travail, ses infrastructures sportives et culturelles et bien entendu ses espaces verts.
Résistant et décoré de la Légion d’Honneur et de la Croix de guerre, Claudius-Petit est élu Ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme en 1948.
Il est chargé non seulement de réparer les dégradations de la guerre mais également de trouver des solutions pour faire face au problème du manque de logements en France. N’oublions pas que 350.000 maisons ou appartements ont été détruits pendant les années de guerre.
En 1950, il présente un fascicule intitulé « Pour un plan national d’aménagement du territoire » qui est accepté en conseil des ministres.
Parallèlement, Le Corbusier persévère dans son idée de créer des cités-jardins et des villes avec des quartiers aux fonctions bien définies (commerce, administration, espaces verts, …) afin de faciliter les déplacements tout en respectant le cadre de vie naturel.
Si la plupart de ses plans sont rejetés, quelques-uns de ses projets voient le jour et notamment celui des « Unités d’habitation », des villages verticaux basés sur le principe inventé par l’architecte à partir du nombre d’or, le « Modulor ».
Ce concept doit permettre à l’homme d’évoluer dans un environnement adapté à sa taille et à sa morphologie et donc plus confortable. Pour Le Corbusier, le Modulor doit remplacer le système métrique pour déterminer les dimensions des logements et du mobilier.
Parmi les unités d’habitation conçues par Le Corbusier, la Cité radieuse de Marseille est certainement la plus connue.
La « Maison du fada », surnom donné à l’immeuble par les Marseillais, est bâtie entre 1947 et 1952 le long du Boulevard Michelet, dans le 8ème arrondissement de la ville. Le Corbusier dessine les plans de cette barre de 137 mètres de long sur 56 de haut et 24 de large construite sur des pilotis. Elle comprend 337 logements en duplex, un hôtel de 21 chambres mais également des espaces de rencontre, des commerces, une crèche, un gymnase, une piscine, … .
On retrouve le même type d’habitation conçu par Le Corbusier à Rezé (Loire-Atlantique) ou encore à Briey (Meurthe-et-Moselle).
Claudius-Petit confie également à Le Corbusier la réalisation d’un quartier entier à Firminy, une localité de la Loire dont il est le maire.
Le « Patrimoine Le Corbusier de Firminy Vert » est basé sur la Charte d’Athènes et inclut près de 90% d’espaces verts.
Il comprend bien entendu une Unité d’habitation comprenant 414 logements mais également la maison de la culture, le stade municipal et l’église Saint-Pierre.
Le chantier débute en 1965 mais Le Corbusier décède la même année et ne voit pas l’aboutissement de son œuvre
Bien loin des cités-jardins et ateliers construits généralement par Le Corbusier, le « Cabanon de Le Corbusier » étonne les randonneurs qui empruntent le sentier des douaniers, à Roquebrune-Cap-Martin, dans les Alpes-Maritimes. On y découvre les quelques bâtiments construits en 1951. Ils font partie d’un projet de village de vacances qui n’a pas abouti.
Ce site comprend une guinguette baptisée « L’Étoile de Mer », le cabanon rudimentaire ainsi que cinq unités de camping. Inscrit sur la liste des monuments historiques depuis 1994, il est géré par l’association Cap Moderne.
« J’ai un château sur la Côte d’Azur, qui a 3,66 mètres par 3,66 mètres. C’est pour ma femme, c’est extravagant de confort, de gentillesse. »
C’est dans le cimetière de Roquebrune que Le Corbusier et son épouse reposent, sous un monument funéraire d’une grande sobriété conçu par l’architecte.
Dans les années 1970, l’architecture moderne cède peu à peu la place à l’ « High-tech », au structuralisme et au postmodernisme.

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